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Après le coup d'Etat en Thaïlande, les Chemises rouges acculés

Décapités par le coup d'Etat en Thaïlande, les Chemises rouges, puissant mouvement de soutien au gouvernement civil déchu, se cachent. Mais ils devraient réussir à se remobiliser pour lutter contre la junte, estiment les experts.

Les Rouges, nés après le précédent putsch qui avait renversé en 2006 leur héros Thaksin Shinawatra, avaient mis en garde contre une guerre civile en cas de chute du gouvernement pro-Thaksin chassé du pouvoir jeudi par le général Prayut Chan-O-Cha.

Mais le mouvement a été frappé de plein fouet par le nouveau régime.

Plusieurs militants ont indiqué à l'AFP se sentir pris au piège en raison d'une présence militaire importante, de nombreuses arrestations et de la fermeture de plusieurs radios influentes diffusant leur message pro-Thaksin.

"Il n'y a plus de leaders", constate Aporn Sarakham, ancienne sénatrice dont le mari Kwanchai Pripana, un Rouge pur et dur d'Udon Thani, grande ville d'Isan (nord-est), est entre les mains de l'armée depuis vendredi.

Des orateurs tonitruants des rassemblements nationaux aux chefs de villages, tous les membres de la hiérarchie sont détenus, harcelés ou sont partis se cacher, poursuit Amnuay Boontee, coordinateur du mouvement dans la province de Buriram.

"Les Chemises rouges ne savent pas quoi faire (...). Nous devons attendre de voir ce que l'armée fait et ce que les leaders des autres provinces et districts disent", indique-t-il par téléphone.

Certaines lignes téléphoniques ont également été coupées, selon des militants, et les appels de l'AFP aux leaders rouges n'aboutissent pas.

"Dans nos coeurs, nous sommes contre le coup mais les gens ont peur", renchérit un Rouge du nord-est, sous couvert de l'anonymat. "Les gens s'assoient et en parlent, mais c'est calme".

Les partis pro-Thaksin ont remporté toutes les législatives depuis 2001, dont celles de 2011 qui avaient mené au pouvoir sa soeur Yingluck, destituée par la justice début mai.

Malgré son exil pour échapper à la prison, Thaksin est toujours haï des élites de Bangkok mais continue de jouir du soutien des masses rurales et défavorisées du nord et du nord-est, reconnaissantes des politiques en faveur des plus pauvres qu'il a initiées.

S'ils sont à terre pour l'instant, les partisans du milliardaire devraient réussir à se remobiliser dans les prochains mois, selon les observateurs, qui prédisent manifestations et blocage de routes ou d'administrations provinciales.

Des attaques violentes de la part de cellules militantes armées et des appels à la formation d'un gouvernement parallèle pourraient alors apparaître.

"Le risque de violence est grand", estime Kan Yuenyong, du groupe de réflexion Siam Intelligence Unit. "Je ne m'attends pas pour l'instant à une guerre civile, mais nous verrons une certaine forme d'insurrection ou des violences aléatoires dans différentes zones".

Les consultants de IHS décrivent eux un "véritable risque" de voir des paramilitaires rouges attaquer des intérêts économiques associés aux sponsors présumés des manifestations anti-gouvernementales de ces derniers mois.

La stratégie des Rouges pourrait être "un repli des leaders du gouvernement déchu vers leurs bastions pour contrôler des parties du nord et du nord-est, pendant que l'armée contrôlerait Bangkok et le sud", selon leur analyse.

Pour empêcher toute réaction, des soldats ont été déployés ce week-end en nombre dans certaines villes du nord et du nord-est, où quelques rassemblements anti-coup ont eu lieu, selon des témoins.

Et l'armée a annoncé avoir arrêté plus de 20 personnes à Khon Kaen, l'une des plus grandes villes d'Isan, qui planifiaient "une attaque à grande échelle". Selon un porte-parole militaire, une cache d'armes a été découverte, avec des explosifs et des munitions.

Des manifestations, limitées et sporadiques, ont également été organisées ces derniers jours à Bangkok, mais Prayut a menacé lundi de prendre des mesures contre ces opposants, voire leurs familles.

L'aversion pour les élites soutenues par l'armée est profonde chez les Rouges.

En 2010, plus de 90 personnes avaient été tuées lors de manifestations d'ampleur de Chemises rouges réprimées par l'armée.

Ils réclamaient la démission d'un gouvernement arrivé au pouvoir grâce à la destitution d'un autre gouvernement pro-Thaksin.

Prayut, alors numéro deux de l'armée de terre, avait été décrit comme l'artisan de l'assaut militaire.

Aujourd'hui, malgré les risques, certains Rouges sont déterminés. "Nous n'avons plus peur de l'armée depuis longtemps", assure Bird Pripana, le fils de Kwanchai.

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