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17/06/2014 09:53 EDT | Actualisé 17/08/2014 05:12 EDT

France: indignation en France après le lynchage "barbare" d'un adolescent rom

Le président François Hollande a exprimé son "indignation" mardi après le lynchage en France d'un jeune Rom, qui se trouvait entre la vie et la mort, un acte également fustigé par de nombreuses associations dénonçant la stigmatisation subie par cette minorité.

L'adolescent de 16 ans a été roué de coups et laissé pour mort par des inconnus avant d'être retrouvé vendredi au nord de Paris.

Le président socialiste a dénoncé "des actes innommables et injustifiables", qui heurtent tous les principes sur lesquels notre République est fondée", en exprimant "son indignation" et en demandant que "tout soit engagé pour retrouver les acteurs de cette agression".

C'est un "acte inacceptable" dont les "responsables" doivent être "retrouvés dans les délais les plus rapides pour répondre de leurs actes devant la justice", a martelé le Premier ministre Manuel Valls.

Alors que selon certaines informations, le jeune homme a été victime d'une opération punitive pour avoir été soupçonné de cambriolage, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a rappelé qu'il appartenait "exclusivement aux forces de sécurité de faire respecter l'ordre public".

Le jeune Darius vivait depuis peu avec sa famille et d'autres Roms dans une maison désaffectée de Pierrefitte-sur-Seine, une ville de la banlieue nord de Paris. Il a été retrouvé vendredi en fin de soirée, inconscient, dans un chariot de supermarché abandonné près de la Cité des Poètes, un quartier sensible, selon une source policière.

"Un groupe de plusieurs personnes est venu le chercher dans le campement et l'a emmené de force", a raconté une autre source policière. L'adolescent aurait alors été séquestré dans une cave, où ses agresseurs l'auraient violemment frappé.

Selon une source proche de l'affaire, "une douzaine de personnes" auraient participé au lynchage. C'est sa mère qui a signalé l'enlèvement à la police.

Grièvement blessé, l'adolescent a été hospitalisé à Paris. "Son pronostic vital est engagé. Il est dans le coma", a précisé une source judiciaire.

- Violences contre Roms en hausse en France -

Selon le maire de Pierrefitte-sur-Seine, Michel Fourcade, plusieurs voitures avaient eu leurs vitres cassées et ont été cambriolées dernièrement dans la Cité des Poètes, suscitant la rancoeur des habitants envers les Roms, qu'ils accusaient d'être les auteurs de ces vols.

Le ministère roumain des Affaires étrangères demandé dans un communiqué à la France de prendre "toutes les mesures afin d'identifier et de déférer à la justice les responsables des atrocités commises envers un mineur supposé être d'origine roumaine". "Un tel acte ne peut trouver aucune justification", a-t-il ajouté.

De nombreuses associations ont fait le lien entre l'agression de Darius et la stigmatisation dont sont victimes les Roms en France.

"C'est la terrifiante conséquence de plusieurs années de politiques publiques inefficaces et de prises de paroles d'élus, de représentants de l'État mais aussi de nombreux médias, entretenant et surfant sur un climat malsain", a ainsi réagi Romeurope.

Manuel Valls avait été au coeur d'une vive polémique pour avoir déclaré, l'an dernier alors qu'il était ministre de l'Intérieur, que "les Roms ont vocation à rester en Roumanie ou à y retourner" ou encore qu'ils ont "des modes de vie extrêmement différents des nôtres, qui évidemment sont en confrontation".

Pour la sénatrice écologiste Aline Archimbaud, "cette violence barbare est le résultat des campagnes de stigmatisation et de haine qui se multiplient, prenant pour cible les populations roms, faisant d'eux des boucs-émissaires".

Selon une récente enquête, 85% des Français pensent que les Roms exploitent leurs enfants et 78% qu'ils vivent essentiellement de vols et de trafics.

Pour Amnesty International, l'agression du jeune Rom s'inscrit "dans un contexte d'expulsions forcées qui jettent à la rue Roms et migrants, les condamnant ainsi à l'errance et à des conditions de vie extrêmement précaires, les exposant à davantage de violences".

Les autorités roumaines ont estimé que "de tels actes d'une violence extrême" sont "dans une certaine mesure le résultat des attitudes xénophobes et souvent racistes de plus en plus présentes" dans le discours des hommes politiques en Europe.

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