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15/06/2014 09:39 EDT | Actualisé 15/08/2014 05:12 EDT

Chefs d'entreprises et maires catalans se rebellent contre le Fisc espagnol

Dans un restaurant d'Artés, petite ville de l'arrière-pays vinicole de la Catalogne, chefs d'entreprise et maires débattent de la stratégie à suivre pour étendre leur mouvement de rébellion fiscale contre le Trésor espagnol, visant à encourager l'indépendance de la région.

"Pour nous, la Catalogne est un pays. Par cohérence, nous payons donc nos impôts dans notre pays et c'est le gouvernement de ce pays qui doit gérer nos ressources", explique l'un d'eux, Maurici Santamaria.

Professionnel du secteur de la construction, sinistré après l'éclatement de la bulle immobilière, en 2008, qui, combinée à la crise financière mondiale, a précipité l'Espagne dans la tourmente économique, il est convaincu qu'une Catalogne indépendante "aurait mieux résisté à la crise".

En colère contre le système de répartition, qu'ils trouvent injuste, des recettes de l'Etat envers cette région du nord-est de l'Espagne, le petit groupe d'indépendantistes, originaires de la province de Bages, a lancé en septembre la campagne "Souveraineté Fiscale Bages", pour convaincre ses habitants de verser leurs impôts à l'administration catalane plutôt qu'à l'espagnole.

"C'est une façon de se rebeller, de s'opposer au déficit fiscal de la Catalogne et de donner plus de force à la Generalitat (le gouvernement catalan) pour qu'elle puisse négocier avec l'Espagne le financement dont elle a réellement besoin", ajoute Josep Selga, avocat.

Ce malaise face à un système fiscal qu'ils trouvent injuste, affirmant que la région verse plus à l'Etat central qu'elle ne reçoit, s'est répandu ces dernières années, alimentant la ferveur indépendantiste à la faveur d'expressions de plus en plus communes comme "L'Espagne nous vole".

Le ministre régional de l'Economie, Andreu Mas-Colell, a estimé jeudi que le "déficit fiscal" de l'Etat envers la Catalogne s'élevait à entre 11 et 15 milliards d'euros.

Madrid reconnait en outre n'avoir pas encore versé 5,748 milliards d'euros destinés à des infrastructures, qu'elle avait pourtant promis.

"La pression pesant sur le financement de la Catalogne est extrême", a accusé Andreu Mas-Colell, affirmant craindre que "la qualité des services que doit couvrir le gouvernement catalan en souffre".

- Mairies rebelles -

Lourdement endettée, la Catalogne a opéré ces dernières années de profondes coupes dans les budgets de services publics comme l'éducation et la santé tout en voyant la courbe du chômage et de la pauvreté empirer.

Face au refus du chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, en 2012, d'améliorer le système de financement de la région, le président catalan Artur Mas avait lancé le processus qui doit mener à l'organisation d'un référendum sur l'indépendance. Prévu le 9 novembre, il est considéré comme "illégal" par Madrid.

"A Madrid, on traite les entreprises catalanes comme si elles étaient étrangères", déplore Josep Maria Pinto, propriétaire d'une entreprise de contrôle d'impact environnemental.

Membre du groupe animant la campagne "Souveraineté Fiscale", il estime que la Catalogne dispose de tous "les ingrédients de base pour avoir une économie forte et compétitive". "Mais de nombreux projets restent inachevés à cause du manque d'investissements de l'Etat dans les infrastructures", regrette-t-il.

Depuis son lancement en septembre 2013, le groupe a organisé débats et conférences pour expliquer son insoumission. Celle-ci n'est pas illégale, selon ses membres.

Le système est simple et uniquement symbolique: le contribuable doit payer avec quelques jours d'avance ses impôts à l'administration catalane, qui les versera bien ensuite au fisc espagnol.

Une soixantaine de municipalités catalanes ont rejoint la rébellion. Ses instigateurs estiment qu'elle pourra à terme porter des fruits plus concrets.

"Nous donnons l'argent au gouvernement catalan, et lui décide s'il l'envoie à Madrid. Si nous faisions tous cela, la Generalitat pourrait avoir à un moment le pouvoir de décider de ne plus payer d'impôts à Madrid. C'est l'un de nos objectifs", lance le maire d'Artés, Joan Candaliga, l'un des premiers à avoir mis en place cette politique de "souveraineté fiscale".

Parallèlement, l'administration catalane avance dans cette direction. Elle a présenté en février un embryon de Trésor public catalan.

"Nous comptons construire un Trésor public propre à la Catalogne, un Trésor public complet, intégré et pour tous les impôts", avait alors déclaré Artur Mas.

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