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En Catalogne, les indépendantistes s'imposent à cinq mois du référendum

En plaçant en tête pour la première fois les indépendantistes de gauche aux européennes, avec près d'un quart des voix, les électeurs de Catalogne ont envoyé un message de fermeté à l'Europe et à Madrid, à cinq mois du référendum prévu sur l'indépendance de la région.

Esquerra Republicana de Catalunya (ERC), deuxième force au Parlement catalan, a obtenu 23,67% des voix dans cette région du nord-est de l'Espagne, devançant la coalition nationaliste conservatrice CiU du président de Catalogne Artur Mas (21,86%).

En faisant plus que tripler le nombre de ses voix par rapport à 2009, le parti indépendantiste réalise une percée historique puisqu'il n'était jamais arrivé en tête à des élections depuis l'époque de la Seconde république espagnole (1931-36).

A l'origine nationaliste conservateur, mis sous forte pression par la poussée indépendantiste qui ne cesse de croître dans la région à la faveur de la crise économique, Artur Mas porte depuis deux ans le projet de référendum prévu le 9 novembre sur l'autodétermination de la Catalogne.

Alors que Madrid, s'appuyant sur la Constitution qui fait de l'Espagne un Etat indivisible, rejette cette consultation comme "illégale", la Commission européenne a averti à maintes reprises qu'une proclamation unilatérale d'indépendance entraînerait l'exclusion de facto de la Catalogne de l'Union européenne et de la zone euro.

Dans ce bras de fer, les électeurs ont donné dimanche à 55,83% leurs voix aux partis appuyant le référendum: après ERC et CiU, les écolo-communistes d'ICV, eux aussi favorables à une consultation, se hissent à la quatrième place avec 10,3% des votes.

En revanche, les partis espagnols hostiles à l'indépendance, principalement le Parti populaire, au pouvoir à Madrid, et le Parti socialiste, d'opposition, ne totalisent que 30,36% des voix.

"Cela fait que le processus (vers l'indépendance) est nettement renforcé. Nous avons une force au centre droit et une autre au centre gauche qui remplissent l'espace politique (en Catalogne) de manière hégémonique", a souligné lundi la tête de liste d'ERC, Josep Maria Terricabras.

"Cela n'était jamais arrivé dans le passé et laisse présager de bonnes choses", a-t-il ajouté, soulignant que son parti avait gagné une élection "pour la première fois en 78 ans".

Les indépendantistes semblent avoir bénéficié de la mobilisation des électeurs, avec une participation en hausse de plus de dix points par rapport aux dernières élections de 2009, passant de 36,9% à 47,6%, un chiffre supérieur à la moyenne espagnole et européenne.

Il n'y aura "aucun pas en arrière" dans le processus d'autodétermination, a aussitôt promis Artur Mas, affaibli politiquement et plus que jamais sous pression d'un camp indépendantiste déterminé à se lancer coûte que coûte dans l'aventure.

"Ceci, comme vous le comprendrez, renforce le processus politique en faveur du droit à décider et de la consultation, et renforce le fait que nous voulons voter le 9 novembre", a-t-il ajouté.

"Le résultat des élections européennes affaiblit une nouvelle fois la position d'Artur Mas sur le chemin du référendum. Mais il renforce sur le plan électoral le bloc des partis qui appuient la consultation", résumait lundi le quotidien catalan El Periodico dans un éditorial.

"Il faudra voir quelles seront les conséquences de la 'réflexion' annoncée par Artur Mas après des résultats qui, sans constituer un cataclysme, mettent en question la stratégie politiques des nationalistes catalans", ajoutait le journal.

Au Parlement européen, ERC obtient deux sièges, tandis que la coalition formée par CiU et les nationalistes basques du PNV conserve ses trois députés.

En nombre de voix, les résultats confirment la progression des indépendantistes dans cette région de 7,5 millions d'habitants, fière de sa langue et de sa culture, traditionnellement riche mais appauvrie par la crise économique qui a nourri les rancoeurs envers le gouvernement central.

Aux élections régionales de novembre 2012, ERC avait surpris en devenant la deuxième force au Parlement catalan derrière CiU, contraignant Artur Mas à s'allier avec elle pour gouverner et à s'engager sur la voie du référendum.

Placé dans une délicate impasse, Artur Mas a toujours assuré qu'il agirait dans la légalité mais, plus que jamais depuis dimanche, faire marche arrière signifierait pour lui céder la première place à ERC pour conduire le processus indépendantiste.

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