Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Québec, qui a fermé ses portes en 2021.

Présidentielle contestée au Malawi: la commission électorale se donne 30 jours pour donner le résultat

La commission électorale du Malawi a plaidé lundi soir pour que le pays surmonte la crise provoquée par l'élection présidentielle contestée du 20 mai, décidant de geler provisoirement les résultats pour procéder à un recomptage d'ici trente jours.

Interrogé pour savoir si un résultat tomberait lundi soir, alors que le pays est plongé dans l'expectative et le dépouillement achevé à 95%, Maxon Mbendera, président de la commission électorale, a répondu par la négative.

"Nous allons faire un recomptage comme l'ont demandé les partis politiques. Lorsque ce sera fait, les résultats seront réservés, pris en compte et ajustés conformément", a-t-il déclaré lors d'un point presse. "Nous pensons avoir fini en 30 jours", a-t-il ajouté.

"Permettez moi d'en appeler au pays, il est temps de construire cette nation!", a-t-il également lancé, alors que les principaux candidats se livrent une intense guerre des nerfs et bataillent devant les tribunaux.

Le scrutin, que Mme Banda a tenté en vain de faire annuler samedi, proposant de revoter de nouveau sans sa candidature, connaît depuis le début des ratés spectaculaires, avec des problèmes d'organisation considérables le jour du vote, puis dans le décompte.

Il y a eu jusqu'à dix heures de retard par endroits et il a fallu revoter jusqu'au surlendemain dans certains bureaux. Le système informatique de comptage de la commission électorale a dysfonctionné, obligeant à passer en mode manuel.

La commission a enfin identifié 58 bureaux (sur plus de 4.000) où il y a eu plus de suffrages exprimés que d'inscrits, selon M. Mbendera. "Nous les examinons de près pour vérifier les possibles erreurs", a-t-il dit.

La population, comme durant la majeure partie de la campagne, affiche malgré cela une patience à toute épreuve et a gardé son calme, à l'exception de quelques incidents isolés le jour du vote.

Pourtant, la tension n'a jamais été aussi vive entre Joyce Banda, 64 ans, au pouvoir depuis 2012 et dont les partisans soutiennent qu'elle a gagné, et l'ancien ministre des Affaires Peter Mutharika, 74 ans, en tête dans des résultats très partiels et visiblement très mécontents du retard dans l'annonce des résultats.

Le camp Mutharika a déjà tenté dimanche de bloquer en référé tout recomptage.

Les sympathisants d'un troisième candidat, encore dans la course, Lazarus Chakwera sont sortis en revanche en chantant joyeusement de la commission électorale.

Il n'y avait qu'un tour de scrutin pour cette présidentielle -le candidat en tête gagne-, couplée avec des législatives et les municipales.

La bataille par avocats interposés pourrait encore durer.

"On s'attendait à une élection sur le fil", a rappelé Alex Vines, chercheur au Chatham House (GB). Une longue crise politique peut encore être évitée si les institutions clés, comme l'armée et la justice, se gardent de tout parti pris, selon lui.

Pour l'heure, estime son collègue Jeffrey Smith, du centre Robert Kennedy pour le droit et la Justice (USA), la population mérite des "félicitations", tout comme l'appareil institutionnel qui fait preuve de "solidité" et "impartialité".

Ancienne vice-présidente, Mme Banda avait hérité du fauteuil présidentiel, sans élection, en avril 2012, au décès de Bingu wa Mutharika au pouvoir depuis 2004 et en pleine dérive autocratique.

Peter Mutharika, frère du défunt, est soupçonné d'avoir tenté de cacher son décès pour essayer de confisquer le pouvoir à son profit. Une enquête a conclu à des manoeuvres passibles d'une condamnation pour haute trahison.

Joyce Banda, durant son court mandat, a tenté de redresser les finances du pays et donné au départ l'image d'une dirigeante courageuse et intègre, louée à l'étranger.

Paradoxalement, c'est sous sa présidence qu'a éclaté en octobre 2013 le plus grand scandale de détournement d'argent public dans l'histoire du Malawi, le "Cashgate", qui a entraîné un gel d'une partie de l'aide étrangère.

Elle pourrait avoir à redouter des poursuites, surtout si M. Mutharika est élu, selon des médias sud-africains. Mme Banda, qui nie toute impliction, s'estime victime de son acharnement à en finir avec la corruption, sport national au Malawi.

Elle s'est aliéné l'électorat en imposant une austérité et une dévaluation pénalisante pour la population, déjà excédée par des pénuries sous son prédécesseur.

Près de la moitié des 15 millions de Malawites vivent avec moins d'un dollar par jour.

fm-clr/sba

Envoyer une correction
Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Canada, qui ont fermé en 2021. Si vous avez des questions ou des préoccupations, veuillez consulter notre FAQ ou contacter support@huffpost.com.