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15/06/2014 04:55 EDT | Actualisé 15/08/2014 05:12 EDT

La crise en Irak résulte de l'inertie internationale sur la Syrie (Brahimi)

L'ancien émissaire international pour la Syrie Lakhdar Brahimi a estimé dans un entretien à l'AFP que l'offensive jihadiste en Irak résultait de l'inertie de la communauté internationale face au conflit qui fait rage en Syrie voisine depuis 2011.

"C'est une règle bien connue: un conflit de ce genre (en Syrie) ne peut pas rester enfermé dans les frontières d'un seul pays. Malheureusement on a négligé le problème syrien et on n'a pas aidé à le résoudre. Voilà le résultat", a déclaré dans un entretien téléphonique à l'AFP M. Brahimi, qui a démissionné en mai après deux ans d'efforts infructueux pour mettre fin à un conflit qui a fait plus de 160.000 morts.

Pour cet ancien médiateur en Irak après l'invasion américano-britannique de 2003, la communauté internationale ne peut pas "être surprise" par l'offensive jihadiste menée en Irak par l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), également l'une des forces les plus importantes en Syrie.

Ce groupe connu pour sa brutalité s'est emparé en trois jours de la deuxième ville d'Irak, Mossoul, et d'autre vastes zones du nord et du centre du pays. Gravitant le long de la frontière poreuse irako-syrienne, l'EIIL aspire à créer un émirat islamique entre l'Irak et la Syrie.

"Une personnalité irakienne m'a dit en novembre que l'EIIL était dix fois plus actif en Irak qu'en Syrie. J'ai mentionné cela au Conseil de Sécurité et dans mes entretiens", raconte ce diplomate chevronné.

Voisin de la Syrie, avec laquelle il partage une longue et poreuse frontière, "l'Irak a été comme une grosse blessure qui s'est infectée" avec le conflit syrien, souligne-t-il.

"Nous n'avons pas le droit d'être surpris car l'Irak ne s'est jamais vraiment remis de l'invasion américaine de 2003", analyse M. Brahimi. "En avril 2004 j'avais dit à Bagdad que tous les ingrédients pour une guerre civile étaient présents (...) En réalité une guerre civile a commencé dès que le régime de Saddam est tombé. Je ne défends pas le régime de Saddam, c'était un régime odieux qui devait tomber, mais la manière dont cela a été fait à travers une invasion n'avait aucune justification".

Désormais, "l'action des jihadistes en Irak se fait avec en arrière-plan la guerre civile entre chiites et sunnites".

- 'Des sunnites vont soutenir les jihadistes' -

La division confessionnelle en Irak est extrêmement profonde, et la communauté sunnite, au pouvoir sous Saddam Hussein, s'estime marginalisée par les autorités dominées par les chiites depuis 2003 et le renversement du régime baasiste.

Certains ne voient donc pas d'un mauvais oeil l'arrivée de jihadistes sunnites pour lutter contre ces autorités si décriées.

"Des sunnites vont soutenir les jihadistes, non pas parce qu'ils sont jihadistes mais parce que l'ennemi de mon ennemi est mon ami", selon M. Brahimi, qui souligne que cela n'est "dans l'intérêt de personne, certainement pas des sunnites en Irak".

Interrogé sur la réaction de Washington, qui a déployé un porte-avion dans le Golfe samedi, et celle de Téhéran, qui s'est dit prêt à aider Bagdad sans toutefois intervenir au sol, M. Brahimi a évoqué une "coopération de facto" entre les deux pays, dont les relations diplomatiques sont gelées depuis la révolution islamique iranienne de 1979.

"L'idéal serait que tous les pays de la région, y compris l'Iran, s'assoient ensemble pour dire: nous n'avons pas besoin de guerre civile entre sunnites et chiites et nous devons apprendre à vivre ensemble" a espéré M. Brahimi.

Enfin, revenant sur sa démission, dont il s'était à l'époque dit "très triste", l'ancien émissaire a martelé qu'il n'existait pas de solution militaire en Syrie.

"Le régime syrien qui fait des progrès sur le plan militaire a conclu qu'il va remporter cette victoire décisive, mais je ne suis pas du tout certain que ce soit le cas et le plus tôt que chacun acceptera de chercher une solution politique mieux cela vaudra", a-t-il dit.

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