POLITIQUE
11/06/2014 10:36 EDT | Actualisé 11/08/2014 05:12 EDT

Commission Charbonneau: interdire le financement d'entreprises a été une erreur, selon Marc-Yvan Côté (EN VIDÉO)

CEIC

L'ex-ministre libéral et ancien vice-président chez Roche estime que la décision du gouvernement de René Lévesque d'interdire le financement politique des entreprises a été une erreur à laquelle il regrette lui-même de ne pas avoir eu le courage de s'attaquer.

Un texte de François Messier

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« Si on avait eu le courage à l'époque d'autoriser des entreprises à financer directement [...] on aurait rendu service aux partis politiques et aux entreprises qui sont dans une situation inconfortable aujourd'hui », a plaidé Marc-Yvan Côté.

Il a ajouté qu'il s'agirait alors de bien encadrer ces contributions, avec un plafond et des pénalités sévères à la clé, afin d'éviter qu'il y ait un impact sur l'octroi des contrats publics. Il croit sinon qu'une autre solution serait de hausser la contribution de l'État aux partis.

« Les coûts des campagnes électorales ne sont pas appelés à diminuer, ils vont au moins être constants, et donc la pression sera toujours là », a plaidé M. Côté.

« Il faut arrêter de se boucher les yeux en pensant que tout ça peut être fait à coups de 5 $ et 10 $. »

— Marc-Yvan Côté

Marc-Yvan Côté détaille son rôle dans le financement du PLQ

Plus tôt devant la commission Charbonneau, Marc-Yvan Côté a détaillé davantage son implication dans le financement du PLQ, alors qu'il était chez Roche. Il a aussi expliqué son rôle dans l'organisation des cocktails de Nathalie Normandeau, qui lui permettaient d'atteindre l'objectif de 100 000 $ par ministre fixé par le parti.

L'ex-ministre libéral sous Robert Bourassa a reconnu qu'entre 1994 et 2005, c'est lui qui, de façon générale, autorisait la participation de directeurs ou de chargés de projet de Roche à des événements de financement du PLQ dans des circonscriptions, mais aussi pour le golf annuel ou le cocktail de Jean Charest à Québec.

L'ex-vice-président principal au développement des affaires de Roche a convenu que, en règle générale, toutes les demandes étaient acceptées, mais que certaines pouvaient être revues à la baisse lorsque jugées excessives. Il affirme avoir ainsi, par exemple, résisté une fois à Marcel Leblanc, qui souhaitait que Roche prenne 10 billets pour le cocktail de M. Charest, jugeant qu'il était plus approprié d'en prendre deux.

Marc-Yvan Côté a affirmé que durant la période où il s'est occupé du financement du PLQ pour Roche, il récoltait entre 40 000 $ et 50 000 $ par année. Il a ajouté n'avoir jamais eu de « commande précise » du parti - par exemple de 100 000 $ par année - ou encore que sa collègue France Michaud, fort impliquée dans le financement, ait évoqué devant lui en avoir reçu.

Le président de CIMA+, une autre firme de génie d'importance au Québec, avait cependant soutenu que Marc Bibeau, responsable du financement sectoriel pour le PLQ depuis 2003, donnait des objectifs précis aux firmes de génie.

M. Côté a affirmé n'avoir jamais eu une telle demande de M. Bibeau, mais tout en admettant savoir ce qu'il sollicitait des individus d'autres firmes.

« J'étais au courant et informé que Marc Bibeau faisait du financement sectoriel au Parti libéral. »

— Marc-Yvan Côté

Il a soutenu n'avoir rencontré M. Bibeau que deux fois, soit en 1998 pour faire le post mortem de l'élection, puis lors d'un cocktail de financement en 2003 à la résidence de l'entrepreneur de Schokbéton.

Il a ajouté qu'après 2005, il n'avait plus de responsabilité de financement chez Roche, exception faite de son implication dans le cocktail annuel de la ministre des Affaires municipales Nathalie Normandeau. France Michaud, déjà impliquée dans le financement depuis 2003, prendra alors sa relève auprès du PLQ.

Il soutient par ailleurs que lui-même n'a jamais sollicité quelqu'un chez Roche contre promesse de remboursement, mais que France Michaud et André Côté l'ont fait. Il admet donc à tout le moins qu'il savait qu'il se faisait du prête-noms chez Roche.

Marc-Yvan Côté a précisé qu'il savait peu de chose des activités de financement de Roche pour le PQ, prises en charge par le PDG de Roche et France Michaud.

