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15/06/2014 01:01 EDT | Actualisé 15/08/2014 05:12 EDT

Présidentielle en Colombie : le processus de paix en jeu

Les Colombiens ont voté dimanche au second tour de la présidentielle, un scrutin crucial pour l'avenir du processus de paix en cours avec les guérillas d'extrême gauche, dans ce pays en conflit armé depuis un demi-siècle.

Le duel, annoncé serré, oppose le chef de l'État, Juan Manuel Santos, dont le gouvernement mène depuis 19 mois à Cuba des négociations avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), à l'ancien ministre Oscar Ivan Zuluaga, virulent critique de ces pourparlers.

Les bureaux de vote, auxquels étaient appelés 32 millions d'électeurs, ont fermé dans l'après-midi, à 16h00 (21h00 GMT) et les résultats quasi-définitifs devaient être connu une heure plus tard.

Aucun incident notable n'a été signalé par les autorités durant le scrutin qui s'est tenu sous la surveillance de 240.000 policiers et militaires, tandis que les Farc s'étaient engagées à observer une trêve électorale.

"En ce jour si important, nous allons définir de grandes choses pour l'avenir de cette nation", a lancé le président Santos, qui était venu voter tôt avec sa famille, à l'intérieur du Congrès à Bogota.

Au pouvoir depuis 2010, ce dirigeant de centre droit de 62 ans, issus d'une grande famille de la politique, plaide en faveur d'un accord de paix rapide en Colombie, dont près du tiers des 47 millions d'habitants vivent encore dans la pauvreté, malgré une croissance économique annuelle supérieure à 4%.

A quelques jours du scrutin, le président sortant a aussi rendu public l'ouverture d'un dialogue avec l'Armée de libération nationale (ELN).

Les Farc et l'ELN sont les deux dernières guérillas d'extrême gauche en activité en Colombie et les plus anciennes d'Amérique latine, avec respectivement 8.000 et 2.500 combattants selon les autorités.

La "paix" sur la paume de la main

Dans les bureaux de vote, certains électeurs avaient écrit le mot "paix" sur la paume de leur main, a constaté l'AFP. "C'est ce qu'attend le peuple colombien", a témoigné Ana Leonor Mateus, une retraitée de 80 ans à Bogota.

Partisan de plus de fermeté, M. Zuluaga incarne le scepticisme à l'égard de ces pourparlers, qui ne sont pas les premiers dans l'histoire agitée de la Colombie et qui se déroulent sans cessez-le-feu bilatéral.

Venu voter en compagnie de son épouse dans la capitale, cet économiste de 55 ans s'est engagé à travailler "à la recherche d'une paix négociée, sans haine ni rancoeur".

Encore peu connu du grand public ces derniers mois, M. Zuluaga s'est taillé un franc succès avec le slogan "non à l'impunité". Un thème sensible en Colombie où le conflit entre guérillas, milices paramilitaires et bandes criminelles a fait plusieurs centaines de milliers de morts et entraîné le déplacement de cinq millions de personnes.

En cas de victoire, le candidat de l'opposition entend "réviser" les accords déjà conclus à Cuba, notamment sur l'instauration d'une réforme rurale dans son pays où les Farc sont une guérilla issue d'une insurrection paysanne.

Une de ses sympathisantes, Teresa Fonseca, mère au foyer de 71 ans rencontré dans un bureau de vote à Bogota, assure le défendre car "il n'est pas disposé à négocier une paix à tout prix".

Protégé de l'ex-président conservateur et désormais sénateur Alvaro Uribe, figure populaire pour sa guerre frontale contre les Farc entre 2002 et 2010, M. Zuluaga exige des rebelles une reddition d'ici à un mois et des peines de prison d'un minimum de six ans pour leurs chefs.

En déposant son bulletin, M. Uribe, qui taxe son successeur et ancien ministre de la Défense de trahison, a clamé sa volonté d'"un pays en sécurité et en paix". Il a aussi accusé les guérilleros d'"obliger avec les fusils les gens à voter" pour l'actuel chef de l'État.

"L'élection va être en grande partie un référendum pour approuver la possibilité de négocier la paix avec la guérilla et régler le conflit armé ou pour désavouer les avancées de La Havane et en finir avec l'initiative en vue du dialogue", explique à l'AFP la politologue Laura Wills Otero, professeur à l'Université des Andes.

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