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12/06/2014 03:50 EDT | Actualisé 11/08/2014 05:12 EDT

Pétrole: une perspective de prix stables propre à contenter l'Opep

Les prix du pétrole devraient continuer d'osciller entre 100 et 110 dollars le baril dans les prochains mois, équilibrant les effets de facteurs internationaux contradictoires et contentant l'Opep qui se satisfait d'un tel niveau, pronostiquent des analystes.

L'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) a reconduit mercredi son plafond de production de 30 millions de barils en raison de "la relative constance des prix depuis le début de l'année".

En effet, depuis la dernière réunion de l'Opep en décembre 2013, les prix du pétrole ont évolué dans une fourchette assez étroite, le Brent oscillant entre 105 et 110 dollars le baril.

"Les prix du pétrole ont fait du surplace juste sous la barre des 110 dollars depuis le début de l'année en raison de fondamentaux conflictuels", explique Gary Hornby, analyste au cabinet spécialisé dans l'énergie Inenco.

"Les récents troubles en Europe de l'Est et au Moyen-Orient ont maintenu une prime de risque dans les prix mais la production pétrolière américaine continue de limiter la hausse des prix", explique-t-il.

Les États-Unis produisent actuellement à leur plus haut niveau depuis 1986, grâce à l'exploitation des ressources d'hydrocarbures non conventionnels, comme le pétrole de schiste.

Cette abondance de brut permet "de calmer les inquiétudes sur l'offre en provenance d'autres sources, ce qui suggère que cette tendance (des prix du pétrole) pourrait continuer jusqu'à ce que les fondamentaux changent drastiquement", juge M. Hornby.

De même, Andrey Kryuchenkov, analyste à VTB Capital, estime que les prix vont "continuer d'osciller entre 100 et 110 dollars, ce qui convient à la plupart des membres de l'Opep".

L'Arabie Saoudite, chef de file et principal producteur du cartel, a en effet maintes fois répété être satisfaite du niveau actuel des prix.

Parmi les éléments haussiers pour les cours du brut figurent notamment les interruptions continuelles de production en Libye, où le secteur pétrolier est entravé par divers mouvements de protestations, et la crise ukrainienne, qui fait craindre des coupures de l'approvisionnement russe à l'Europe.

De plus, "la situation en Irak est inquiétante avec la prise de Mossoul" par des jihadistes sunnites de l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL), souligne Bjarne Schieldrop, analyste chez SEB.

Le ministre irakien du pétrole, Abdel Karim al-Luyabi, n'a pourtant voulu montrer aucune inquiétude, signalant que l'essentiel de la production pétrolière du pays se situait au Sud.

"Mais une hausse soutenue (du baril) au dessus des 110 dollars est difficile à justifier, étant donné que la croissance de l'offre dépasse toujours celle de la demande en raison de la faiblesse de la demande européenne et de la modération de la croissance économique en Chine", estime M. Kryuchenkov.

Les membres de l'Opep n'ont d'ailleurs pas intérêt à ce que le baril devienne trop coûteux, car il pèserait alors sur une croissance économique mondiale encore fragile.

A l'inverse, l'éventuel retour de l'Iran sur les marchés mondiaux du pétrole, en cas d'issue positive des négociations avec les Occidentaux au sujet de son programme nucléaire, pourrait pénaliser les prix du brut.

Le ministre iranien du Pétrole, Bijan Namadar Zanganeh, a martelé cette semaine à Vienne que l'Iran pouvait revenir en moins de trois mois à ses pleines capacités de production, soit 4 mb/j contre 2,7 mb/j actuellement.

"Une augmentation de la production en Iran et en Irak (qui a également des objectifs ambitieux d'augmentation de sa production, ndlr) pourrait signifier que la production du groupe s'élève au dessus de sa limite de 30 mb/j et pourrait faire baisser les prix", prévient Thomas Pugh, analyste du cabinet Capital Economics.

Selon lui, l'Opep pourrait alors décider d'abaisser son plafond de production afin de limiter la baisse des prix du pétrole.

A moins que l'Arabie Saoudite ne décide de réduire sa production, puisque ce pays, qui joue le rôle de "banque centrale" du pétrole, "change constamment son niveau de production pour équilibrer le marché", rappelle M. Schieldrop.

Il y a donc "peu de risques que l'Opep ne perde le contrôle du prix du pétrole à la baisse dans les six prochains mois", conclut-il.

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