Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Québec, qui a fermé ses portes en 2021.

Basket fauteuil: l'équipe d'Afghanistan découvre en Italie le haut niveau et la mer

Le regard fixe, concentré sur le parquet de Bologne où un groupe d'handicapés afghans tient tête à l'équipe d'Italie des moins de 22 ans, Alberto Cairo s'émerveille des progrès de ses protégés: "Quand on pense qu'il y a encore quatre ans ils ne savaient même pas ce qu'était le basket".

Installé à Kaboul depuis le retrait des troupes de l'URSS en 1989, Alberto Cairo est le responsable du programme de réhabilitation physique de la Croix Rouge Internationale en Afghanistan, un projet pilote qui lui a valu une nomination pour le prix Nobel de la Paix il y a quatre ans.

Ravagé par trente ans de guerre, ce pays d'Asie centrale déplore un nombre important de paralysés et mutilés: victimes de mines antipersonnelles, d'éclats de bombes, de grenades mais aussi d'une situation économique qui n'autorise toujours pas l'éradication de la poliomyélite alors que le vaccin ne coûte que quelques euros.

C'est sous l'impulsion de ce kinésithérapeute italien de 62 ans, passionné de basket, que la sélection afghane a vu le jour en 2010: "La réhabilitation physique est souvent quelque chose de perçu comme triste et douloureux, mais à travers le basket cela se fait dans la joie".

Dans un pays où la pratique du sport est encore considérée comme un luxe, le projet de "basket fauteuil" n'est pas seulement un moteur de réhabilitation physique mais c'est aussi un outil de réinsertion sociale dont profitent aujourd'hui 250 Afghans répartis sur six provinces.

"Dans la plupart des cas, un enfant handicapé en Afghanistan est très marginalisé, et ce sans aucune méchanceté de la part des familles. Mais depuis que nous avons commencé ce programme, beaucoup de ces jeunes ont commencé à sortir de chez eux et à trouver du travail", explique à l'AFP-TV Jess Markt, l'entraîneur américain de l'équipe afghane, qui se rend à Kaboul plusieurs semaines par an pour faire progresser son groupe.

Mirwais Rahimi, du haut de ses 31 ans, est l'un des joueurs emblématiques des Rouges de l'Afghanistan: "Jouer au basket-ball a changé énormément de choses dans ma vie. Avant j'étais très déprimé, je pensais qu'un handicapé ne pouvait rien faire. Après avoir commencé à jouer au basket, mon état d'esprit a changé. Je me sens fort, tellement fort".

Il aura fallu quatre ans pour que l'équipe d'Afghanistan de "basket fauteuil" sorte de ses frontières et dispute son premier match international, portée par l'enthousiasme de son bienfaiteur italien et la volonté de son sélectionneur originaire du Colorado, lui aussi handicapé depuis un accident intervenu alors qu'il n'était encore qu'un enfant.

A Bologne, où s'est déroulé le tournoi, organisé dans le cadre d'un salon de la santé, l'équipe afghane a enchaîné les défaites mais a conservé tout du long un vrai esprit d'équipe, "une autre victoire pour ce pays marqué par les divisions internes", se félicite Alberto Cairo en fin connaisseur de la réalité afghane.

"J'ai beaucoup d'amis maintenant, on parle de nos problèmes, mais on est tellement heureux. On ne pense plus que l'on est des handicapés. On sent qu'on peut tout faire", confie Mirwais, paraplégique depuis qu'il y a vingt ans un obus est tombé sur l'échoppe de sa famille.

Le soir venu, après avoir enchaîné quatre matchs et exposé ses récents progrès, la délégation afghane a rejoint ses quartiers dans un camping de la côte adriatique, à quelques kilomètres de Bologne.

Sur place, les joueurs de Jess Markt découvrent pour la première fois la mer.

Assis sur son fauteuil le long de la plage, le technicien sourit en regardant ces hommes redevenus enfants et se prend à rêver: "Oui, il y a de la concurrence en Asie, mais au vu des progrès de mon équipe, les jeux Paralympiques de Rio en 2016 me paraissent moins être une folie".

mhm/fka/ol/chc

Envoyer une correction
Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Canada, qui ont fermé en 2021. Si vous avez des questions ou des préoccupations, veuillez consulter notre FAQ ou contacter support@huffpost.com.