Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Québec, qui a fermé ses portes en 2021.

Européennes/GB: la débâcle des Lib-Dems ou la chute du troisième homme

Si le visage de Nigel Farage, le leader de l'Ukip, personnifie la victoire des europhobes britanniques, celui de Nick Clegg symbolise la déroute des libéraux-démocrates europhiles aux élections européennes, où les partenaires de coalition des conservateurs ont subi une débâcle retentissante.

Yeux rouges, teint blafard et voix d'outre-tombe: il suffisait de voir la mine défaite du vice-Premier ministre au lendemain des élections pour mesurer l'étendue des dégâts. Avec 6,9% des voix, les "Lib-Dems", déjà laminés lors d'un scrutin local partiel jeudi, n'arrivent qu'en cinquième position aux Européennes, derrière les Verts, et perdent dix de leurs onze sièges au Parlement européen.

Un désastre, une humiliation et un désaveu terrible pour Nick Clegg, traqué mardi par les médias. Ceux-là mêmes qui l'avaient adoubé comme le "troisième homme" du paysage politique britannique en 2010 lorsqu'il avait poussé avec fracas les portes du gouvernement.

Allure juvénile, polyglotte, né d'une mère néerlandaise et marié à une Espagnole, Nick Clegg incarnait alors le visage nouveau de la politique. Urbain, européen et moderne. Une sorte d'anti-Nigel Farage, ce leader populiste qui lui a infligé dimanche la pire défaite de sa carrière.

Et les perspectives n'ont rien d'enthousiasmant: selon des projections du parti, plus de 20 des 57 sièges Lib-dems à la Chambre des communes seraient en danger lors des élections générales de 2015. En guise de camouflet ultime, un sondage interne indique que Nick Clegg risque même de perdre son propre siège de député, à Sheffield Hallam, une perspective qui scellerait son sort.

Certains n'ont pas envie d'attendre aussi longtemps. Dès vendredi, alors que le parti apprenait la perte de plusieurs centaines de sièges dans les conseils municipaux, une pétition en ligne a circulé pour appeler le vice-Premier ministre à la démission. Signée notamment par l'ancienne députée Sandra Gidley qui dit que "la marque Clegg" est "devenue toxique".

"Je ne démissionnerai pas", martèle pourtant Nick Clegg dont le choix de finalement s'allier à la droite plutôt qu'à la gauche en 2010 est loin d'avoir fait l'unanimité au sein de son parti.

Appelé par les putschistes à prendre la relève, Vince Cable, ministre du Commerce, a apporté, depuis la Chine, son soutien à son leader et appelé le parti à "garder ses nerfs" malgré des résultats "exceptionnellement mauvais".

"Nick a eu le courage de s'opposer frontalement à la vague eurosceptique qui a déferlé sur une grande partie de l'Europe", a-t-il ajouté.

Mais la stratégie choisie par Nick Clegg d'affronter directement Nigel Farage, lors de deux débats en avril, a échoué au point que le leader de l'Ukip s'est dit lui-même "extrêmement reconnaissant" qu'on lui ait offert l'occasion de laminer son adversaire en direct.

Il est vrai que le plaidoyer vibrant pour l'Europe de Clegg avait tout d'une mission kamikaze dans un pays où l'euroscepticisme est au plus haut, y compris dans les rangs des conservateurs.

A cet égard, Vince Cable relève que les Lib-Dems ont souffert de leur participation au gouvernement de coalition de David Cameron, et du fait d'avoir eu à prendre "des décisions extrêmement difficiles", quitte parfois à être accusés de renier des engagements du parti.

Il semble même que les Lib-Dems soient les premiers à payer les pots cassés puisque les Tories, sur fond de reprise économique, ont finalement plutôt bien résisté lors de ces élections traditionnellement difficiles pour le pouvoir.

Pas question pour autant de quitter le gouvernement de coalition, malgré l'accumulation des frictions, a insisté mardi Nick Clegg, alors que certains membres du parti l'ont appelé à prendre ses distances avec les conservateurs et à se rapprocher de l'opposition de gauche.

Avec la montée en puissance de l'Ukip, c'est aujourd'hui Nigel Farage qui fait figure de troisième homme. Et la question consiste désormais à déterminer le pouvoir d'influence dont bénéficient encore les Lib-Dems. Et s'ils auront toujours en 2015 les moyens de jouer les "faiseurs de roi" si de nouveau aucune majorité nette ne se dessine.

jk/dh/mr

Envoyer une correction
Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Canada, qui ont fermé en 2021. Si vous avez des questions ou des préoccupations, veuillez consulter notre FAQ ou contacter support@huffpost.com.