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25/05/2014 01:24 EDT | Actualisé 25/07/2014 05:12 EDT

Rencontre historique à Jérusalem entre le pape et le patriarche orthodoxe

Le pape François a rencontré dimanche le patriarche orthodoxe de Constantinople Bartholomée à la basilique du Saint-Sépulcre à Jérusalem, une réunion oecuménique historique en faveur de l'unité des chrétiens.

Les chefs des Eglises catholique et orthodoxe avaient auparavant signé une déclaration commune appelant à progresser dans le rapprochement entre ces deux religions, près de dix siècles après le grand schisme qui les a séparées.

Pour le Vatican, cette cérémonie a été le point culminant du pèlerinage dense du souverain pontife dans la région.

Après s'être donné l'accolade en dehors de la basilique, François et Bartholomée y sont entrés à pas lents, applaudis. Ils se sont tous les deux agenouillés, enlevant l'un sa calotte blanche, l'autre sa coiffe noire, pour marquer leur émotion d'être côte-à-côte sur le lieu de la crucifixion et de la résurrection de Jésus, selon la tradition chrétienne. A l'intérieur, ils se prosterneront de nouveau, côte à côte en prière, devant le tombeau de Jésus.

La connivence était frappante. Plusieurs fois, ils se sont aidés à descendre des marches, ou ont allumé des bougies ensemble. Ils se sont vus quatre fois en trois jours.

Sous les hautes voûtes romanes, des hymnes chaleureux en grec, en arabe et en latin se sont élevés. A cette célébration solennelle, participaient les patriarches des treize Eglises catholiques et orthodoxes présentes à Jérusalem. Des protestants et des anglicans étaient aussi présents.

- Oeuvrer ensemble en faveur de l'unité -

La prière commune au Saint Sépulcre s'est déroulée pour la première fois dans le lieu le plus sacré du christianisme. François et Bartholomée ont prononcé ensemble et en italien le "Notre Père". Les autres patriarches l'ont récité ensuite chacun dans leur langue.

Le dialogue rouvert par François avec Bartholomée, chef spirituel des orthodoxes, s'inscrit dans la lignée d'un sommet il y a 50 ans entre Paul VI et Athénagoras, qui a été à l'origine d'un rapprochement entre catholiques et orthodoxes divisés depuis le schisme de 1054.

Dans leur déclaration commune, François et le patriarche de Constantinople s'engagent à oeuvrer ensemble en faveur de l'unité, tout en reconnaissant qu'orthodoxes et catholiques ont encore du travail à faire pour une pleine communion.

"Notre rencontre fraternelle d'aujourd'hui est un nouveau pas nécessaire sur la voie vers l'unité (...) : celle de la communion dans la légitime diversité", écrivent-ils.

Sous la devise "Ut unum sint" ("Qu'ils soient un !"), le logo du voyage du pape montre d'ailleurs l'apôtre Pierre et son frère André, représentant les Eglises catholique et orthodoxe, s'étreignant sur une barque surmontée d'une croix.

Même si dans les faits, le patriarche de Constantinople n'a juridiction que sur quelque trois millions de croyants (contre 130 millions pour le patriarcat de Moscou), il est le "primus inter pares" pour les orthodoxes.

La déclaration commune, qui ne contient pas d'annonces spectaculaires, salue des progrès accomplis dans le dialogue théologique.

Elle réaffirme la défense de valeurs communes : "La défense de la dignité humaine dans toutes les phases de la vie, et la sainteté de la famille fondée sur le mariage, la promotion de la paix et du bien commun" notamment.

Les autres points soulignés concernent "le don de la création" (la défense de l'environnement), "le droit d'exprimer partout sa foi", le dialogue avec le judaïsme et l'islam et la préoccupation commune pour les chrétiens du Moyen-Orient - particulièrement en Syrie, en Egypte et en Irak.

Les Eglises catholiques et orthodoxes d'Orient restent très divisées, et ces divisions les affaiblissent.

"Il fait aimer l'autre différent", a dit Bartholomée, qui a condamné "le fanatisme religieux et la peur de l'autre religion" notamment au Moyen-Orient.

"Chaque fois que nous mettons de côté nos vieux préjugés et que nous trouvons le courage de bâtir des relations fraternelles, nous confessons que Jésus est vraiment ressuscité", a dit François.

Un des aspect du conflit millénaire porte sur le primat du pape romain. Plusieurs pontifes ont engagé des réflexions mais sans jamais le remettre vraiment en cause. François a relancé l'idée de Jean Paul II d'un dialogue "visant à trouver les moyens d'un exercice du ministère spécifique d'évêque de Rome", qui soit "fidèle à sa mission", mais "ouvert à une nouvelle situation".

jlv/agr/bds