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En Espagne, le désenchantement des électeurs bouleverse le bi-partisme

L'entrée en force au Parlement européen de petits partis et l'irruption surprise de la nouvelle formation de gauche Podemos, expression du désenchantement des électeurs, bouleversent les rapports de force en Espagne et portent un coup au traditionnel bi-partisme.

"Il est peut-être possible de parler du début de la fin du bi-partisme. Il est certain qu'ils battent en retraite. C'est à nous désormais de les pousser vers la sortie", a déclaré d'une voix posée le chef de file de Podemos, Pablo Iglesias, sitôt connue dimanche la poussée inattendue qui a permis à ce parti né il y a quelques mois de décrocher cinq sièges sur les 54 réservés à l'Espagne au Parlement européen.

Professeur de Sciences politiques à l'université, habitué des "tertulias", ces débats à rallonge typiques des télévisions espagnoles, Pablo Iglesias, 35 ans, cheveux longs noués en queue de cheval, était en une lundi des deux principaux journaux espagnols, qui voyaient en lui le catalyseur du mouvement des indignés.

Ce mouvement de protestation, né du désenchantement face à la crise et les politiques, avait surpris grands partis et médias traditionnels lors de son éclosion, en 2011, sur les places publiques d'Espagne.

Sa volonté de respecter une organisation "horizontale", sans leader, avait peut-être empêché le mouvement de se critalliser malgré la profonde crise dans laquelle est enfoncée l'Espagne, avec plus d'un actif sur quatre au chômage, et le plan d'austérité dans précédent mis en place par le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy en 2012.

Trois ans quasiment jour pour jour après sa naissance, le succès de Podemos a de nouveau pris de court les observateurs.

"Où était le mouvement qui est né le 15 mai 2011? Il s'organisait. Personne ne s'en était rendu compte mais il était là", écrivait la chroniqueuse Anabel Diez dans le journal de centre gauche El Pais.

"Son envie de se mettre en avant a été critiquée - son visage apparaissait sur les bulletins de vote - mais sa forte personnalité a finalement comblé le manque de leader qui caractérisait le mouvement du 15-M", écrivait le deuxième quotidien espagnol, El Mundo, de centre droit.

Jusqu'à propulser Podemos au rang de quatrième force politique du pays.

Dimanche, un électeur de 18 ans, Arcadio Pacheco, qui s'apprêtait à voter pour la première fois à Madrid, se demandait encore s'il opterait pour un vote nul ou pour Podemos.

Ses candidats "se sont inscrits dans ce parti politique mais ils ont un travail, boulanger, cuisinier, ou autre et ça les rapproche des gens, des travailleurs", expliquait-il.

Ayant peut-être hésité comme ce jeune électeur, les Espagnols ont finalement détrompé les sondages, qui prédisaient une abstention "historique". Elle a finalement été légèrement moins forte qu'en 2009 (55,1%), même si elle reste très élevée à 54,16%.

S'il en est l'exemple le plus spectaculaire, Podemos n'est pas le seul petit parti à avoir enregistré une poussée qui a surpris par sa vigueur et signé la débâcle des deux grands partis historiques.

Le Parti populaire, au pouvoir en Espagne, et les socialistes ne totalisent plus que 49% des voix contre 80% en 2009. Chacun a perdu environ le tiers de ses députés européens, le PP remportant 16 sièges contre 24 tandis que le PSOE gagne 14 députés contre 23.

Talonnés par Podemos, les écolo-communistes de Izquierda plural (Gauche plurielle) ont gagné six députés, contre deux dans le Parlement sortant. Ses dirigeants soulignaient lundi la "sévère punition infligée au bi-partisme".

Le petit parti centriste UPyD passe de un à quatre sièges, tandis que Ciudadanos, un autre parti centriste, entre au Parlement européen avec deux députés.

En Catalogne, les indépendantistes de gauche d'ERC arrivent en tête, signe que la poussée indépendantiste gagne du terrain à cinq mois du référendum d'autodétermination déclaré illégal par Madrid.

Si le Parti populaire insistait sur sa victoire, la candidate socialiste Elena Valenciano a reconnu, le visage défait, dimanche, la dureté du coup: "Ce sont de mauvais résultats, des résultats difficiles pour le PSOE". Le parti avait convoqué une réunion de ses dirigeants, lundi, afin d'en tirer les "conséquences".

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