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Sommet européen pour tenter de briser la vague europhobe

Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE se retrouvaient mardi soir pour répondre d'urgence à l'inquiétude exprimée dimanche lors des élections européennes, marquées par une percée des europhobes et des extrémistes.

"Le moment est venu de changer les politiques européennes", a martelé le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi.

Fort de son succès aux Européennes --il a fait triompher le centre gauche, refluer le populiste Beppe Grillo et neutralisé la droite de Silvio Berlusconi--, M. Renzi demande une réponse européenne rapide et veut mettre à profit le semestre de présidence de l'UE par l'Italie qui commence le 1er juillet 2014.

L'idée est de débloquer rapidement la désignation des nouveaux dirigeants des institutions de l'UE et de fixer un agenda d'actions européennes, pour la relance, l'emploi et la gestion des flux migratoires. Mais M. Renzi aura besoin de soutiens parmi ses pairs, et la chancelière allemande Angela Merkel, dont le rôle est plus que jamais central, n'est pas sur la même longueur d'onde.

La montée des europhobes "est regrettable". "Maintenant, il s'agit de reconquérir ces électeurs" et "une politique de compétitivité, de croissance et d'emplois est la meilleure réponse au mécontentement", a-t-elle jugé.

De son côté, le président français François Hollande arrive à Bruxelles affaibli par le triomphe du Front national, devenu le premier parti du pays.

"L'Europe est devenue illisible, lointaine et pour tout dire, incompréhensible", a-t-il déploré lundi soir. Cela "ne peut plus durer". Plaidant pour une UE "simple, claire, pour être efficace", le chef de l'Etat français a demandé qu'elle "se retire là où elle n'est pas nécessaire".

Alors que le Premier ministre britannique, David Cameron réclame de longue date une Europe à la carte, M. Hollande plaide pour une "Europe concentrée sur les enjeux essentiels, autrement dit qui n'exerce pas la plénitude de ses compétences dès lors que c'est moins prioritaire", a expliqué l'Elysée.

Après la victoire du parti europhobe Ukip dans son pays, M. Cameron a affirmé que ces élections avaient "mis en évidence la nécessité de réformes pour que l'UE fasse plus afin d'apporter ce qui préoccupe les électeurs: des emplois et la croissance.

La personnalité du successeur de José Manuel Barroso à la tête de la Commission déterminera la manière dont les dirigeants européens entendent répondre aux inquiétudes, voire au rejet, manifestés par les citoyens. Sa désignation doit intervenir rapidement, pendant que les forces europhobes sont encore désorganisées au Parlement européen, a estimé un responsable européen.

Le candidat du Parti populaire européen (PPE, centre droit), Jean-Claude Juncker, revendique le poste. Le PPE a obtenu 213 sièges. La seule possibilité pour atteindre la majorité absolue de 376 voix est une grande coalition avec les socialistes (191 sièges), avec l'apport probable des libéraux (64).

Les chefs des groupes politiques du Parlement européen ont demandé mardi aux dirigeants de l'UE de laisser M. Juncker tenter de trouver cette majorité.

M. Juncker "pourra obtenir le soutien" des socialistes "à la condition qu'il présente un programme dont les priorités seront la création d'emplois et des investissements pour la croissance, une politique européenne d'immigration globale et une lutte efficace contre l'évasion fiscale", a déclaré le président du groupe, Hannes Swoboda.

Une prise de position analysée mardi par des responsables du PPE comme un soutien à M. Juncker.

Mais plusieurs dirigeants de droite refusent de le soutenir: le Britannique David Cameron, mais aussi des chefs de gouvernement du PPE comme le Hongrois Vikor Orban et le Suédois Frederik Reinfeldt, selon une source européenne. "Est-ce que Angela Merkel voudra choisir Juncker contre Cameron?", a-t-elle ajouté.

"La discussion entre les dirigeants européens ne doit pas être un débat sur des noms, mais sur ce que nous voulons faire", a dit Matteo Renzi. "Notre volonté, c'est que ce ne soit pas seulement une question de personne, mais une question de programme", a-t-on indiqué dans l'entourage de M. Hollande. "Il n'est pas exclu que Juncker ne soit pas celui qui soit désigné".

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