L'ex-ministre libéral soutient que le ministre libéral du Travail Sam Hamad, qui a été directeur puis vice-président chez Roche de 1994 à 2003, ne participait pas aux discussions sur le financement politique. Entre 1998 et 2003, a relevé la commission, il a donné plus de 10 000 $ au PLQ. Notons que ses dons annuels seront bien moins généreux par la suite, une fois au gouvernement.

Après avoir promis mardi de parler sans hypocrisie en début de témoignage mardi, Marc-Yvan Côté a éprouvé encore de nombreuses réticences à reconnaître que c'est la firme Roche que le PLQ sollicitait, insistant plutôt à de nombreuses reprises qu'il s'agissait d'individus de chez Roche.

Mais pressé par le procureur Simon Tremblay, qui a mis en relief que nombres de donateurs étaient remboursés par Roche, comme M. Côté l'a lui-même admis, il a convenu « qu'ultimement », c'est l'entreprise qui est sollicitée.

Marc--Yvan Côté faisait exception pour Normandeau

Marc-Yvan Côté reconnaît avoir été impliqué de 2004 à 2009 dans le financement du cocktail annuel qu'organisait son ami Bruno Lortie au profit de la ministre des Affaires municipale Nathalie Normandeau, comme l'avaient d'ailleurs affirmé ses anciens collègues chez Roche André Côté et France Michaud.

Il a affirmé que c'est M. Lortie, qui a été chef cabinet de Mme Normandeau au Tourisme puis aux Affaires municipales, qui l'a approché à cette fin, soulignant avoir accepté en raison de son admiration pour la ministre.

L'ex-ministre libéral a cependant précisé que son rôle s'est limité à trouver des gens pour le cocktail : « c'est la seule responsabilité que j'ai eue ».

Il a expliqué avoir ainsi amassé par ses propres efforts entre 10 000 $ et 15 000 $ de gens qu'il contactait : sa famille, des amis, des connaissances, mais aussi des ingénieurs d'autres firmes. Il a ajouté sinon qu'il demandait à France Michaud - ou André Côté - de voir « ce qu'elle peut faire » chez Roche.

L'ex-vice-président de Roche André Côté avait dit à la commission avoir trouvé une dizaine de personnes disposées à verser 1000 $ pour assister à cette activité partisane, faisant valoir qu'il serait pertinent de faire « un retour d'ascenseur » en cette période faste pour les travaux d'infrastructures.

Les événements, à 1000 $ le billet, avaient généralement lieu à l'automne au restaurant Louis Hébert à Québec. Il n'a pu expliquer pourquoi, suivant les informations fournies à la commission par le PLQ, ils sont décrits comme des activités à 500 $.

Il a expliqué que ces cocktails étaient essentiels pour permettre aux ministres d'atteindre leur objectif de financement de 100 000 $.

« Sans sous-estimer ce que vous pouvez faire au niveau d'un comté, une fois que vous avez ramassé entre 25 000 $ et 30 000 $ dans un comté comme Bonaventure, comme Gaspé, comme Matane, vous avez pas mal fait le plein et travaillé très fort pour être capables d'atteindre ça », a-t-il expliqué. « Il reste donc 70 000 $ ou 75 000 $ à trouver ailleurs. Et c'est pour ça que ces cocktails-là étaient tenus. »

Gilles Cloutier, artisan de la « dérive » de Roche

Marc-Yvan Côté a reconnu que Roche a accepté de profiter de l'expertise de Gilles Cloutier dans l'organisation d'élections clé en main pour s'implanter dans la région de Montréal.

La firme de génie a ainsi commencé à s'impliquer vers 1997-1998 dans le financement d'élections municipales à la suggestion de ce dernier, qui avait une longue expertise dans le domaine.

« L'idée était de faire en sorte qu'on ait un certain nombre de municipalités » afin d'avoir un portfolio intéressant dans la région, Roche étant jusqu'alors davantage connue dans l'est du Québec. Avec le recul, M, Côté a admis qu'il s'agit d'une « dérive » de Roche dont il attribue l'initiative à M. Cloutier

Gilles Cloutier s'occupait de trouver des candidats que Roche pourrait appuyer dans diverses municipalités et les présentait alors à M. Côté, qui donnait alors son aval pour les financer.

Gilles Cloutier faisait alors une facture à Roche qui le payait, et la somme servait au financement politique. Marc-Yvan Côté a reconnu que tel avait été le cas pour les municipalités de Chersey, St-Julienne, Rawdon et Varenne.

Marc-Yvan Côté est ainsi venu confirmer, pour l'essentiel, le témoignage livré devant la commission Charbonneau par Gilles Cloutier. M. Coté se défend cependant que Roche ait embauché M. Cloutier spécifiquement en raison de cette expertise.

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