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Le pape François avec les journalistes: pragmatique mais prudent sur les sujets délicats

Des crimes pédophiles au célibat des prêtres en passant par les réformes de la Curie, le pape François a évoqué sans tabous, dans l'avion qui le ramenait du Proche-Orient, les dossiers les plus délicats, auxquels il se confronte avec pragmatisme tout en restant habilement prudent.

Pour la deuxième fois, au retour d'un voyage --après Rio en 2013 -- le chef de l'Eglise catholique a laissé les journalistes le questionner librement, souhaitant même apparemment prolonger l'entretien.

Jorge Bergoglio n'a rien esquivé, usant de mots forts. La pédophilie est "comme une messe noire. Tu (le prêtre) dois mener l'enfant à la sainteté et tu le mènes à un problème qui dure toute sa vie". Il n'y a plus de "privilégiés" dans l'Eglise, qui seraient protégés, a-t-il martelé. Face à "ce crime tellement laid", c'est "tolérance zéro".

De même que sur le vol de juillet 2013, une petite phrase sur les homosexuels, "Qui suis-je pour juger?", avait suscité beaucoup de commentaires, une brève réponse à une question sur la possibilité d'ordonner prêtres des hommes mariés a créé un buzz médiatique: "Le célibat n'étant pas un dogme de foi, la porte est ouverte".

La déclaration intégrale du pape dénote pourtant une prudence jésuite: habile, ouvert, il ne fait pas de promesses, se retranchant derrière "l'Eglise", et ajoute que "ce n'est pas à l'ordre du jour".

"L'Eglise catholique a des prêtres mariés: catholiques grecs, coptes, des rites orientaux. Parce que le célibat n'est pas un dogme. C'est une règle de vie que j'apprécie beaucoup et c'est un don pour l'Eglise. Comme ce n'est pas un dogme, la porte est toujours ouverte". Mais, "maintenant", ce n'est pas à "l'ordre du jour", a-t-il précisé.

Que ce ne soit pas un dogme impossible à changer, l'Eglise l'affirme depuis longtemps. Et la revendication d'une ordination d'hommes mariés très engagés se fait plus forte dans certains milieux catholiques. Tout comme se font plus pressantes les demandes de reconnaissance de femmes partageant la vie de prêtres.

La question difficile de la communion pour les divorcés remariés a été longuement abordée, mais là aussi sans rien promettre. Il faut "clarifier", a martelé le pape, le fait que "que les divorcés ne sont pas excommuniés". Rappelant qu'il avait convoqué un synode sur la famille, qui est "en crise mondiale", il a dit "n'avoir pas apprécié que beaucoup, y compris dans l'Eglise, aient dit que ce serait un synode +pour donner la communion aux divorcés remariés+".

Irrité par des critiques de cardinaux sur son apparente ouverture sur la question, François affirme que le sujet est vaste et qu'il faut éviter la "casuistique", le "cas par cas" -- consistant à répondre que ceux-ci peuvent communier et ceux-là non --, mais développer une approche globale.

D'autres affaires brûlantes ont été abordées ouvertement dans l'avion:

--Une enquête sur un transfert d'argent au Vatican, touchant l'ancien numéro deux de Benoît XVI, le cardinal Tarcisio Bertone: "L'affaire n'est pas claire. Elle est en train d'être examinée".

--La démission d'un pape: "Un pape qui sent ses forces décliner doit pouvoir se poser la même question que Benoît XVI".

--La réforme de la Curie: "Elle est à un bon point, rencontre les obstacles normaux de tels processus. C'est chaque jour qu'il faut réformer l'Eglise".

"Il papa furbo" ("le pape rusé", en italien), c'est la définition qui revient pour décrire son style doux d'homme d'écoute et de dialogue.

Pour le vaticaniste Jean Mercier, de l'hebdomadaire français La Vie, ce pape "est effectivement un peu rusé: il est dans une ouverture plus grande, pas dans le registre plus dogmatique de Jean Paul II ou de Benoît XVI. Il se définit comme un commentateur".

Sur les divorcés remariés ou l'ordination d'hommes mariés, "il a une réponse assez classique, reste dans le flou. Ca l'arrange de ne pas trop aller dans le détail, il sait que cela casserait la tête des gens", ajoute Jean Mercier à l'AFP.

Sur le célibat des prêtres, Andrea Tornielli, expert de Vatican Insider, a relevé sur son site que si François évoque "la possibilité de discuter" du sujet, il "fait comprendre que ce n'est pas prévu à brève échéance".

jlv/fka/plh

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