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12/06/2014 01:40 EDT | Actualisé 11/08/2014 05:12 EDT

Dernier round pour la présidentielle afghane, menacée par les talibans

Les Afghans se rendent samedi aux urnes pour décider qui, du favori Abdullah Abdullah ou de son adversaire Ashraf Ghani, succédera au président Hamid Karzaï à l'issue d'un second tour que les talibans, mis en échec au premier tour, ont promis une nouvelle fois de saboter.

Cette élection, première passation de pouvoir entre deux présidents afghans démocratiquement élus, est considérée comme un test majeur pour ce pays pauvre, en partie contrôlé par les rebelles talibans et qui plongera dans l'inconnu après le retrait de l'Otan d'ici à la fin de l'année.

Elle marquera également la fin de l'ère Karzaï, seul homme à avoir dirigé l'Afghanistan depuis la chute des talibans en 2001, chassés du pouvoir dans la foulée du 11-Septembre par une coalition militaire internationale menée par les États-Unis.

Hamid Karzaï transmettra au prochain président afghan les rênes d'un pays profondément transformé, en particulier dans les villes, qui a rompu avec le régime moyenâgeux des fondamentalistes talibans et permis l'essor d'une société jeune, dynamique, ambitieuse, davantage tournée vers le monde.

Mais l'Afghanistan en 2014, c'est aussi une inextricable accumulation de difficultés: la corruption endémique, un conservatisme toujours fort, en particulier dans les campagnes, la culture florissante du pavot à opium, et surtout la persistance des violences, malgré plus de douze années d'intervention militaire occidentale.

Ce conflit frappe de plein fouet la population: selon un rapport de la mission de l'ONU dans le pays (Unama), le nombre de victimes civiles a augmenté de 14% en 2013 (2.959 morts et 5.656 blessés).

- La revanche des talibans? -

Radicalement opposés à la présidentielle, qu'ils estiment téléguidée par Washington, les talibans ont promis de multiplier les attaques le jour du scrutin.

"Ô guerriers de dieu, frappez sans répit pendant 24 heures le jour de l'élection pour que l'ennemi soit neutralisé, et ce scrutin anéanti", déclarent-ils dans un communiqué publié mercredi, prévenant les électeurs qu'ils se rendront aux urnes à leurs risques et périls.

Incapables, malgré leurs attaques, d'empêcher une participation importante (plus de 50%) au premier tour du 5 avril, les insurgés pourraient chercher à "prendre leur revanche" samedi, craint le général Afzal Aman, chef des opérations de l'armée afghane.

Mais les forces de sécurité afghanes ont pris les devants et "mené des opérations dans tout le pays au cours des deux derniers mois" pour repousser les rebelles, assure ce responsable.

Le second tour opposera deux ex-ministres du président Karzaï: Abdullah Abdullah, 53 ans, un ancien proche du célèbre commandant Massoud arrivé largement en tête du premier tour avec 45% des voix, et Ashraf Ghani, 65 ans, un ancien cadre de la Banque mondiale (31,6%).

Avec plus de 13 points d'avance, la victoire semble à portée de main pour M. Abdullah, qui s'était retiré avec fracas du deuxième tour de la précédente présidentielle, en 2009, en dénonçant des fraudes massives au profit de Hamid Karzaï.

- La fraude, autre menace -

Revanchard, déterminé, le candidat, cible d'une tentative d'assassinat qui a fait 12 morts la semaine dernière à Kaboul, a déjà prévenu que seule la fraude pourrait l'empêcher de ravir la présidence.

Bien qu'importante au premier tour, la fraude n'a pas altéré fondamentalement les résultats, mais pourrait avoir un effet dévastateur lors du second dans une configuration où les deux candidats se disputeront pied à pied les voix des électeurs.

"Il est crucial que le second tour soit complètement transparent" pour "éviter toute incertitude et déboucher sur un résultat qui puisse être accepté par tous", met en garde le chef de la mission d'observation de l'Union européenne en Afghanistan, Thijs Berman.

Cible de nombreuses critiques, notamment des candidats, après le premier tour, la Commission électorale indépendante (IEC) a annoncé que près de 5.400 employés électoraux avaient été placés sur "liste noire".

Les résultats provisoires du scrutin devraient être publiés le 2 juillet, avant une promulgation définitive le 22 juillet.

Le prochain président afghan prendra ses fonctions le 2 août, avec une question brûlante à régler: la signature d'un Traité bilatéral de sécurité (BSA) avec Washington qui permettrait le maintien d'un contingent américain d'environ 10.000 hommes après le départ des 50.000 soldats de l'Otan, fin 2014.

Le président Karzaï a refusé jusqu'à présent de parapher cet accord, exaspérant ainsi les Américains, mais Ashraf Ghani et Abdullah Abdullah se sont tous deux dits prêts à le signer.

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