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03/07/2014 07:17 EDT | Actualisé 02/09/2014 05:12 EDT

Al-Asiri, artificier d'Al-Qaïda, terreur des aéroports

Le cauchemar des transporteurs aériens et des services de sécurité internationaux a un nom et un visage: Ibrahim al-Asiri, dit Abou Saleh, un Saoudien de 32 ans, artificier en chef d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA).

Au moment où Washington annonce le renforcement de la sécurité dans certains aéroports d'Europe et du Proche-Orient desservant les Etats-Unis, tous les regards se tournent vers le sud du Yémen et les provinces où, protégé par des tribus hostiles au pouvoir central, Ibrahim al-Asiri échappe depuis des années aux tirs de drones américains qui ont tenté à plusieurs reprises de l'éliminer.

"Souvenez-vous d'octobre 2010", rappelle à l'AFP le criminologue français Christophe Naudin, expert en sûreté aérienne, "al-Asiri avait fabriqué deux bombes dont les explosifs étaient cachés dans des cartouches d'imprimantes et envoyées dans des avions cargo pour Chicago. Elles ont passé tous les contrôles et n'ont été découvertes que parce que les services secrets saoudiens avaient infiltré au sein d'AQPA un agent qui leur a donné le numéro du vol, le trajet et jusqu'au numéro des colis. L'une a été arrêtée au départ, l'autre en transit à Londres. Sans ce renseignement humain, elle sautaient".

Ibrahim al-Asiri, qui a étudié la chimie, a depuis longtemps mis au point un explosif, à base de Tétranitrate de pentaérythritol (PETN), quasiment impossible à détecter. Avec un détonateur chimique, ses bombes ne contiennent aucune pièce de métal et peuvent donc passer sans encombre la quasi-totalité des contrôles aéroportuaires.

- 'Jamais deux fois la même chose' -

C'est de PETN qu'était constitué l'engin qu'il a placé en août 2009 dans les sous-vêtements de son frère cadet, Abdullah, qui s'est fait sauter au moment où il approchait du prince Mohamed ben Nayef, vice-ministre saoudien de l'Intérieur chargé de la lutte antiterroriste. Seul le kamikaze, dont le corps a absorbé l'essentiel de l'explosion, a péri.

PETN encore dans l'engin caché sur sa cuisse que le jeune Nigérian Omar Farouk Abdulmutallab a vainement tenté de mettre à feu, avec un détonateur chimique, le 25 décembre 2009 dans un avion américain approchant de Detroit.

"Le grand danger que constitue al-Asiri est qu'il ne tente jamais deux fois la même chose", poursuit Christophe Naudin. "Il tire les enseignements de ses échecs et essaie de nouveaux trucs. Avec seulement 100 grammes de PETN tu ne détruis pas forcément un avion, mais ça peut être très dangereux."

Évoquant, sur ABC News, l'artificier qui avait mis au point les engins cachés dans les sous-vêtements, John Brennan, aujourd'hui directeur de la CIA, avait déclaré: "C'est un individu très dangereux, qui a clairement une formation poussée et beaucoup d'expérience. Nous devons le trouver et le mettre à la disposition de la justice le plus tôt possible".

Selon un rapport confidentiel des services de renseignement américains, cité en 2012 par l'hebdomadaire Newsweek, Abou Saleh aurait tenté, en coopération avec notamment un médecin syrien, de mettre au point l'implantation à l'intérieur de corps humains d'engins explosifs, qui seraient du coup absolument indétectables.

Des officiels américains, cités anonymement mercredi par le New York Times, estiment qu'al-Nasiri, qui a échappé de peu à plusieurs raids de drones et a au moins une fois été donné pour mort, aurait formé une équipe de fidèles prêts à prendre sa place en cas de décès.

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