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25/05/2014 06:29 EDT | Actualisé 25/07/2014 05:12 EDT

UE: dans les pays de la crise, une même lassitude, exprimée différemment

Les pays du Sud de l'Europe, les plus touchés par la crise, ont exprimé différemment leur lassitude dimanche, les Portugais maintenant globalement leur vote, sinon leur confiance, aux partis traditionnels, les autres, comme la Grèce ou l'Italie, soutenant fortement gauche radicale ou populisme.

A Athènes, Lisbonne, Madrid ou Rome, ces électeurs se sentent victimes depuis trois ou quatre ans des choix économiques qui ont poussé leurs pays à s'endetter déraisonnablement, et des mesures d'austérité inouïes (le chômage touche un actif sur quatre en Espagne et en Grèce) prises pour y remédier.

"A 52 ans, j'ai dû me résoudre à retourner chez ma mère âgée de 91 ans. On vit tous les deux de sa retraite, à peine à 631 euros mensuels", témoigne Antonio Gomes, entrepreneur portugais au chômage.

Les Européennes ont servi à faire passer un message aux dirigeants. A Pontaviesse, en Italie, Marco Trapassi estime que "l'Europe a besoin d'être gouvernée", car "les crises sont nombreuses, pas seulement économiques ou sociales, mais aussi politiques..."

"Il faut que les politiques de rigueur en Europe s'arrêtent", lance Evangelos Ioannou, un retraité d'Athènes. A Madrid, Angelines Tores, 60 ans, observe "qu'on n'y connaît pas grand-chose en politique européenne, mais que tous les Espagnols sont contre (la chancelière allemande Angela) Merkel, car nous pensons qu'elle est à l'origine" de l'austérité.

Malgré ce message identique, ces électeurs se sont comportés différemment vis-à-vis de leur classe politique nationale.

Dans la péninsule ibérique, les sondages donnaient les grands partis traditionnels en tête.

"Le système politique et les partis portugais vont résister aux élections", avait justement prédit le politologue portugais Viriato Soromenho Marques, contrairement à la Grèce, ou à l'Italie, "où les politiques d'austérité ont (...) fait surgir de nouveaux protagonistes".

Ainsi, la coalition de centre droit au pouvoir, Parti social-démocrate (PSD) du Premier ministre Pedro Passos Coelho et CDS, a été devancée largement par l'opposition socialiste, une manière claire de rejeter la politique d'austérité, même si le gouvernement est parvenu à annoncer le 17 mai une sortie sans filet des programmes d'aide de la troïka (UE, BCE, FMI).

Le PS a emporté environ 31,5% des suffrages et la coalition 28%. Mais à eux deux, les deux adversaires traditionnels ont néanmoins obtenu une quinzaine des 21 sièges en jeu, laissant loin derrière les petits partis.

En Espagne, également, comme le prévoyaient les sondages, le Parti populaire (PP) du premier ministre conservateur Mariano Rajoy a fini en tête avec 16 députés sur 54, talonné par son adversaire habituel, le Parti socialiste (PSOE, 14 sièges). Les deux grands partis ont cependant subi un avertissement fort: le grignotage par les petits a été beaucoup plus important que prévu, Podemos par exemple, né de la mouvance des indignés, obtenant 5 sièges, ou la Gauche plurielle passant de deux à six élus.

- Beppe Grillo dit avoir 'canalisé la colère' -

Les partis traditionnels étaient beaucoup plus mis à mal en revanche chez les voisins italien et grec. Sans parler de la France, à un moindre degré touchée par la crise, avec la victoire de Marine Le Pen.

En Grèce (21 sièges), le parti Syriza (gauche radicale) d'Alexis Tsipras, candidat de la gauche européenne à la présidence de la Commission européenne, a devancé d'environ 3 points Nouvelle Démocratie (ND, droite) du Premier ministre Antonis Samaras (6 et 5 sièges). L'inquiétant parti néonazi Aube dorée a pris la troisième place, et trois sièges, avec quelque 9,3%. Le Pasok (socialiste) rebaptisé pour l'occasion Elia, a réussi à obtenir 8% des voix, sauvant les meubles et deux députés, mais loin des 36,64% et huit députés de 2009.

En Italie (73 sièges) enfin, le Parti démocrate du Premier ministre Matteo Renzi a réussi à l'emporter, avec 29,5% à 32,5% des voix. Mais l'ex-comique populiste Beppe Grillo et son Mouvement Cinq étoiles ont quand même réussi à obtenir 28%, laissant loin derrière l'habituel Forza Italia, le parti de centre droit de Silvio Berlusconi. M. Grillo s'était félicité cette semaine d'avoir "canalisé la colère" des Italiens, évitant, selon lui, au pays le retour du fascisme.

Pour le politologue allemand Claus Leggewie, "les pauvres ont dû subir la crise alors que les riches étaient épargnés, mais se retourner contre Bruxelles", transformer l'Europe en "bouc émissaire", c'est "choisir la mauvaise cible".

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