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17/06/2014 06:14 EDT | Actualisé 17/08/2014 05:12 EDT

Eté 1914: Les principaux acteurs de la crise et du début de la guerre

Voici quelques-uns des principaux acteurs de la crise qui, de l'attentat à Sarajevo le 28 juin à l'invasion de la Belgique par l'Allemagne le 3 août, plongea l'Europe dans la guerre:

A Sarajevo:

- Gavrilo Princip (1894-1918): étudiant nationaliste serbe de Bosnie-Herzégovine, alors sous domination austro-hongroise, il tue à coups de revolver le 28 juin 1914 à Sarajevo l'héritier de l'empire, l'archiduc François-Ferdinand de Habsbourg, et son épouse Sophie. Cet attentat déclenche l'engrenage diplomatico-militaire qui aboutit à la Première guerre mondiale. Mort de tuberculose en avril 1918 en prison, il est considéré comme un héros dans la Yougoslavie royale, dans celle de Tito, et dans la Serbie d'aujourd'hui.

- François-Ferdinand de Habsbourg (1863-1914): héritier de l'empereur François-Joseph, cet archiduc d'Autriche, slavophile et favorable au fédéralisme pour remplacer le dualisme austro-hongrois, est assassiné avec sa femme Sophie à Sarajevo le 28 juin 1914 par l'étudiant nationaliste serbe bosniaque Gavrilo Princip. Par le jeu des rivalités et des alliances entre les grandes puissances, son assassinat provoquera la Première guerre mondiale.

A Vienne:

- François-Joseph (1830-1916): empereur d'Autriche et roi de Hongrie. Ce Habsbourg monté sur le trône en 1848, veuf de la célèbre Sissi, est en 1914 le doyen des souverains européens. Poussé par son entourage civil et militaire, il déclenche le 28 juillet 1914 la guerre contre la Serbie qui va précipiter le conflit mondial, un mois après l'assassinat de son neveu et héritier François-Ferdinand à Sarajevo. Il meurt pendant la guerre, en novembre 1916.

- Leopold Von Berchtold (1863-1942): Le ministre des Affaires étrangères de l'empire austro-hongrois (1912-1915) est l'un des artisans de l'escalade après l'attentat de Sarajevo. Conforté par le soutien de l'Allemagne, il ignore les rapports exonérant le gouvernement serbe, omet d'en informer l'empereur François-Joseph et présente le 23 juillet un ultimatum inacceptable à la Serbie. Son étoile pâlit après le début de la guerre, et il doit démissionner en 1915.

- Franz Conrad von Hötzendorf (1852-1925): Partisan obstiné de la guerre, le chef de l'état-major austro-hongrois (1906-1917) pense que la Russie ne bougera pas en cas d'invasion de la Serbie, et que le conflit restera local. Il fait le siège du vieil empereur François-Joseph pour le convaincre d'entrer en guerre. Piètre stratège et organisateur, responsable de nombreux échecs militaires, il sera remplacé à la tête des armées en 1917.

A Berlin:

- Guillaume II (1859-1941): dernier roi de Prusse et empereur d'Allemagne. Petit-fils, par sa mère, de la reine Victoria, il monte sur le trône en 1888 et mène une politique expansionniste et colonialiste. Bien que cousin de Nicolas II, il rompt l'alliance ancienne avec la Russie pour se rapprocher de l'Autriche et de l'Italie. Après avoir encouragé l'intransigeance autrichienne face à la Serbie, poussé également par son état-major militaire, il transforme la crise austro-serbe en conflit mondial en déclarant la guerre à la Russie le 1er août, puis à la France le 3. Il est contraint d'abdiquer le 9 novembre 1918 et s'exile aux Pays-Bas.

- Theobald von Bethmann-Hollweg (1856-1921): Parfois surnommé le "chancelier énigmatique" pour ses contradictions, ce juriste à la personnalité effacée, plutôt favorable à la paix, dirige le gouvernement allemand depuis 1909. Dépassé par le bellicisme de l'état-major, il finit par considérer la guerre comme une fatalité. Il sera dominé tout au long du conflit par les militaires, qui vont s'emparer progressivement du pouvoir économique, politique et diplomatique. Favorable à une paix négociée après l'entrée en guerre des Etats-Unis, il est contraint à la démission en juillet 1917.

- Helmuth von Moltke (1848-1916): Chef d'état-major allemand depuis 1906, von Moltke est l'un des principaux artisans de la guerre: convaincu qu'un conflit avec la Russie et la France est inéluctable à moyen terme, il juge que l'Allemagne doit le déclencher le plus rapidement possible pour avoir une chance de l'emporter. En application du plan de son prédécesseur von Schlieffen, il attaque immédiatement la France pour tenter de l'écraser avant que la Russie et la Grande-Bretagne aient le temps de mobiliser leurs forces. Son échec lors de la bataille de la Marne en septembre 1914, qui ruine l'espoir allemand d'une victoire rapide, lui coûte son poste. Malade, il meurt en 1916.

