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12/06/2014 10:55 EDT | Actualisé 12/08/2014 05:12 EDT

Mondial-2014: Gaz lacrymogènes à quelques heures du coup d'envoi

Le Brésil, "LE" pays du football, donne jeudi le coup d'envoi du Mondial à Sao Paulo, où des heurts ont éclaté entre la police et des manifestants, à quelques heures du match d'ouverture Brésil-Croatie.

Le Mondial démarre dans un contexte troublé de grèves et de manifestations qui pourraient perturber le plus grand événement sportif de la planète avec les jeux Olympiques.

Plus d'un milliard de téléspectateurs répartis dans 200 pays suivront la cérémonie d'ouverture, prévue à 15H14 locales (18H14 GMT), pour environ 25 minutes, juste avant le match inaugural Brésil-Croatie à Sao Paulo à 20H00 GMT.

A Sao Paulo, des policiers anti-émeute ont d'abord dispersé avec gaz lacrymogènes et grenades assourdissantes un groupe d'une soixantaine de manifestants anti-Mondial qui venaient à peine de se rassembler à environ 10 km du stade aux abords d'une station de métro en chantant: "La Coupe n'aura pas lieu".

Une journaliste américaine de CNN a été légèrement blessée par une capsule de gaz lacrymogène, a twitté le correspondant de la chaîne américaine à Sao Paulo.

Les manifestants voulaient bloquer une grande avenue menant au stade Arena Corinthians, où sera donné le coup d'envoi du Mondial en présence de 12 chefs d'Etat étrangers et du secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon.

Des affrontements violents ont ensuite éclaté entre un petit groupe de radicaux masqués et la police, en marge d'un rassemblement pacifique de quelques centaines de manifestants près des bureaux de la compagnie du métro de Sao Paulo.

Les protestataires violents ont jeté des pierres et des canettes de bière sur la police et enflammé le contenu de poubelles, entraînant une riposte musclée dans une grande confusion.

Des appels à manifester dans neuf des 12 villes hôtes du Mondial circulaient jeudi sur les réseaux sociaux.

A Belo Horizonte (centre-ouest), des agences bancaires et commerces ont barricadé leur devantures par craintes d'actes de vandalisme.

Une manifestation se déroulait pacifiquement dans le centre de Rio de Janeiro, où une autre marche était prévue dans l'après-midi sur la plage de Copacabana, non loin du fan-fest de la Fifa.

Des grévistes de l'aéroport international Carlos Jobim/Galeao de Rio ont bloqué pendant un moment, la principale voie d'accès aux terminaux, provoquant un embouteillage et faisant manquer leur vol à des passagers.

A Natal (nord-est), une grève partielle des autobus provoquaient des files d'attentes.

Cette agitation pour le moment d'ampleur limitée laisse planer la menace d'une réédition des manifestations historiques qui avaient enflammé le Brésil en juin 2013 en pleine Coupe des Confédérations, la répétition grandeur nature du Mondial.

Mais à quelques heures du coup d'envoi et de l'entrée en lice de la Seleçao, l'ambiance était plutôt bon enfant au Brésil.

Dans le centre d'affaires de Rio, presque tout le monde, de l'employé(e) de bureau au livreur en bicyclette était vétu de déclinaisons du drapeau national: jupes à rayures bleus et vertes, robes jaunes, T-shirts de Neymar...

Une grand drapeau du Brésil a été déployé aux pieds du Christ Rédempteur.

Le pape François a appelé de ses voeux "une fête de solidarité entre les peuples" et au respect mutuel des joueurs et supporters, dans un message en portugais à destination des médias brésiliens.

Ce Mondial constitue un défi immense pour le géant émergeant d'Amérique latine, après sept ans de préparation laborieuse et troublée.

Ce pays continent de 200 millions d'habitants devra démontrer qu'il est capable d'organiser un événement sportif majeur, quatre ans après le succès du Mondial en Afrique du Sud.

Les organisateurs doivent lever les premiers doutes dès l'arrivée des spectateurs dans l'Arena Corinthians, qui symbolise les soubresauts traversés depuis la désignation du pays en 2007.

- Test à pleine capacité -

Le stade, dont la livraison à la Fifa était initialement prévue en décembre 2013, est à peine terminé. La construction a été interrompue à de multiples reprises et trois ouvriers sont morts sur ce chantier interminable.

Le match d'ouverture du Mondial servira de "test" à pleine capacité, dans des domaines aussi cruciaux que la circulation et l'orientation des flux de spectateurs (61.600), l'accès des équipes dans un environnement saturé ou la sécurité.

A Sao Paulo, qui s'est réveillé sous un grand ciel bleu, la journée a été décrétée fériée. Et la circulation, d'ordinaire chaotique, était plus fluide que d'habitude dans le centre-ville.

- Oublier le Qatargate -

Dans un pays où le football est considéré comme une véritable religion, les Brésiliens attendent de belles victoires de la "Seleçao" locale, dirigée par le débonnaire Luiz Felipe Scolari, qui avait largement contribué à coudre une 5e étoile sur le maillot auriverde en 2002, avec la génération Ronaldo.

Celui que l'on surnomme "Felipao", soutenu par 68% des Brésiliens, a enfilé les habits de prêcheur. "A tous les Brésiliens, je veux dire que l'heure est arrivée. Nous sommes tous ensemble. C'est notre Coupe du monde", a-t-il lancé lors de la conférence de presse d'avant-match mercredi soir.

Jeudi matin, tous les médias étaient sur le pied de guerre pour la "Copa do Mundo".

"L'heure est venue", titrait notamment le grand quotidien O Globo, alors que le journal sportif Lance! clamait "Nous sommes tous le Brésil". De son côté, Folha de Sao Paulo pointait "Une Seleçao en forme et une organisation en berne".

Une victoire face à la Croatie permettrait à la Seleçao d'entamer de manière idéale son Mondial, et surtout d'éviter le spectre d'un match "à la vie, à la mort" face à l'Espagne ou aux Pays-Bas, dès les huitièmes de finale.

Une victoire permettrait aussi de donner un élan au Mondial en faisant se lever une vague d'enthousiasme dans tout le Brésil, après les polémiques sur l'attribution du Mondial-2022 au Qatar et les histoires de gros sous qui ont pollué le Congrès de la Fifa au cours des dernières 48 heures à Sao Paulo.

Michel Platini, président de l'UEFA, a annoncé jeudi qu'il ne soutiendrait pas Joseph Blatter, président de la Fifa qui ne cache plus ses envies de 5e mandat, même s'il respectait l'homme.

bur-pal/dhe