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17/06/2014 01:25 EDT | Actualisé 17/08/2014 05:12 EDT

Soudan: la jeune chrétienne condamnée à mort n'est plus enchaînée (avocat)

Des gardiens de prison ont retiré les chaînes entravant une Soudanaise chrétienne condamnée à mort pour apostasie qui a récemment accouché en prison, a annoncé un de ses avocats mardi.

Le cas de Meriam Yahia Ibrahim Ishag, chrétienne de 27 ans, condamnée à mort par pendaison alors qu'elle était enceinte et qui a accouché d'une petite fille en prison douze jours après le verdict, a soulevé un tollé international.

"Ils ont retiré les chaînes" après l'accouchement, a annoncé à l'AFP un de ses avocats, Mohanad Mustafa, précisant qu'il s'agissait d'un "ordre du médecin".

La loi soudanaise prévoit que tout condamné à mort doit être entravé. Mais "je pense qu'ils ne vont pas remettre (les chaînes)", a déclaré M. Mustafa.

Née d'un père musulman, Meriam Yahia Ibrahim Ishag a été condamnée à mort le 15 mai par une cour criminelle en vertu de la loi islamique en vigueur qui interdit les conversions.

Mariée à un chrétien et déjà mère d'un garçon de 20 mois, emprisonné avec elle, la jeune femme a également été condamnée à 100 coups de fouet pour "adultère", car selon l'interprétation soudanaise de la charia, toute union entre une musulmane et un non-musulman est considérée comme un "adultère".

Après la naissance de sa fille, Mme Ishag a quitté la cellule qu'elle partageait avec d'autres femmes et a été transférée à la clinique de la prison, a indiqué son avocat.

"Après l'accouchement, les conditions se sont améliorées", a-t-il déclaré, précisant qu'elle disposait de "l'air conditionné" et d'"un bon lit".

Mais "une prison est une prison", a-t-il souligné.

Des leaders politiques et religieux européens ont lancé la semaine dernière un appel à révoquer le "verdict inhumain" prononcé contre la jeune femme.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a lui pressé Khartoum et la justice soudanaise de "respecter le droit fondamental de Mme Ishag à la liberté et à exercer sa religion".

Une source religieuse, s'exprimant sous couvert de l'anonymat, s'est déclarée optimiste quant aux possibilités de libération de Mme Ishag en raison de la pression internationale.

Selon un communiqué de l'archevêché catholique de Khartoum obtenu mardi par l'AFP, Mme Ishag est née le 3 novembre 1987 dans l'Etat de Gedaref (est) d'un musulman soudanais et d'une Ethiopienne chrétienne orthodoxe.

L'affaire Ishag a commencé l'année dernière quand "un groupe d'hommes prétendant être de la famille" de la jeune femme, mais qu'elle n'avait jamais vu auparavant, ont entamé une procédure judiciaire, selon le document qui porte la signature de Mussa Kacho, vicaire épiscopal de Khartoum.

Le communiqué indique que Mme Ishag et son mari sont propriétaires d'une échoppe de barbier, d'une supérette et de terres agricoles à Gedaref.

Son avocat a indiqué ne pas savoir s'il y a un lien entre ces possessions et la procédure contre Mme Ishtag, mais "il y a sûrement quelque chose derrière cela".

M. Mustafa et quatre autres avocats spécialisés dans les droits de l'Homme défendent la jeune femme gratuitement et ont fait appel de la condamnation, examiné par un comité de trois juges depuis début juin.

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