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11/06/2014 06:12 EDT | Actualisé 11/06/2014 06:14 EDT

Irak: les jihadistes imposent leur autorité à Mossoul, exode de la population (PHOTOS)

Getty Images

Les jihadistes contrôlaient mercredi la deuxième ville d'Irak, Mossoul, après s'en être emparés la veille comme d'autres secteurs du nord du pays, patrouillant dans les rues de la ville, dont 500 000 habitants ont fui les combats de ces derniers jours.

Les Etats-Unis, qui avaient envahi l'Irak en 2003 et en étaient partis fin 2011, ont qualifié l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), qui a pris Mossoul avec d'autres groupes jihadistes, de "menace pour la stabilité de toute la région". L'ONU s'est également inquiétée des avancées jihadistes.

L'EIIL, qui contrôle déjà avec d'autres combattants anti-gouvernementaux de larges secteurs de la province d'al-Anbar, veut installer un Etat islamique dans une région située entre la Syrie, où il est également très présent, et l'Irak.

Les jihadistes ont pris mardi coup sur coup la province de Ninive, dont Mossoul est la capitale, et de secteurs de deux autres provinces proches, Kirkouk et Salaheddine, une progression devant laquelle les autorités semblaient impuissantes.

Vêtus d'uniformes militaires pour certains ou de tenues noires pour d'autres, les combattants, qui opèrent à visage découvert se sont positionnés mercredi à Mossoul près des banques et des administrations publiques, ont indiqué des témoins par téléphone à un journaliste de l'AFP se trouvant à Bashiqa, une ville à l'est de Mossoul.

Ils ont pris également position au siège du conseil provincial, abandonné. Le calme régnait dans la matinée dans la ville selon des témoins.

D'après Hassan al-Jobouri, 45 ans, qui habite dans le sud de Mossoul, les jihadistes sillonnent la ville à bord de véhicules et appellent par haut-parleurs les fonctionnaires à rejoindre leur poste.

- Exode massif -

"Je n'ai pas ouvert la porte du magasin depuis jeudi dernier en raison des problèmes de sécurité", a indiqué pour sa part Abou Ahmed, 30 ans, le propriétaire d'un magasin de la ville, où des combats avaient éclaté jeudi entre insurgés et forces de sécurité.

Les violences de ces derniers jours ont entraîné "le déplacement de plus de 500 000 personnes à l'intérieur et autour de la ville", qui compte habituellement deux millions d'habitants, a indiqué mercredi l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) dans un communiqué.

L'OIM a fait état d'"un nombre important de victimes parmi les civils", soulignant que le centre de soins principal de la ville constitué de quatre hôpitaux avait été "inaccessible car situé en plein dans une zone des combats".

L'usage des voitures est interdit dans la ville et les habitants fuient à pied, l'eau potable manque aux alentours de Mossoul et les réserves de vivres sont maigres, précise l'organisation.

Selon l'OMI, les habitants fuient à l'intérieur de Mossoul de la rive ouest du Tigre vers la rive est, vers d'autres régions du gouvernorat de Ninive et vers la région autonome du Kurdistan.

- 'Peur pour les libertés' -

Bassam Mohammed, un étudiant de 25 ans, dit vouloir rester à Mossoul. "Mais j'ai peur au sujet des libertés, et j'ai tout spécialement peur qu'ils nous imposent de nouvelles lois".

En Syrie, dans la guerre qui oppose depuis trois ans le régime syrien et les rebelles, l'EIIL avait été initialement bien accueilli par les insurgés mais les abus qui lui sont attribués, notamment l'enlèvement et l'exécution de civils et de rebelles, ont poussé les autres groupes rebelles à retourner leurs armes contre lui.

Le gouvernement irakien, impuissant et miné par des clivages confessionnels entre chiites et sunnites, a annoncé qu'il fournirait des armes à tous les citoyens qui se porteraient volontaires pour combattre les insurgés. Il a aussi appelé le Parlement à "annoncer l'état d'urgence".

"Nous sommes en contact avec les dirigeants irakiens mais au bout du compte, c'est au gouvernement et aux forces irakiennes de faire face" à cette situation, a déclaré le porte-parole du Pentagone, le contre-amiral John Kirby.

Eurasia Group consultancy basé à New York estime que la prise de Mossoul aura un effet limité sur les exportations pétrolières.

"Nous ne nous attendons pas à une détérioration aiguë de la situation sécuritaire dans cette province qui affecterait les exportations pétrolières", a dit Ayham Kamel, un responsable du groupe.

Selon un responsable irakien, les activités pétrolières ne seront pas affectées dans l'immédiat car les installations pétrolières se trouvent plutôt dans le centre et le sud du pays.

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