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25/05/2014 05:24 EDT | Actualisé 25/07/2014 05:12 EDT

Nigeria: à Maiduguri, des habitants "assiégés" par la peur de Boko Haram

Maiduguri, fief historique de Boko Haram dans le nord-est du Nigeria, paraît plus paisible qu'il y a un an. Mais ses habitants y vivent comme "assiégés", évitant de se hasarder hors de la ville par crainte d'attaques des islamistes.

Des milices d'auto-défense ont certes réussi en juin 2013 à chasser Boko Haram de cette ville très active d'un million d'habitants, capitale de l'Etat de Borno, dans le sillage de l'offensive de l'armée menée à coups de bombardements quasi-quotidiens.

Toutefois, la menace n'a pas pour autant été éradiquée. Le groupe armé, qui en kidnappant en avril plus de 200 lycéennes à Chibok - une localité de la zone - a provoqué une indignation internationale, a visé des sites militaires dans Maiduguri en décembre 2013 et en mars dernier, et un marché fréquenté en janvier.

Mais, pour les habitants, le plus effrayant se situe hors de la ville: des hommes lourdement armés, qui se cachent dans la brousse, érigent des barrages sur les routes vêtus de tenues militaires, s'en prennent aux civils et dévastent les villages environnants.

"Nous sommes pratiquement assiégés par Boko Haram", affirme à l'AFP Ari Kaka, un résident de Maiduguri.

"C'est toujours un cauchemar de sortir de la ville car les combattants de Boko Haram installent souvent des barrages sur les grandes routes pour dépouiller et tuer les voyageurs", ajoute-t-il.

"Quitter la ville, c'est s'aventurer dans l'inconnu, avec le risque très élevé de tomber sur des bandes armées criminelles", raconte-t-il.

Commerce oblige, ce marchand de tissus fait deux fois par mois la navette avec Kano (à près de 600 km à l'ouest), le grand centre économique du nord du pays. Pour lui, ce voyage de sept heures est une "torture émotionnelle".

En septembre 2013, 167 personnes ont été tuées à un barrage de Boko Haram à 70 km de Maiduguri. Les insurgés avaient tué les voyageurs avant de raser une grande partie de la ville de Benisheik.

"Je tremble chaque fois que je traverse Benisheik car les destructions me rappellent le carnage", avoue Ari Kaka.

Etudiante à l'université de Maiduguri, Hamida Mahmud vient de l'Etat de Jigawa (voisin à l'ouest de l'Etat de Borno). Pour elle, le voyage de cinq heures, au retour des vacances, est une expérience éprouvante.

"La veille de la reprise des cours, je reste éveillée toute la nuit à prier pour une protection divine contre Boko Haram" durant le voyage, dit-elle.

- Ne pas voyager la nuit -

Les automobilistes poussent un soupir de soulagement quand ils arrivent à un point de contrôle tenu par des militaires ou des policiers. Personne n'est gêné de leur glisser un "pourboire" pour passer, malgré les pancartes qui rappellent que la pratique est interdite.

"Je préfère cela à me faire massacrer par Boko Haram", explique sans ambages Adamu Nata'ala, un chauffeur qui fait souvent le trajet Kano-Maiduguri.

Par précaution, les automobilistes s'assurent de pouvoir rejoindre Maiduguri avant la nuit et voyagent habituellement dans des convois de véhicules.

La route est jalonnée de carcasses de voitures et de camions incendiées, constant rappel de la présence de Boko Haram. Les insurgés revendiquent l'instauration de gouvernements islamiques dans les Etats du nord du Nigeria, majoritairement musulmans, et ont intensifié récemment leurs attaques sanglantes, jusqu'à Abuja et dans le centre du pays.

"Boko Haram peut attaquer n'importe quand mais il est plus susceptible d'attaquer sur les routes le soir", ajoute le chauffeur.

En mars 2013, après la tombée de la nuit, les islamistes avaient attaqué et incendié les villages de Mainok et Jakana sur la route principale qui conduit à Kano, tuant quelque 80 personnes.

Mais faire le voyage en direction de l'extrême Nord, dans la zone voisine du Cameroun et du Tchad où Boko Haram a multiplié ses tueries, est une expérience encore plus traumatisante pour les résidents de Maiguduri.

"Je ne me suis pas rendu une seule fois dans ma ville pour voir ma famille au cours des deux derniers mois car je crains les embuscades de Boko Haram", confie Ibrahim Grema, originaire de Bama, une ville située à 70 km au sud-est de Maiduguri.

Les combattants de Boko Haram se déplacent souvent dans le secteur entre Maiduguri et Bama. Ils disposent de camps de fortune dans la forêt de Sambisa et autour de la ville de Dikwa. Pour y arriver, il faut passer par l'axe Maiduguri-Bama.

"On est en sécurité dans la ville, souffle Ibrahim Grema, mais une fois que vous en sortez, vous ne savez pas ce qui vous attend".

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