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15/06/2014 02:16 EDT | Actualisé 15/08/2014 05:12 EDT

Négociations gazières Ukraine-Russie sur fond de tollé diplomatique

Des négociations sur le gaz entre Russes et Ukrainiens pour éviter une coupure imminente redoutée en Europe ont repris à Kiev dimanche soir sur fond du tollé diplomatique après une insulte du chef de la diplomatie ukrainienne envers Vladimir Poutine.

Le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk et son ministre de l'Energie Iouri Prodan, le PDG du géant semi-public russe Gazprom Alexeï Miller et le commissaire européen à l'Energie Guenther Oettinger participent à ces négociations.

Ces pourparlers prennent désormais l'allure d'une course contre la montre : Gazprom a donné jusqu'à lundi 06H00 GMT à Kiev pour rembourser une dette gazière de 1,95 milliard de dollars.

Faute de règlement, la Russie menace de passer à un système de pré-paiement qui pourrait signifier la coupure de l'approvisionnement.

Au passage, les livraisons de gaz russe en direction de l'Europe, dont près de la moitié transitent par le territoire ukrainien, risquent de se trouver affectées, comme pendant les précédents conflits gaziers, en 2006 et 2009.

Mais Kiev refuse la hausse des prix décidée par Moscou après l'arrivée au pouvoir de dirigeants pro-occidentaux fin février, conséquence de la chute du président prorusse Viktor Ianoukovitch : les mille mètres cubes de gaz sont alors passés de 268 à 485 dollars, un prix sans équivalent en Europe. Dans sa "dernière offre" Moscou a proposé 385 dollars.

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a dénoncé dimanche "l'arrogance" de Kiev qui "rejette un compromis raisonnable" ce qui s'expliquerait, selon lui, par l'ingérence d'un "Etat tiers".

- Poutine insulté par un ministre -

Les pourparlers se déroulent dans un contexte extrêmement tendu après des incidents samedi devant l'ambassade russe en Ukraine, en marge d'une manifestation pour protester contre la destruction en vol d'un avion militaire par des séparatistes prorusses, qui a fait 49 morts dans l'Est.

La diffusion dimanche d'une vidéo montrant le ministre ukrainien des Affaires étrangères insultant le président russe Vladimir Poutine devant les manifestants a rajouté à l'indignation de Moscou.

Sur ces images, Andrii Dechtchitsa, venu calmer la foule dit aux manifestants qu'il est prêt à exiger avec eux que la Russie se retire de l'Ukraine et lâche "Poutine connard", un slogan lancé par des supporteurs de football il y a plusieurs semaines et devenu depuis en Ukraine un refrain très populaire.

Plusieurs hauts responsables russes ont crié au scandale et appelé le président ukrainien à limoger M. Dechtchitsa.

Les manifestants rassemblés samedi devant l'ambassade de Russie à Kiev voulaient que "le sang soit versé", a affirmé dimanche M. Lavrov en dénonçant les propos de son homologue ukrainien "qui ont dépassé les limites de la bienséance".

Un manifestant a décroché samedi le drapeau russe tandis que d'autres ont renversé les voitures diplomatiques, jeté des pavés et un cocktail molotov sur le bâtiment.

La police a annoncé dimanche que trois personnes avaient été arrêtées. La Russie a dénoncé samedi soir l'inaction des forces de l'ordre "qui constitue une violation grossière des engagements internationaux de l'Ukraine".

Washington a aussi appelé Kiev à respecter la Convention de Vienne qui l'oblige à assurer la sécurité des bâtiments diplomatiques.

- réunion du conseil de sécurité lundi -

Le président ukrainien pro-occidental Petro Porochenko a pour sa part promis une "réponse adéquate" aux séparatistes après l'attaque contre l'avion, la plus meurtrière pour l'armée ukrainienne depuis le lancement le 13 avril d'une opération militaire dans l'Est séparatiste prorusse qui a fait plus de 30 morts.

Il a convoqué une réunion du conseil de sécurité nationale et de défense qui se tiendra lundi.

M. Porochenko avait présenté cette semaine à Vladimir Poutine son plan de paix faisant naître l'espoir d'une détente dans ce conflit sans précédent depuis la fin de la guerre froide. Plusieurs phases de pourparlers avec l'ambassadeur de Russie à Kiev depuis l'investiture le 7 juin du nouveau chef de l'Etat ukrainien.

Mais l'attaque de Lougansk revendiquée par les insurgés prorusses a mis à mal ces attentes.

Les Etats-Unis ont réaffirmé vendredi que la Russie avait fourni aux insurgés prorusses dans l'est de l'Ukraine des chars et des lance-roquettes, du matériel qui a franchi ces derniers jours la frontière entre les deux pays.

bur-neo/mr

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