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17/06/2014 06:20 EDT | Actualisé 17/08/2014 05:12 EDT

Turquie: la justice impose le silence aux médias sur la crise des otages en Irak

Une cour criminelle d'Ankara a imposé mardi aux médias turcs une interdiction de rapporter toute information sur l'affaire des 80 otages enlevés par des combattants jihadistes à Mossoul (Irak), qui a provoqué une polémique en Turquie.

Motivé par "la sécurité des citoyens turcs", l'arrêt rendu par la justice, qui a été envoyé à l'instance de supervision des médias (Rtük), impose cette mesure à tous les médias, y compris sur internet.

En cas de violation de cet ordre, cet organe peut imposer des amendes puis interdire de diffusion les médias contrevenants.

Les combattants de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) ont engagé la semaine dernière une offensive en Irak, au cours de laquelle ils ont investi le 11 juin le consulat de la Turquie à Mossoul et pris en otage 49 citoyens turcs qui s'y trouvaient.

Ce groupe radical sunnite, récemment inclus dans la liste des organisations considérées comme "terroristes" par Ankara, détient par ailleurs 31 chauffeurs routiers turcs.

Le gouvernement islamo-conservateur turc a engagé des discussions pour tenter d'obtenir la libération de ses ressortissants, selon lui en bonne santé.

"De gros efforts sont déployés. Nous faisons le maximum", a déclaré mardi devant la presse le chef de l'Etat, Abdullah Gül.

Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a de son côté évoqué les "efforts intenses" de ses services et dénoncé l'incapacité de l'administration de Bagdad d'assurer la sécurité du personnel diplomatique turc de Mossoul.

"Les missions diplomatiques sont sous la garantie du pays d'accueil. Le gouvernement central irakien a failli à son engagement", a-t-il déploré lors de son discours hebdomadaire devant les députés de son Parti de la justice et du développement (AKP).

Cet enlèvement a ravivé la polémique sur les liens présumés entretenus par la Turquie avec les groupes rebelles les plus radicaux engagés dans la guerre contre le régime syrien du président Bachar al-Assad, dont l'EIIL.

Mis en cause par l'opposition, le régime d'Ankara a toujours catégoriquement démenti toute aide à ces groupes.

Dimanche déjà, le chef du gouvernement avait intimé aux médias du pays de "suivre la situation sans perturber le processus (de discussion), sans écrire ou parler trop, parce que ces provocations suscitent des réactions plus négatives que positives".

La Turquie de M. Erdogan est régulièrement épinglée par les ONG de défense de la presse pour entraves à la liberté d'expression.

BA/pa/ros