NOUVELLES
17/06/2014 12:39 EDT | Actualisé 17/08/2014 05:12 EDT

Darfour: la CPI demande une enquête sur une "manipulation" de la Minuad

La procureure de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda, a demandé mardi à l'ONU d'enquêter sur des accusations selon lesquelles la mission conjointe ONU-Union africaine au Darfour (Minuad) minimiserait les exactions commises par les forces soudanaises au Darfour.

Présentant au Conseil de sécurité son dernier rapport sur la situation au Darfour, Mme Bensouda a évoqué "de récentes accusations selon lesquelles la Minuad aurait été manipulée afin de dissimuler des crimes commis contre les civils et les Casques bleus, en particulier ceux commis par le gouvernement soudanais".

Ces accusations ont été portées dans plusieurs médias, notamment la revue américaine Foreign Policy, par une ancienne porte-parole de la Minuad, Aicha El-Basri.

Ces accusations "devraient être un motif de préoccupation pour nous tous", a estimé Mme Bensouda, qui a réclamé "une enquête complète, indépendante et publique". "Si ces accusations étaient avérées, l'ONU devrait prendre des mesures appropriées", a-t-elle ajouté.

Mme Bensouda a émis l'hypothèse que "cette manipulation ait pu être le fait d'une poignée d'individus". Mais, a-t-elle ajouté, "elle met en doute la crédibilité de la mission dans son ensemble et prive les promoteurs de la paix et de la justice d'un outil essentiel pour évaluer la situation au Darfour, en constante évolution".

Au cours du débat qui a suivi, plusiers pays membres du Conseil, dont la France et le Royaume-Uni, ont soutenu cette demande d'enquête.

Dans son rapport, la procureure dénonce en particulier des attaques contre les civils perpétrées par les Rapid Support Forces (RSF), une milice pro-gouvernementale qu'elle qualifie de "nouvelle version des Janjawids". Les Janjawids, milices soutenues par le gouvernement et recrutées au sein des tribus arabes, ont commis depuis 2003 des atrocités contre des civils.

Mme Bensouda a aussi fustigé l'incapacité du Conseil à faire appliquer ses résolutions et à faire arrêter les responsables soudanais inculpés par le CPI dont le président soudanais Omar el-Béchir. Celui-ci, a-t-elle noté, se déplace régulièrement dans plusieurs pays africains dont certains membres de la CPI, sans être inquiété. "Il faut que le Conseil change radicalement son approche à propos de l'arrestation de suspects au Darfour", a-t-elle affirmé.

Le porte-parole adjoint de l'ONU Farhan Haq a indiqué que l'ONU allait examiner la demande d'enquête. Il a affirmé que le département de maintien de la paix des Nations unies "avait essayé de tenir compte depuis un mois de plusieurs des critiques" faites par Aicha El-Basri.

Il a aussi rappelé que l'ONU avait lancé une "révision stratégique" de la Minuad afin d'inciter la mission à se concentrer de manière plus efficace sur la protection de la population. Le Conseil de sécurité doit évaluer les premiers résultats de cette réforme avant de renouveler le mandat de la Minuad en août 2014.

La Minuad est chargée de protéger les civils et de sécuriser l'aide humanitaire destinée au Darfour, une région du Soudan en proie à des violences depuis le soulèvement en 2003 de rebelles contre le pouvoir central et les élites arabes.

Ces violences ont fait au moins 300.000 morts et près de deux millions de personnes selon l'ONU.

avz/rap