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25/05/2014 07:50 EDT | Actualisé 25/07/2014 05:12 EDT

Nigel Farage: une 4e vie pour sortir les Britanniques de l'UE

Nigel Farage, patron de l'Ukip populiste et europhobe, a tenu sa promesse d'un "séisme politique" maintes fois réitérée la pinte à la main: après sa victoire historique aux européennes, il fait le serment d'en finir avec l'immigration "subie" et de sortir le Royaume-Uni de l'UE.

L'ex-trader de 50 ans qui a supplanté les trois partis de "l'establishment" et se voit à la tête d'une "armée populaire" affiche une obsession "de bon sens". Il prétend terrasser le dragon bruxellois.

Interrogé par l'AFP en cours de campagne, il embraye au quart de tour une diatribe rodée dans les pubs, un environnement qui contribue à son image anti-élitiste.

"J'aime l'Europe. C'est un espace superbe. Je suis marié à une Allemande. J'ai travaillé pour des sociétés européennes. J'aime la culture européenne. Mais je hais le drapeau. Je hais l'hymne. Je hais les institutions".

La voix est éraillée, et les éclats de rire un tantinet ostentatoires.

A l'entendre, l'UE politique "c'est la porte grande ouverte à près d'un demi-milliard d'individus", prêts à déferler --Bulgares et Roumains en tête-- sur le marché du travail britannique.

Plus de 30% desdits Britanniques et la majorité des médias jugent le message raciste.

Et le Premier ministre conservateur David Cameron a jadis qualifié l'UK Independence Party (Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni) "de ramassis de fous furieux".

Nigel Farage rétorque aujourd'hui: "Nous sommes à prendre au sérieux".

La preuve? "NF" exclut systématiquement de sa formation les auteurs de tweets racistes, islamophobes ou ineptes. Tel ce conseiller pour qui les inondations étaient un "châtiment divin" consécutif à la légalisation du mariage gay.

Echaudé, il a contraint ses candidats à la députation européenne de certifier "qu'ils n'avaient pas de squelette dans le placard".

Se présentant comme le champion de "la droite libérale", il rejette l'étiquette d'extrême droite et les avances du Front National de Marine le Pen.

- le renard dans le poulailler -

La plupart des analystes doutent que la "bulle protestataire" n'explose de sitôt. Crédité de 16,5% aux Européennes de 2009, l'Ukip a été ramené à un modeste 3% aux législatives de 2010. A l'approche du scrutin parlementaire de 2015, il siphonne à la fois l'électorat conservateur et travailliste.

"Le renard Ukip est dans le poulailler de Westminster" (siège du Parlement britannique), plastronne Farage qui espère introduire enfin ses députés à la Chambre des Communes.

Au-delà, il veut forcer la victoire du "non" au référendum sur le maintien du Royaume-Uni au sein de l'UE, promis pour 2017 par Cameron sous la pression eurosceptique.

Pour s'implanter dans le paysage dominé depuis un siècle par les conservateurs, travaillistes et plus récemment les libéraux-démocrates, l'Ukip doit encore se doter d'un programme.

Farage a tout bonnement déchiré le manifeste de 2010, comme "un florilège de non-sens", comme ce projet d'obliger les chauffeurs de taxi à porter l'uniforme.

Entretemps, il redoublera d'ardeur au Parlement "aseptisé" de Strasbourg, où il a jadis lancé au président de l'UE Herman Van Rompuy: "Sans vouloir être désagréable, qui êtes vous? Vous avez le charisme d'une serpillière mouillée".

- une quatrième vie -

Farage, né le 3 avril 1964 dans le Kent (sud), aime à se présenter sous les traits de "Monsieur tout le monde".

Tout petit, il n'a jamais été intéressé par les jouets, dit cependant sa mère.

Et après le départ du domicile conjugal de Guy Oscar Justus, son père alcoolique, il a fréquenté une école privée select du grand Londres, à Dulwich.

A 18 ans, il préfère la City à l'université. Après une brève incursion chez les conservateurs, il contribuera à la fondation de l'Ukip en 1993.

Il a 35 ans, quand il fait son entrée au Parlement européen.

L'homme en costume rayé de banquier ou redingote à col de velours père de quatre enfants est tout sauf politiquement correct.

Il fait volontiers bonne chère, fume comme un pompier, affiche son amour du cricket, du rugby, de la pêche en mer et du bon vin.

La cinquantaine venue, il savoure d'évidence sa quatrième vie.

Nigel Farage a survécu à un terrible accident de voiture, à un cancer des testicules, et au crash extravagant de son avion biplace, empêtré dans la bannière électorale qu'il tractait, en 2010.

dh/alm/lv