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15/06/2014 10:30 EDT | Actualisé 15/08/2014 05:12 EDT

Le chaos en Irak, de mauvaise augure pour l'Afghanistan (experts)

Le chaos en Irak, que les Etats-Unis ont quitté fin 2011, pourrait être de mauvaise augure pour l'Afghanistan, deux ans et demi avant le retrait militaire complet des Américains, préviennent des experts.

Bien sûr, soulignent ces spécialistes, il y a des limites à dresser des parallèles entre l'Irak et l'Afghanistan, mais les deux pays ont monopolisé l'appareil militaire de la première puissance mondiale pendant plus d'une décennie et sont aujourd'hui tous les deux menacés par de puissantes insurrections islamistes armées.

Après des mois d'hésitation, le président Barack Obama a établi fin mai un calendrier de retrait militaire d'Afghanistan.

Washington y maintiendra 9.800 soldats après 2014, avant un retrait complet fin 2016 -- à la fin de la présidence Obama -- afin de "tourner la page" des guerres de l'après 11-Septembre en Irak et en Afghanistan. Pour conserver ce contingent, le prochain président afghan devra toutefois parapher un Traité bilatéral de sécurité (BSA) que Kaboul négocie depuis des mois avec les Etats-Unis.

Un texte similaire n'avait pas pu être signé entre Bagdad et Washington et les Américains s'étaient alors totalement retirés militairement d'Irak au 31 décembre 2011. Ils ont cependant continué d'engloutir des milliards de dollars en équipements et formations des forces armées irakiennes, celles-là mêmes qui se sont effondrées devant l'offensive fulgurante des ultra-jihadistes sunnites de l'Etat islamique d'Irak et du Levant (EIIL).

Beaucoup d'observateurs pensaient qu'"Al-Qaïda en Irak, dorénavant rebaptisée EIIL, avait été décimée, décapitée, terrassée par l'envoi de renforts massifs" américains en 2007, rappelle Bruce Riedel, de la Brookings Institution.

Mais la montée en puissance de l'EIIL en Irak "constitue un (précédent) de mauvaise augure" pour l'Afghanistan, prédit l'expert, lorsque les forces afghanes seront seules face aux talibans.

"L'une des leçons à tirer (de l'Irak) pour l'Afghanistan, c'est d'être prêt à encaisser une sorte de choc exogène", analyse aussi Christopher Chivvis, politologue du centre de recherches Rand Corporation.

De fait, dans le cas de l'Irak, les combattants de l'EIIL se sont aguerris en Syrie voisine, où ils sont réputés pour leur brutalité, à tel point qu'ils ont été exclus du réseau Al-Qaïda.

Pour l'Afghanistan, M. Chivvis redoute surtout que le pays -- qui a moins d'importance stratégique que l'Irak -- disparaisse de l'écran radar des Etats-Unis, une fois les troupes de l'Otan parties après fin 2014.

Les Etats-Unis y disposent de 32.800 hommes, épaulés par 17.700 alliés et de 340.600 soldats et policiers afghans. De 9.800 hommes en 2015, la présence américaine sera réduite "de moitié" à la fin de cette année-là et essentiellement concentrée sur l'immense base aérienne de Bagram et à Kaboul, jusqu'au retrait complet fin 2016, avec seulement 200 militaires à l'ambassade pour de la coopération militaire bilatérale.

- "Signe d'abandon" -

"Plus le retrait approche, plus les ressources, l'intérêt et la coopération se réduisent entre le gouvernement américain et les acteurs internationaux sur le terrain", constate M. Chivvis. "Ils ne travaillent plus vers le même objectif. Ils essaient de sortir" d'Afghanistan, décrypte-t-il.

Comme ce fut le cas en Irak, des Afghans verront peut-être avec soulagement des soldats américains quitter leurs villages et leurs campagnes. Mais d'autres, notamment des femmes, redoutent déjà l'éventuel retour du terrible régime des talibans (1996-2001).

"L'administration Obama espère peut-être que les Afghans considèrent la décision du président comme un vote de confiance pour leurs institutions", écrit Scott Smith de la fondation United States Institute for Peace. Mais "il est bien plus probable qu'ils l'interpréteront comme un signe d'abandon", tranche-t-il.

Toutefois, tempèrent ces spécialistes, si le BSA est signé, il restera du temps pour améliorer la formation de l'armée afghane, qui a déjà commencé à prendre l'initiative sur le terrain face aux talibans. "L'armée nationale afghane est au banc d'essai depuis un an: elle a mené plus de 90% des opérations de combat et son résultat est plutôt bon", se félicite M. Riedel.

En outre, l'administration américaine pousse pour la poursuite de la consolidation de l'armée nationale et pour un processus de paix entre Kaboul et les talibans. "Il est nécessaire qu'il y ait un effort de réconciliation entre Afghans" et "nous allons continuer à les renforcer", plaide ainsi la porte-parole du département d'Etat, Marie Harf.

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