NOUVELLES
12/06/2014 12:42 EDT | Actualisé 12/08/2014 05:12 EDT

Le Brésil vibre enfin pour sa "Copa", malgré les manifestations

La ferveur du Mondial s'empare enfin du Brésil jeudi, à quelques heures de l'entrée en piste de la Seleçao, mais des manifestants ont déclaré la guerre à la fête du foot.

"La Coupe n'aura pas lieu!", ont commencé à scander dans la matinée une soixantaine de manifestants anti-Mondial aux abords d'une station de métro de la mégapole brésilienne de 20 millions d'habitants qui s'est réveillée sous un grand ciel bleu.

Ce petit groupe veut bloquer une avenue menant au stade. Il est rapidement dispersé par des policiers antiémeute à coups de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes.

Mais peu de temps après des incidents éclatent, non loin de là. Des radicaux, parmi lesquels figurent des anarchistes Black Bloc vêtus de noir, lancent pierre et canettes de bière sur les forces de l'ordre.

Ils mettent le feu à des poubelles. Riposte immédiate des policiers: gaz lacrymogènes, balles en caoutchouc, grenades assourdissantes.

Manifestants, journalistes et policiers courent dans tous les sens au milieu des fumées.

Une journaliste de CNN est blessée à un bras. Une manifestante est au sol, les yeux hagards, à bout de souffle.

Depuis sa fenêtre, un habitant excédé crie en direction des manifestants: "Aujourd'hui, la Coupe aura lieu!".

Mais à une dizaine de kilomètres de là, près du Stade Arena Corinthians l'ambiance est bien à la fête. Les supporters croates sont les stars du moment, assaillis par des Brésiliens qui veulent prendre des photos avec eux. "Je suis très excitée. Très heureux", confie Ivan Tomic, 40 ans, venu au stade en métro avec un groupe d'amis.

La station de métro Luz, proche du stade est remplie à craquer de fans brésiliens en jaune et vert et de Croates en rouge et blanc dans un tintamarre de vuvuzelas.

A l'aéroport, la zone de transit est recouverte d'un patchwork de maillots des sélections du Mondial. Mexicains, Colombiens, Équatoriens, Espagnols, Australiens, Suisses et Américains attendent notamment leurs correspondances vers les villes-hôtes du Mondial.

- 'Oh, oh, oh Neymaaaar' -

Devant l'hôtel Pullman Ibirapuera où est hébergée l'équipe brésilienne, Monica Seixas fait le pied de grue avec son chien, habillé comme elle de jaune et vert. "J'adore la Coupe du monde. Je la suis toujours et je suis super contente que cela se passe au Brésil", confie cette femme de 57 ans face à un imposant cordon policier.

Dans le quartier Liberdade (centre-ville), le groupe de supporters Bola 7 accompagné d'un groupe de samba entraîne les passants dans son sillage.

"Nous allons faire la fête toute la journée, tout le Mondial, pour la Seleçao. Le Brésil va être six fois champion", clamait à l'AFP le leader de Bola 7, un colosse de plus de 200 kilos, avant d'improviser une nouvelle chanson: "Oh, oh, oh Neymaaaar".

Dans tout le pays, l'apathie de ces dernières semaines s'est subitement estompée.

Au sommet du célèbre Corcovado de Rio, les touristes affluent, souvent vêtus aux couleurs de leur pays, et se côtoient dans une ambiance festive.

Un drapeau brésilien géant a été fixé au pied du Christ roi. Juste à côté, un fan argentin tentait de rivaliser avec un drapeau barré du fameux "Yes We Can" cher à Barack Obama.

L'ambiance allait aussi crescendo sur la légendaire plage de Copacabana, où la "Fan zone" de la Fifa était déjà prise d'assaut par les supporters en fin de matinée.

Une joyeuse troupe d'Anglais a acheté une dizaine de maillots brésiliens floqués "Neymar" à la grande joie d'un marchand ambulant.

Sur la plage, les célèbres sculpteurs de sable s'adaptent à la Coupe du monde et leurs oeuvres éphémères représentent joueurs et scènes de "futebol". Un "château" de sable figure même le Maracana rénové.

Dans le centre d'affaires de Rio, de nombreux employés ont troqué chemises et tailleurs habituels contre les tenues aux couleurs auriverde, alors que de balcons, fenêtres et véhicules sont ornés de la bannière auriverde.

La contagion a même gagné Brasilia. Dans la capitale, l'ambiance habituellement compassée s'est sensiblement déridée et cadres et fonctionnaires se parent de jaune et vert, jusque dans les ministères.

La présidente Dilma Rousseff a elle-même donné le la, en apparaissant aux côtés de son homologue chilienne avec une veste verte.

A Curitiba (sud), Benedito Ribas, un banquier de 59 ans, arbore le maillot bleu du Brésil: "Pour l'instant l'ambiance est calme mais il suffit que le Brésil commence à gagner et elle montera d'un cran. En revanche, s'il perd, les gens seront en colère".

bur-ag/pal/fbx