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Angela Merkel lance la riposte face aux europhobes

La chancelière allemande Angela Merkel a lancé lundi la riposte après la poussée historique des europhobes aux élections européennes, en affirmant que la meilleure réponse était une politique en faveur de l'emploi.

Les chefs d'Etat et de gouvernement se retrouvent mardi soir à Bruxelles pour un tour d'horizon consacré notamment à une analyse du scrutin européen, marqué par la défiance ou le rejet, particulièrement en France où l'extrême droite est devenue la première force du pays.

"C'est regrettable, mais maintenant il s'agit de reconquérir ces électeurs", a affirmé Mme Merkel après la victoire de son parti dimanche. "Une politique de compétitivité, de croissance et d'emploi est la meilleure réponse au mécontentement".

Sur la future Commission européenne, elle ne s'est pas engagée à soutenir Jean-Claude Juncker, le candidat du Parti populaire européen (centre-droit), arrivé en tête des européennes, se contentant de saluer sa "solide campagne". "Des discussions" seront nécessaires pour nommer un nouveau président de la Commission européenne, a indiqué la chancelière.

Au lendemain d'élections boudées par plus d'un électeur européen sur deux, le Parlement européen est plus que jamais fragmenté.

Certes, les grands partis pro-européens restent largement majoritaires, mais ils ont tous perdu du terrain. Premier groupe en terme d'élus, le PPE, qui rassemble les partis démocrates-chrétiens et de centre droit, est crédité de 213 sièges, soit 60 de moins que dans l'assemblée sortante.

Avec 190 sièges, les socialistes et sociaux-démocrates perdent 6 sièges, notamment à cause de la déroute des socialistes français et espagnols, et n'évitent le naufrage que grâce aux très bons résultats du Parti démocrate de Matteo Renzi en Italie.

Les autres partis pro-européens sont également en recul. Les Libéraux (64) perdent 19 sièges, les Verts (53) limitent la casse, malgré les mauvais résultats des écologistes en France, mais perdent 4 députés.

La gauche radicale, qui avait joué le jeu du renouveau des institutions en présentant un candidat à la présidence de la Commission, améliore légèrement sa présence au Parlement, grâce au succès de la liste Syriza en Grèce, et gagne 7 élus avec 42 sièges.

Sur le papier, les partis pro-européens disposent d'une majorité de 52O sièges (sur 751), mais ils sont condamnés à s'entendre pour gouverner.

Les chefs des groupes du Parlement sortant se retrouvent mardi matin pour élaborer une stratégie. Les représentants des partis pro-européens ont entamé "des négociations pour avoir une coalition du Parlement à imposer aux chefs de gouvernement et éviter de leur donner la main", a confié à l'AFP un responsable du Parlement européen sous couvert de l'anonymat.

"Ils ont tout à perdre si le Conseil (qui représente les Etats) sort un lapin de son chapeau", a-t-il dit.

M. Juncker et le candidat des socialistes, Martin Schulz, se sont entretenus dans la nuit de dimanche à lundi, "mais cela ne s'est pas bien passé", a indiqué cette source.

Le candidat des Libéraux, Guy Verhofstadt, a assuré de son côté que, "compte tenu du faible écart entre les démocrates-chrétiens et les socialistes, le rôle de faiseur de roi des libéraux et centristes se confirme". "Nous allons essayer de consolider cette position dans les prochains jours et garantir que le futur Parlement ne devienne pas un cheval de Troie de l'euroscepticisme", a-t-il dit.

Faute d'entente entre les élus pro-européens, les Etats seront tentés de maintenir leurs prérogatives.

Le Premier ministre britannique, David Cameron, s'est toujours montré hostile au fait que le Parlement puisse choisir le prochain président de la Commission européenne. La victoire des europhobes de l'Ukip de Nigel Farage devrait le conforter.

Interrogé lundi pour savoir s'il avait un message pour M. Cameron, M. Juncker, jugé trop "fédéraliste" par Londres, a sèchement répondu: "Je ne me mets à genoux devant aucun dirigeant. J'ai gagné les élections".

Il ne fait aucun doute que, dans le secret de leur huis clos, les chefs d'Etat et de gouvernement évoqueront mardi soir de possibles candidats de compromis issus de la gauche libérale ou de la droite sociale.

Des noms circulent, comme ceux de la directrice du FMI, Christine Lagarde, ou de la Première ministre danoise, Helle Thorning-Schmidt. Une source au Parlement européen a évoqué la possibilité de nommer M. Schulz à la Commission et M. Juncker à la présidence du Conseil, qui représente les Etats membres.

Le traité de Lisbonne recommande aux dirigeants européens de désigner le président de la Commission "en tenant compte des résultats des élections européennes".

Les leaders des grands partis européens ont mené campagne en expliquant qu'en cas de victoire, l'un d'eux deviendrait le président de la Commission. M. Juncker a encore insisté lundi sur le fait que la victoire de son parti lui donnait "le droit et la priorité pour chercher à former une majorité au Parlement et au Conseil".

Quant aux partis europhobes et d'extrême droite, qui peuvent compter sur au moins 143 élus, "une bataille sanglante" entre partisans de la Française Marine Le Pen et ceux du Britannique Nigel Farage est engagée pour former un groupe, affirme un responsable du Parlement.

Vu la nécessité de réunir au moins 25 élus venant de sept Etats différents, "il n'y a pas de place pour deux groupes extrémistes", estime ce responsable. Pour le moment, Mme Le Pen peut compter sur l'apport de formations de quatre autres pays, mais il lui en manque encore deux.

aje/jlb/plh

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