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17/06/2014 11:15 EDT | Actualisé 17/08/2014 05:12 EDT

Ayant relevé un bien plus grand défi, ce n'est pas un camp qui effraie Mealer

MONTRÉAL - Sans poste garanti et ne connaissant à peu près personne au sein de l'organisation, on pourrait penser que l'Américain Elliott Mealer vit des moments angoissants au camp des Alouettes de Montréal. C'est bien mal le connaître.

Côté adversité, le joueur de ligne offensive a vécu bien pire. Ce n'est pas la possibilité de se retrouver sans emploi qui l'effraie donc.

Depuis aussi longtemps qu'il se souvienne, Mealer veut jouer au football. Il a gravi tous les échelons du football amateur dans son patelin de Wauseon, en Ohio, avant d'obtenir une bourse d'études de la prestigieuse Université du Michigan pour s'aligner avec les Wolverines.

Mais il a bien failli ne jamais jouer un match pour cette équipe.

Le 24 décembre 2007, alors qu'il était âgé de 18 ans, Mealer, sa copine Hollis Richer, et sa mère, Shelly, se trouvaient à l'arrière de la voiture familiale, conduite par son père, David. Son frère, Brock, se trouvait à l'avant avec son père. La petite famille quittait une fête pour regagner la maison.

Elle ne s'y est jamais rendue.

Quand un conducteur âgé de 90 ans a omis de faire son arrêt obligatoire, la voiture des Mealer l'a embouti. David, 50 ans, et Hollis, âgée de 17 ans, ont été ejectés et sont morts sur le coup. Brock s'est retrouvé paralysé des pieds à la taille et Elliott s'est déchiré la coiffe des rotateurs de l'épaule droite en tentant d'arracher la vitre pour extirper Brock du véhicule.

Au bout de nombreux efforts, Brock est parvenu à réapprendre à marcher et Elliott a pu compter sur la patience des Wolverines pour profter de sa bourse et jouer au football une fois son épaule — et sa tête — guérie. Alors, ce n'est pas un poste non assuré qui l'empêche de dormir.

Mealer, on s'en doute, n'aime pas ressasser cette histoire. Mais il admet que David et Hollis occupent encore ses pensées.

«Je ne suis plus très chaud à l'idée de raconter de nouveau cette histoire, a-t-il reconnu quand La Presse Canadienne l'a rencontré la semaine dernière à l'université Bishop's. J'ai fait tellement d'entrevues à ce sujet. Mais c'est certain que mon père et Hollis me servent encore d'inspiration. Même chose pour mon frère — en fait, ma famille et la famille de Hollis en général. Nous avons passé au travers beaucoup d'épreuves ensemble et cette adversité me prépare pour les défis que j'ai à relever au football.

«C'est certain que je pense toujours à eux, mais j'essaie de ne pas lier tout ce que je fais à cet incident. Ce serait trop lourd émotivement. J'essaie de vivre ma vie.»

C'est que ce n'était pas le dernier coup du destin. À pareille date l'an dernier, Mealer se trouvait au camp des Saints de La Nouvelle-Orléans, qui lui ont accordé un contrat même s'il a été ignoré au repêchage. Tout allait pour le mieux et Mealer s'est rendu jusqu'au dernier jour des coupures, quand on lui a annoncé que ses services n'étaient pas retenus pour entreprendre la saison.

«Je trouvais que j'avais bien fait, mais j'y suis passé, explique-t-il sans aucune rancoeur dans la voix. Je suis allé m'entraîner en Floride en attendant un coup de fil. N'importe quel coup de fil.

«Ça peut être difficile de se lever tous les matins pour aller s'entraîner en espérant cet appel sans savoir s'il viendra, mais vous avez foi qu'il viendra et c'est ce que j'ai fait depuis octobre dernier. Pour moi, ç'a été un long chemin de croix. J'étais très heureux quand l'appel de Montréal est venu. J'ai sauté sur l'occasion et je ne pouvais attendre de m'amener au camp.»

Mealer est un centre naturel, mais les Alouettes ont beaucoup de profondeur à cette position. Derrière le vétéran Luc Brodeur-Jourdain, Pascal Baillargeon — dont le nom a été inscrit sur la liste des blessés pour six matchs dimanche — et Kristian Matte, ont pris des répétitions au sein de la première unité. C'est pourquoi l'organisation compte utiliser Mealer au poste de garde.

Encore là, Matte semble avoir une longueur d'avance sur le poste de garde à gauche, tandis que Ryan Bomben, en raison de la bonne fin de saison qu'il a connue, devrait amorcer la saison à droite.

«J'ai pris quelques répétitions au centre, mais il y a beaucoup de bons centres ici; pleins de bons vétérans capables de jouer à cette position, analyse-t-il. Alors je pense qu'à ce point-ci, c'est davantage comme garde que je ferai ma place. (...) Peu importe où ils auront besoin de moi, je serai prêt.

«Je suis ici depuis un peu plus d'une semaine et ç'a été une très bonne expérience jusqu'ici. (...) C'est assurément un sport différent que celui qu'on pratique aux États-Unis. Mais 'coach' Sweet est très bon avec moi. Je trouve que j'ai fait de bonnes choses jusqu'ici, mais il y a toujours place à l'amélioration. Je dois toujours avancer et apprendre. C'est là-dessus que je me concentre.»

'Coach' Sweet, c'est l'entraîneur des joueurs de ligne à l'attaque, Kris Sweet. Exigeant envers ses joueurs, Sweet sait néanmoins reconnaître leurs efforts et il apprécie ceux déployés par le colosse de six pieds cinq et 308 livres.

«À tous les jours, il en apprend sur ce qu'il doit faire. C'est un jeune homme intelligent et il prend beaucoup de notes. Il est conscient de ce qu'il doit faire afin de demeurer avec l'équipe.»

Mais ne comptez pas sur Mealer pour s'apitoyer sur son sort si ça ne fonctionne pas.