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Bataille à l'aéroport de Donetsk, premiers pas du président élu Porochenko

L'armée ukrainienne livrait une bataille féroce lundi, déployant hélicoptères et unités de parachutistes, pour tenter de reprendre le contrôle de l'aéroport de Donetsk investi par des insurgés prorusses au moment où le milliardaire Petro Porochenko devenait officiellement président.

Dans une première réaction officielle après le scrutin qui a fortement mobilisé les Ukrainiens, à l'exception des régions de l'Est où les séparatistes prorusses avaient tout fait pour empêcher le vote, la Russie s'est dite "prête au dialogue" avec le président élu.

M. Porochenko, officiellement déclaré "nouveau président de l'Ukraine", avec plus de 54,13% des voix, par le chef de la commission électorale, Mykhaïlo Okhendovski, avait annoncé dès dimanche soir qu'il se rendrait dans le Donbass, le bassin minier, coeur de l'insurrection.

La réponse des séparatistes n'a pas tardé: ils ont investi de nuit l'aéroport international de Donetsk, manière également de lui rappeler qu'il n'était pas le bienvenu.

Dans l'après-midi, des combats se poursuivaient dans l'enceinte de l'aéroport: fumée noire dans le ciel, bruit de mitrailleuses lourdes, tirs d'hélicoptères et vrombissement des avions de combat dans le ciel après l'annonce par l'armée ukrainienne qu'une "opération anti-terroriste" était en cours. L'aéroport est fermé et les vols annulés.

Dans la soirée, des renforts de combattants séparatistes arrivaient à l'aéroport, a constaté l'AFP.

Quelques heures avant le début de la bataille de l'aéroport, Petro Porochenko avait annoncé qu'il poursuivrait l'opération militaire contre les insurgés pour les empêcher de transformer l'Est du pays en "Somalie".

"Ceux qui refusent de déposer les armes sont des terroristes et on ne négocie pas avec les terroristes. Leur objectif est de transformer le Donbass en Somalie", a lancé M. Porochenko au cours d'une conférence de presse. "Je ne laisserai personne faire ceci sur le territoire de notre Etat. J'espère que la Russie soutiendra mon approche".

Le nouveau président, qui suscite les attentes énormes des Ukrainiens et des Occidentaux pour régler la crise politique qui enfle depuis plus de six mois, a confirmé l'orientation qu'il comptait donner à sa politique: en route vers l'intégration européenne.

Premier signe de sa volonté d'accrocher l'Ukraine à l'Europe: une "très probable" visite dès le 4 juin à Varsovie où l'a invité le président Bronislaw Komorowski.

Il a également indiqué souhaiter conserver à son poste le Premier ministre par intérim Arseni Iatseniouk qui dirige depuis le 27 février le gouvernement et a négocié avec les Occidentaux une aide de 27 milliards de dollars à l'Ukraine.

La Russie s'est dite "prête au dialogue avec Petro Porochenko", sans toutefois indiquer qu'elle reconnaissait la légitimité du président élu.

"Nous sommes prêts à un dialogue pragmatique, sur un pied d'égalité, basé sur le respect de tous les accords, en particulier dans le domaine commercial, économique et gazier et en ayant en vue la recherche de solutions aux problèmes existant actuellement entre la Russie et l'Ukraine", a indiqué le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov.

Paris a félicité le nouveau chef de l'Etat ukrainien et l'a appelé à mener des réformes "dans un esprit d'apaisement, de stabilité et de dialogue national".

Pour sa part, l'Union européenne a exprimé son souhait de travailler "étroitement" avec Petro Porochenko afin de stabiliser la situation politique et économique du pays.

L'UE avait attendu pour réagir que l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) déclare que l'élection a été "conforme aux normes démocratiques". L'OSCE, qui avait déployé un millier d'observateurs, a souligné que le scrutin offrait à son vainqueur "la légitimité" pour dialoguer avec l'Est séparatiste.

Le président par intérim Olexandre Tourtchinov a félicité M. Porochenko dans une adresse télévisée.

"Nous avons achevé de cimenter le pouvoir dont le fondement a été posé sur le Maïdan", haut lieu de la contestation pro-européenne dans le centre de Kiev.

Au soir de son élection, Petro Porochenko, deux fois ministre de précédents gouvernements, n'avait pas attendu les résultats officiels pour détailler les premières mesures qu'il prendra en tant que chef de l'Etat : "ramener la paix en Ukraine" et convoquer dès cette année des élections législatives anticipées.

Un travail titanesque attend le président qui devra gérer tout autant la rébellion prorusse dans l'Est que la quasi-faillite de l'économie ukrainienne, ainsi que des réformes économiques impopulaires imposées en échange de l'aide de 27 milliards de dollars consentie par le FMI, la Banque mondiale et l'Union européenne.

Le cinquième président de l'Ukraine indépendante devra également négocier avec la Russie sur la dette gazière que son pays a contractée auprès d'elle, un dossier qui inquiète les Européens, tributaires du gaz russe.

Le scrutin, soutenu par les Occidentaux, s'est déroulé après six mois d'une crise politique sans précédent, marquée par la sanglante répression du mouvement proeuropéen de contestation de Maïdan, le rattachement express de la Crimée à la Russie et une insurrection armée prorusse qui a pratiquement coupé l'Est russophone du reste de l'Ukraine.

L'élection avait pour toile de fond un affrontement géopolitique entre les Occidentaux et Vladimir Poutine dont le pays fait un grand retour sur le devant de la scène internationale.

Globalement, l'élection n'a pas pu se dérouler dans l'Est, entre peur des gens d'aller voter, commissions électorales locales sous le contrôle des séparatistes et tout simplement en raison de l'absence d'urnes et de bulletins dans certains bureaux de vote.

bur-kat/bir

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