DIVERTISSEMENT
26/05/2014 09:26 EDT | Actualisé 26/05/2014 09:26 EDT

Mani Soleymanlou au FTA: la déconstruction de l'identité, après la Charte... (ENTREVUE)

Ulysse Del Drago

UN: Mani Soleymanlou, Iranien d’origine ayant vécu à Paris, Toronto et Ottawa, avant d’aboutir à Montréal, se questionne sur son identité et toutes ces petites choses qui font de nous ce que nous sommes. DEUX: il demande au comédien Emmanuel Schwartz de tester la solidité de ses convictions. TROIS: il invite 43 comédiens de différentes communautés culturelles à déconstruire la question des origines et de la diversité. Mis bout à bout, les trois spectacles offriront 3h40 de théâtre aux amateurs du FTA.

Après trois ans de réflexions, de spectacles et d’entrevues, le créateur se demande aujourd’hui s’il est possible de conclure une telle aventure théâtrale. «À force d’en parler, j’ai l’impression que tout est devenu plus gros dans ma tête et que mon constat est plus dramatique qu’au début.»

Devin ou fin renard, Soleymanlou a débuté sa quête de réponses identitaires plusieurs mois avant les débats entourant la Charte de la laïcité. «Je pense qu’en écrivant UN, je sentais intuitivement qu’il y avait une possibilité de conflit, qui était profondément enfoui dans notre inconscient collectif. Maintenant que je travaille sur TROIS, je dois faire face à ce qui s’est produit avec 43 autres personnes. À presque toutes les répétitions, on parle de la façon dont on définit l’autre et de ce que la Charte a éveillé en nous.»

Originaires de partout à travers le monde, d’Haïti à Laval, en passant par la Tunisie, l’Iran et le Saguenay, les 44 comédiens offrent 44 regards différents sur l’identité. «Certains ont hâte de se faire entendre et sont très émus de partager leurs histoires en répétitions, alors que d’autres expriment leur incompréhension face à ce genre de questionnements. Il y a une grande charge émotive entre nous.»

«Parfois, on discute deux ou trois heures avant de jouer. Au final, je dois m’assurer que le projet demeure un objet théâtral, et non une thérapie de groupe sur scène.»

À quelques jours de la première, le metteur en scène, auteur et comédien réalise à quel point il était plus simple de se définir en solo. «Quand je suis placé face à moi-même, je n’ai pas besoin de prouver quoi que ce soit à personne. Mais quand j’échange avec les autres, je réalise que mon opinion n’est rien d’autre qu’un point de vue personnel. Nommer quelque chose pour la collectivité, c’est franchement plus complexe et dangereux.»

À l'affiche de Phèdre

Au Festival TransAmériques, l’homme de théâtre sera également à l’affiche de Phèdre, du metteur en scène Jérémie Niel. Celui-ci pigera entre autres dans le classique de Racine et la relecture de Sarah Kane, en prenant plusieurs points de vue sur ce mythe de pulsions irrépressibles et de passion interdite.

«Jérémie s’est beaucoup intéressé au jugement moral qui est à la source de Phèdre. On se questionne sur notre aptitude à juger l’autre rapidement et sur la façon dont ces personnages sont obligés d’avancer dans la vie en se foutant du jugement populaire.»

Soleymanlou ne prête pas ses traits à l’un des personnages masculins centraux de la pièce (Hippolyte, Thésée ou Théramène), puisqu’il tient le rôle du spectateur. «Je suis celui qui regarde l’histoire en souhaitant atteindre ce niveau d’extase, de grandeur et de largeur des personnages. Je suis le spectateur sans nom qui observe l’action avec un mélange de fascination, de frustration, de passion et d’incompréhension. C’est un peu la contemporanéité qui rencontre le mythe.»

TROIS sera présentée au Théâtre d’Aujourd’hui du 2 au 4 juin 2014. Plus de détails ici.

Phèdre sera présentée à la Cinquième Salle de la Place-des-Arts du 26 au 28 mai 2014. Plus de détails ici.

INOLTRE SU HUFFPOST

Galerie photo Programmation du Festival TransAmériques Voyez les images