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Italie: le centre gauche de Matteo Renzi met KO les eurosceptiques de Beppe Grillo

Le Premier ministre italien Matteo Renzi s'est adjugé une spectaculaire victoire aux élections européennes, obtenant avec son Parti démocrate l'un des meilleurs scores européens pour une formation de centre gauche et parvenant à damer le pion aux eurosceptiques de Beppe Grillo.

Pari gagné pour le jeune président du Conseil de 39 ans, qui s'était lancé dans les dernières semaines de la campagne dans un duel avec l'ex-humoriste. Le PD de M. Renzi l'emporte avec 40,8% des voix contre 21,2% pour le Mouvement Cinq Etoiles (M5S) de Bepe Grillo, et enverra 31 députés (sur 73) au Parlement de Strasbourg.

Loin derrière le PD, à 16,8%, pointe Forza Italia (FI, centre droit), la formation de l'ancien chef de gouvernement Silvio Berlusconi, inéligible et privé de droit de vote après une condamnation pour fraude fiscale.

L'ex-Cavaliere, dont c'est le pire résultat lors d'une élection, est "plus mort que vivant", se réjouissait Il Fatto Quotidiano (gauche).

Par rapport aux dernières élections italiennes - les législatives de 2013 -, le M5S et le FI perdent respectivement 3 et 5 millions de voix tandis que le PD réalise, en gagnant 1 million de voix, un "score historique", s'est félicité Matteo Renzi dans un tweet.

Des résultats d'autant plus représentatifs que la participation a été élevée (58,7%) et supérieure en moyenne au reste de l'Europe (43,11%), quoiqu'en baisse par rapport aux précédentes européennes (66,4% en 2009).

Lors d'une conférence de presse à Rome, le jeune chef du gouvernement a refusé tout triomphalisme, estimant qu'il fallait faire preuve d'"humilité" et d'un "grand sens des responsabilités".

"C'est le moment de l'Italie en Europe", a lancé M. Renzi, dont le pays prendra la présidence de l'UE le 1er juillet. L'Italie doit être "un leader (moteur, ndlr) et non un follower (suiveur, ndlr) en Europe", a-t-il ajouté.

"C'est un vote d'espérance extraordinaire, d'un pays qui réunit toutes les conditions pour changer et pour inviter l'Europe à changer", a-t-il encore souligné.

Selon des analystes, le mouvement de Beppe Grillo perd certes de l'audience mais s'enracine comme le deuxième parti du pays, laissant loin derrière la droite traditionnelle incarnée par Silvio Berlusconi.

"Ceci reflète un malaise général. Je suis convaincu que Grillo deviendra un acteur incontournable sur la scène politique italienne", a estimé Piero Ignazi, professeur de sciences politiques à l'Université de Bologne.

Pour M. Renzi, arrivé au pouvoir il y a seulement trois mois après avoir évincé Enrico Letta, le scrutin s'était transformé en un référendum sur les premières mesures annoncées pour relancer une économie italienne en pleine récession.

Pour le directeur de Repubblica (gauche), Ezio Mauro, "il ne fait aucun doute que ce résultat légitime Renzi".

Les marchés réagissaient très positivement: la bourse de Milan, nerveuse la semaine passée, a ouvert en hausse de 2,2%, et frisait les 3% de progression après la conférence de presse de M. Renzi.

En plus d'une victoire nationale, Renzi pourra se targuer, devant ses collègues européens, d'être le patron du premier parti de gauche en Europe, alors que presque partout ailleurs, la droite, voire l'extrême droite, sont arrivés en tête.

Stefano Menichini, directeur du quotidien de gauche Europa, prédit ainsi que "le parti socialiste européen (PSE) ne pourra que se tourner vers l'Italie".

Renzi a devant lui "une occasion historique réelle", expliquait Stefano Folli, du quotidien économique Il Sole 24 Ore: "pour la première fois, un dirigeant de centre gauche a le pouvoir et la volonté de réformer notre pays".

Arrivé en quatrième position, le parti anti-euro de la Ligue du Nord, qui a déjà conclu une alliance avec le Front National de Marine Le Pen, a réuni 6,2% des suffrages, un score supérieur aux attentes.

En additionnant les voix du M5S et celles de la Ligue, le camp des eurosceptiques a donc recueilli environ 30% des voix en Italie, grâce à l'exploit d'une liste de candidats pro-Alexis Tsipras, le candidat de la gauche européenne, qui atteint tout juste les 4%.

Un score identique à celui du Nouveau Centre droit (NCD) d'Angelino Alfano, le ministre de l'Intérieur allié gouvernemental clé du gouvernement gauche-droite de M. Renzi, qui remporte 4,4% des suffrages.

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