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"Pouvoir voter", le combat des manifestants qui défient la junte en Thaïlande

Enseignants, consultants ou étudiants, des opposants au coup d'Etat en Thaïlande défient l'interdiction de manifester, en défenseurs de la démocratie affirmant leur indépendance.

Dès le lendemain du coup d'Etat de jeudi dernier, ils se sont mobilisés, par petits groupes d'abord, via les réseaux sociaux, Facebook ou Twitter. Sans organisateurs professionnels visiblement.

Les photos de leurs pancartes artisanales "Nous voulons la démocratie" ou "Stop au coup" et leurs bouches barrées de sparadrap noir ont fait le tour du monde.

Et si certains se disent partisans des Chemises rouges soutenant le gouvernement de la Première ministre Yingluck Shinawatra, destituée par la justice avant le putsch, d'autres rejettent toute étiquette.

Meem, consultant financier de 27 ans, se dit même critique de certains aspects du programme de Yingluck, accusée par ses détracteurs d'avoir mené la même politique populiste et corrompue que son frère Thaksin, renversé par un coup d'Etat en 2006.

Meem est là pour défendre son droit de vote. "Ils vantent le pays comme une démocratie, mais au final, c'est l'armée qui le dirige", dit-il.

"On dirait la Birmanie il y a vingt ans", ajoute-t-il, évoquant la junte militaire autodissoute en 2011 dans le pays voisin.

Sa colère reflète un mouvement palpable au sein de la classe moyenne éduquée de la capitale.

Celle-ci souhaite voir la Thaïlande dépasser ses clivages traditionnels entre masses populaires soutenant Thaksin et les élites traditionnelles proches du palais soutenant l'opposition, malheureuse dans les urnes depuis plus de dix ans.

De nombreux habitants se disent blasés par les coups d'Etat (19 réussis ou non depuis 1932). Quand ils ne l'applaudissent pas, comme ces habitants tendant des roses aux soldats.

Malgré cela, le nombre de manifestants a culminé à un millier dimanche.

Les autres jours, les manifestants anti-junte sont entre 100 et 200 à se réunir, souvent au Monument de la Victoire, haut lieu de la contestation. Ils étaient encore 150 mardi à Bangkok à braver l'interdiction de se rassembler et les menaces des militaires.

"J'ai peur bien sûr, mais je me dois d'être ici... Ce coup d'Etat est totalement injuste", explique Yim, enseignant de 59 ans.

"Je ne suis ni Rouge ni Jaune", explique un autre manifestant, Piti, guide touristique, évoquant les couleurs associées aux deux tendances qui se disputent la scène politique.

"Je veux juste la paix, la démocratie et la liberté", ajoute-t-il.

Les manifestations quotidiennes se sont transformées en un jeu du chat et de la souris entre participants et militaires.

Le nouveau régime a prévenu qu'il surveillait les réseaux sociaux, a bloqué les routes menant aux sites de manifestations et y a massé des soldats équipés de boucliers anti-émeutes. Sans recourir à la force jusqu'ici.

Les manifestants sont pour l'heure invités par hauts-parleurs à se disperser, tandis que des soldats les photographient et les filment.

Ces derniers jours, neuf manifestants ont au total été interpellés à Bangkok, et une dizaine l'ont été ce week-end à Chiang Mai, grande ville du nord du pays, fief des Rouges.

Lors de sa première conférence de presse depuis sa prise de pouvoir lundi, le chef de la junte, le général Prayut Chan-O-Cha, a "demandé" aux manifestants de "cesser leurs actions", "car cela leur fera du mal, ainsi qu'à leur famille".

Mais, malgré les risques, une employée de bureau de 33 ans est venue.

"Nous avons peur de ce vers quoi ce pays s'achemine (...). Vous ne pouvez pas réparer un problème avec un autre problème. Un coup, ce n'est pas quelque chose de neutre", dit-elle.

"De plus en plus de gens vont venir. Nous sommes tous malades", dit son amie, qui craint de perdre son emploi si son employeur, partisan du renversement du gouvernement de Yingluck, sait qu'elle vient manifester.

"Oui, nous voulons un gouvernement qui soit mieux (que celui de Yingluck), mais le système doit tenir. Ne le brisez pas avec un coup d'Etat. Nous voulons voter", dit-elle.

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