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L'ONU exige que Brazzaville cesse d'expulser des ressortissants de RDC

Les Nations unies ont enjoint lundi le Congo Brazzaville de cesser immédiatement ses opérations d'expulsion de ressortissants de la République démocratique du Congo, à l'origine selon elles d'une "grave crise humanitaire".

Depuis le 4 avril, "plus de 130.000" citoyens de RDC ont été expulsés du Congo voisin, selon la Mission de l'ONU en RDC (Monusco) et les autorités de Kinshasa.

Dans un communiqué, le chef de la Monusco, Martin Kobler, et la représentante spéciale des Nations unies sur la violence sexuelle dans les conflits armés, Zainab Bangura, "exigent que cessent immédiatement les expulsions de ressortissants de la RDC" vivant au Congo-Brazzaville.

"Les expulsions, estime l'ONU, sont à l'origine d'une grave crise humanitaire et il y a des allégations selon lesquelles elles se seraient accompagnées de violations des droits de l'Homme" : "violences physiques", "mauvais traitements", et "violences sexuelles".

M. Kobler et Mme Bangura "exhortent le gouvernement de la République du Congo (Brazzaville) à empêcher de telles violations des droits de l'Homme et à enquêter sur ces incidents".

Brazzaville a commencé à expulser des ressortissants de RDC avec le lancement, le 4 avril, d'une grande opération policière destinée à combattre une montée du banditisme imputée aux étrangers en situation irrégulière.

Mais selon plusieurs organisations de défense des droits de l'Homme et témoignages recueillis par l'AFP, l'opération a rapidement dégénéré en une chasse violente aux "Zaïrois" (le Zaïre est l'ancien nom de la RDC), en règle ou pas, parfois avec le concours ou le soutien de la population locale.

Face à la violence de la police et à la montée d'une hostilité manifeste de la population brazzavilloise, des dizaines de milliers de ressortissants de RDC, beaucoup installés depuis des années ou nés au Congo-Brazzaville, sont rentrés dans leur pays d'origine en urgence, abandonnant souvent tout sur place.

Les autorités de Kinshasa n'ont condamné les agissements de Brazzaville que tardivement, et du bout des lèvres, et ont fini par durcir les conditions d'entrée des ressortissants du Congo d'en-face en leur imposant d'avoir un passeport et un visa, contre le simple laissez-passer qui faisait l'affaire jusque-là.

Vu l'ampleur prise par les retours, la lutte contre le banditisme annoncée par Brazzaville apparaît désormais comme le prétexte à une opération de renvois d'étrangers beaucoup plus large dont on peine encore à distinguer les réelles motivations.

A Brazzaville, il ne fait pas bon évoquer le sujet. A Kinshasa, certains voient volontiers dans l'opération une volonté du président Denis Sassou Nguesso, au pouvoir à Brazzaville depuis 1997, de purger le pays de gens qui finissent par y prendre racine et sont perçus comme pouvant déstabiliser son pouvoir.

Sur son blog, l'analyste kino-congolais Jean-Jacques Wondo, pense plutôt qu'il s'agit d'une opération concertée entre Sassou Nguesso et son homologue de RDC, Joseph Kabila, pour "instaurer le chaos" en vue de contourner "l'exigence électorale à laquelle ils sont tenus" tous deux en 2016.

Cette année-là doivent avoir lieu dans les deux Congo des élections présidentielles auxquelles ni M. Kabila, à la tête de son pays depuis 2001, ni M. Sassou Nguesso, au pouvoir depuis 1997, ne pourront constitutionnellement se présenter.

Des sources politiques à Kinshasa évoquent une autre hypothèse encore. Constatant que l'Angola expulse aussi, mais de manière moins visible, des Congolais depuis plusieurs mois, on estime qu'il pourrait s'agir d'une opération conjointe menée contre la RDC par ses voisins du nord et du sud, qui vivent de la rente pétrolière, pour dissuader Kinshasa de continuer à tenter de faire valoir ses droits sur les gisements de pétrole au large de ses côtes.

mj/jpc/sba

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