A Saint-Pétersbourg:

- Nicolas II (1868-1918): dernier tsar de Russie. Monté sur le trône en 1894, il engage en 1904-1905 son pays dans la désastreuse guerre russo-japonaise qui entraîne la première révolution russe. Sa décision de décréter une mobilisation générale contre l'Autriche le 30 juillet pour soutenir la Serbie va pousser l'Allemagne à entrer en guerre. Incapable d'organiser l'effort de guerre et coupé des réalités de son pays, Nicolas II est contraint d'abdiquer lors de la "révolution de février" en 1917, provoquée par l'accumulation des revers militaires et de crises alimentaires. Il est assassiné avec femme et enfants par les bolcheviks le 17 juillet 1918.

A Paris:

- Raymond Poincaré (1860-1934): président du Conseil français en 1912 et 1913, puis de la République jusqu'en 1920. Il prône depuis longtemps une politique de fermeté à l'égard de l'Allemagne. Bien qu'il ait été très en retrait durant la crise de l'été 1914, ses adversaires l'affubleront du sobriquet "Poincaré-la-guerre". Très patriote, ce Lorrain froid et souvent présenté comme sans imagination appelle dès août 1914 à "l'union sacrée" de tous les Français. La formule rencontrera un vif succès. Après 1920, Poincaré jouira d'un grand prestige.

- Joseph Joffre (1852-1931): souvent jugé compétent mais sans génie, il commande les armées sur le front allemand en août 1914. Son attachement au dogme de "l'offensive à outrance" contribue à la catastrophique entrée en guerre de la France. D'un sang-froid imperturbable, il rétablit la situation en septembre grâce à sa victoire dans la bataille de la Marne. Accusé d'épuiser les armées françaises par d'incessantes offensives aussi meurtrières qu'infructueuses, il est poussé à la démission fin 1916, tout en recevant le titre de Maréchal.

A Londres:

- Herbert Asquith (1852-1928): Premier ministre britannique de 1908 à 1916, ce libéral aux convictions pacifistes tente une médiation infructueuse lorsque la crise s'emballe fin juillet. Il est néanmoins convaincu qu'il faut empêcher l'Allemagne, qui a défié la suprématie navale de la Grande-Bretagne, de dominer l'Europe continentale. L'invasion de la Belgique neutre par les Allemands lève les dernières hésitations de Londres, qui entre en guerre aux côtés de ses alliés le 4 août.

- Horatio H. Kitchener (1850-1916): ministre britannique de la guerre en 1914. Connu pour ses talents d'organisateur, il parvient en peu de temps à lever une armée, portant les forces britanniques de 170.000 soldats en 1914 à 1,3 million d'hommes en 1915. Il meurt en mer en 1916 lorsque son navire saute sur une mine, au large de l'Ecosse.

A Bruxelles:

- Albert Ier (1875-1934): roi des Belges. Sur le trône depuis 1909, il prend une part active, aux côtés des Alliés, dans la Première guerre mondiale sur le plan militaire comme sur le plan diplomatique, ce qui lui vaut le surnom de "Roi chevalier". Passionné d'alpinisme, il meurt en 1934 dans un accident d'escalade.

A Belgrade:

- Pierre Ier de Serbie (1844-1921): ancien élève de Saint-Cyr, ce Serbe francophile s'engage dans la Légion étrangère en 1870 sous le nom de Pierre Kara. Monté sur le trône de Serbie en 1903, le libéral Pierre Ier, malade, désigne en juin 1914 son fils Alexandre comme prince régent, lui laissant le soin de mener les opérations militaires pendant la guerre.

- Nikola Pasic (1845-1926): Premier ministre serbe à plusieurs reprises depuis la fin du XIXe siècle, et de nouveau depuis 1912, Pasic est averti de projets d'assassinat de l'archiduc François Ferdinand et alerte les autorités austro-hongroises, en vain. Son gouvernement est accusé de complicité après l'attentat. Conscient que Vienne cherche un prétexte pour intervenir militairement, il répond de façons trés conciliante à l'ultimatum austro-hongrois. Nikola Pasic reste Premier ministre jusqu'à la fin de la guerre et la fondation du royaume des Serbes, Croates et Slovènes, future Yougoslavie.

A Constantinople:

- Enver Pacha (1881-1922): un des chefs de la révolution des Jeunes Turcs, il devient membre de la famille impériale. Ministre de la guerre et chef d'Etat-major, il engage l'empire ottoman dans le camp des puissances centrales. Il donne en avril 1915 le feu vert à la déportation de masse des Arméniens ottomans, qui fera un million de morts. Il se réfugie en Allemagne après la guerre, et trouve la mort en 1922 en se battant contre les bolchéviks aux cotés des Russes blancs dans le Caucase.

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