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17/06/2014 03:56 EDT | Actualisé 16/08/2014 05:12 EDT

Thaïlande: les Cambodgiens fuient désormais l'"eldorado"

Chim Phon avait quitté son champ de riz au Cambodge pour travailler sur un chantier en Thaïlande. Comme près de 180.000 Cambodgiens ayant fui l'"eldorado" thaïlandais sur des rumeurs de meurtres, il est de retour à la case départ.

Chemise à fleurs vert fluo sur le dos, il a rapporté avec lui sa maigre fortune: une poignée de billets et deux ventilateurs qu'il a pu embarquer à bord du véhicule de police qui lui a fait traverser la frontière, avec une trentaine d'autres travailleurs illégaux.

Ils les échange aussitôt arrivé à Poipet, principale porte d'entrée des Cambodgiens rentrant au pays après les menaces de répression de l'immigration illégale depuis le coup d'Etat du 22 mai.

Certains se sont improvisés agents de change au poste-frontière, se frayant leur chemin avec leurs liasses de riels cambodgiens parmi les centaines de réfugiés débarquant encore mardi avec leurs économies en bahts thaïlandais.

A 45 ans, Chim Phon avait quitté son village depuis deux mois seulement, avec sa femme et leur fils de 16 ans, dans l'espoir de gagner de quoi se payer une mobylette, à défaut de faire fortune.

Depuis plusieurs jours, les rumeurs de Cambodgiens tués lors de raids anti-immigration s'étaient répandues comme traînée de poudre, malgré les dénégations de Bangkok.

"Nous n'y retournerons jamais. La situation n'est pas sûre pour nous. Nous avons peur. J'ai entendu que des Cambodgiens s'étaient fait tuer", reste convaincu Chim Phon.

Il avait été séduit par les récits d'habitants de son village partis travailler en Thaïlande avant lui, pour fuir la misère au Cambodge, un des pays les plus pauvres au monde.

Selon la Banque mondiale, environ 20% de la population y vit sous le seuil de pauvreté, soit avec moins de 1,25 dollars par personne par jour.

- Dortoir contre maison de bambou -

Le couple a donc laissé ses trois plus jeunes enfants aux grands-parents. Et quitté sa maison de bambou pour travailler avec leur adolescent sur un chantier de construction de la province de Chonburi, non loin de Bangkok, trouvé grâce à un intermédiaire.

Outre leurs précieux ventilateurs, ils ont réussi à sauver deux ballots de vêtements ainsi que quelques ustensiles de cuisine.

"Je n'ai pas fait d'études et la production de riz ici n'est pas bonne", se désole Chim Phon, dont la rizière familiale ne suffisait pas à nourrir ses quatre enfants.

En Thaïlande, il gagnait 300 bahts par jour (un peu plus de 9 dollars, moins de 7 euros), un bon salaire pour le Cambodge, où les ouvriers du textile, secteur clef de l'économie, ont un salaire minimum de 100 dollars mensuels.

En Thaïlande, il vivait dans un petit dortoir improvisé sur le chantier même, comme des milliers de travailleurs immigrés du Cambodge, du Laos ou de Birmanie, qui forment le gros des troupes des ouvriers en bâtiments ou employés de l'industrie de la pêche.

Chim Phon assure qu'il ne travaillait que huit heures par jour, loin des mauvais traitements envers les clandestins dénoncés, notamment dans le secteur de la pêche.

Et la décision de partir lundi soir de Chonburi, comme les dizaines de Cambodgiens employés sur le même chantier, a été douloureuse.

Il a pris un bus en direction de la frontière, avant de finir le trajet à bord d'un véhicule de police.

Il s'apprête désormais à embarquer à bord d'un camion qui doit le ramener dans sa province de Kampong Thom, dans le centre du Cambodge.

"J'avais décidé de laisser mes (trois plus jeunes) enfants avec mes parents au Cambodge et de partir en Thaïlande parce que je voulais une mobylette pour pouvoir me déplacer avec ma famille", une fois de retour au pays, explique Lach Thy, l'épouse de Chim Phon.

"Mais maintenant, nous n'avons qu'un peu d'argent de côté. Ce n'est pas assez pour acheter une mobylette", explique-t-elle en riant de son malheur.

suy-dth/ia