Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Québec, qui a fermé ses portes en 2021.

Dans un quartier paisible de Donetsk, la guerre vue d'une fenêtre

Alors que l'écho d'un tir d'obus et des rafales de mitrailleuses se font entendre au loin, Lera Meteiko se met à l'abri sur le bas-côté de la route, près de l'aéroport de Donetsk, avec quelques affaires jetées dans des sacs plastiques.

Cette femme de 33 ans a observé lundi depuis les fenêtres de son appartement donnant sur l'aéroport international les hélicoptères de l'armée ukrainienne combattre des insurgés armés de lance-roquettes et de kalachnikov, dans ce qui était jusque là un quartier de banlieue paisible.

Mardi, les combats, devenus plus sporadiques que la veille, ont continué de secouer la zone à intervalles réguliers dès sept heures du matin.

"Je m'en vais. J'attends que ma mère et ma soeur viennent me chercher", assure cette employée des chemins de fer. "J'espère que je reviendrai à la maison bientôt".

Plus loin, une femme âgée en robe noire porte un sac le long d'une route quasi déserte, s'apprêtant à rejoindre des amis chez qui elle va loger.

"Nous sommes désormais des réfugiés sur nos propres terres", se lamente-t-elle, refusant de donner son nom. "Je ne peux plus faire confiance à personne".

"En définitive, nous allons l'emporter malgré tout", confie-t-elle. "Nous n'avons pas commencé tout ça. Les autorités de Kiev sont venues ici et nous ont attaqués dans nos propres maisons".

Quelques mètres plus loin, les traces des violents affrontements de lundi ne sont pas difficiles à repérer. Un camion militaire vert -- un véhicule des insurgés selon les habitants -- gît à l'angle de la route, le pare-brise criblé de balles et un côté déchiqueté.

Autour du véhicule gisent les décombres du carnage: douilles et mares de sang. De l'autre côté de la route, un scalp. Des morceaux de cerveaux maculent le bord du trottoir.

Evguenia Simonova, 28 ans, observe la scène à distance en fumant une cigarette, appuyée sur son vélo.

"Je ne suis plus à la maison car un shrapnel a touché le toit de notre maison hier et il y a un trou maintenant. Je loge chez un ami", raconte-t-elle. "Les fondations de la maison de nos voisins ont été touchées. Heureusement, il n'y a pas eu de victimes mais tout le monde a très peur".

"Je ne vais pas partir. Dangereux ou pas, ma maison est ma forteresse", lance fièrement son ami de 18 ans Anton Konstantinov.

Les autorités de Kiev ont assuré mardi avoir repris le contrôle de l'aéroport de Donetsk, investi la veille par les insurgés prorusses. Les combats, après de violents affrontements et des frappes aériennes, ont fait au moins 40 morts.

Pour les quelques habitants qui s'aventurent dans les rues désertes de Donetsk, la situation est confuse, mais la vie quotidienne reprend progressivement ses droits.

Les combattants sont introuvables, mais les habitants ont monté des barricades de pneus et coupé les routes menant vers la ville avec des bulldozers.

Serguiï et ses deux amis ne peuvent s'empêcher de rire lorsqu'une femme et son mari s'arrêtent pour leur demander si c'est dangereux d'aller à son lieu de travail près de l'aéroport.

"Aller au travail ? Mais qu'est ce que vous pensez ? Ils y a des tirs là-bas", lui crient-ils. Peu après, ils éclatent à nouveau de rire lorsqu'ils voient une voiture attendre patiemment au feu rouge d'une rue déserte et recouverte de débris.

"Les gens ici ne savent pas ce qu'il se passe. Tout le monde dit des choses différentes", explique Sergueï. "Nous ne savons pas qui contrôle l'aéroport -- l'armée ukrainienne ou la République de Donetsk. C'est terrifiant".

del-pop/kat/mr

Envoyer une correction
Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Canada, qui ont fermé en 2021. Si vous avez des questions ou des préoccupations, veuillez consulter notre FAQ ou contacter support@huffpost.com.