NOUVELLES
15/06/2014 12:18 EDT | Actualisé 15/08/2014 05:12 EDT

Le Pakistan lance une "grande offensive" contre le repaire n°1 des talibans et d'Al-Qaïda

Le Pakistan a annoncé dimanche avoir lancé une "grande offensive" militaire contre les rebelles islamistes talibans et leurs alliés d'Al-Qaïda dans la zone tribale du Waziristan du Nord (nord-ouest), leur principal bastion dans le pays.

Cette offensive, que les Etats-Unis réclamaient de longue date à leur allié pakistanais, a été déclenchée tôt dans la journée par des raids aériens qui ont fait jusqu'à 150 morts selon des responsables locaux.

Elle intervient une semaine après la sanglante attaque de l'aéroport de Karachi (38 morts), revendiquée par les talibans et des combattants ouzbeks et qui a relancé les appels d'une partie de la société civile à ne plus faire de concessions aux rebelles islamistes.

"A la demande du gouvernement, les forces armées ont lancé une grande opération militaire contre les terroristes locaux et étrangers qui se cachent dans leurs repaires du Waziristan du Nord", a annoncé l'armée pakistanaise dans un communiqué publié en début de soirée.

Cette offensive est menée à la fois par l'aviation, l'artillerie, des tanks et des troupes au sol, a précisé à l'AFP un officier de l'armée présent à Miranshah, la principale ville du Waziristan du Nord, un territoire montagneux et reculé situé le long de la frontière afghane.

Plusieurs milliers de soldats ont déjà été mis en mouvement, et "on peut dire que 25.000 à 30.000 soldats vont participer" à l'opération, a-t-il ajouté sous couvert de l'anonymat.

Le Waziristan du Nord est le bastion n°1 des combattants du Mouvement des Talibans du Pakistan (TTP), principal groupe rebelle islamiste du pays et responsable d'attentats qui ont tué plus de 6.000 personnes depuis 2007, et de ses alliés combattants étrangers d'Al-Qaïda.

Il est également la base arrière de rebelles talibans afghans, dont le réseau Haqqani, connu pour ses sanglantes attaques contre les forces américaines et de l'Otan dans l'Afghanistan voisin.

Haqqani est également connu pour ses liens historiques avec les services pakistanais, un élément qui n'est selon certains observateurs pas étranger au fait qu'Islamabad a longtemps hésité avant de lancer une grande opération militaire au Waziristan du Nord.

L'offensive pakistanaise a commencé tôt dimanche (01h30, locales, soit 20h30 GMT samedi) par des raids aériens qui ont fait officiellement 80 morts, "pour la plupart des Ouzbeks", selon l'armée.

Mais le bilan est plus lourd, ont indiqué à l'AFP plusieurs sources des services de sécurité locaux en évoquant au moins 150 morts.

- Les talibans jurent vengeance -

Selon l'armée, les frappes visaient principalement des combattants ouzbeks et ont tué des rebelles impliqués dans l'attaque dimanche dernier de l'aéroport de Karachi, le plus grand du Pakistan.

Un responsable militaire à Miranshah a assuré que "le cerveau" de l'attaque de Karachi, un Ouzbek nommé Abu Abdul Rehman Almani, et plusieurs de ses commandants avaient été tués dans les raids de dimanche, menés à Dehgan, à quelque 25 km à l'ouest de Miranshah.

Dans un mail adressé aux médias, le porte-parole des talibans, Shahidullah Shahid, a juré vengeance, sans fournir plus de détails.

L'attaque de Karachi, qui a duré 12 heures et coûté selon les autorités la vie à 38 personnes, dont les 10 assaillants, avait renforcé les inquiétudes sur la capacité du Pakistan à éviter les attaques rebelles et à protéger ses sites les plus stratégiques.

Elle a également enterré un peu plus les pourparlers de paix proposés en début d'année par le gouvernement aux talibans du TTP, qui n'ont pas été au delà de contacts entre émissaires de chaque camp.

Deux jours après l'attaque de Karachi, les Etats-Unis avaient repris leurs tirs de drone - suspendus en décembre dernier pour donner une chance aux discussions de paix - dans le Waziristan du Nord, tuant 16 rebelles présumés selon les autorités locales.

Le même jour, des avions de combat pakistanais avaient frappé des repaires insurgés présumés dans une autre zone tribale, faisant au moins 25 morts selon les mêmes sources.

Les rumeurs d'offensive militaire au Waziristan du Nord courraient depuis la fin mai, et près de 60.000 habitants effrayés par cette perspective ont fui la zone tribale depuis.

Selon des témoins, les combattants islamistes les plus recherchés sont eux aussi partis peu à peu, passant pour nombre d'entre eux dans l'Afghanistan voisin, que les forces de l'Otan auront définitivement quitté en fin de l'année.

hk-shk-ks-emd/mr