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25/05/2014 12:29 EDT | Actualisé 25/07/2014 05:12 EDT

L'état de siège en Pologne en 1981

L'état de siège décrété en Pologne par le général Wojciech Jaruzelski pour mater Solidarnosc, le 13 décembre 1981, fut un énorme traumatisme dans son pays et une source d'angoisse dans le monde.

La veille au soir, la direction de Solidarnosc, premier syndicat indépendant du bloc soviétique, né des grandes grèves du littoral polonais de la Baltique en été 1980, était réunie à Gdansk autour de Lech Walesa.

Tout au long de la soirée, les responsables régionaux du syndicat reçoivent des messages inquiétants sur les mouvements de troupes à travers le pays.

"Ils cherchent à nous intimider, une fois de plus", assurent-ils aux journalistes. Lech Walesa, exceptionnellement, reste muet.

Avant minuit, tous les téléphones sont coupés en Pologne, d'importants détachements de la police et de l'armée procèdent aux arrestations de dirigeants syndicaux à Gdansk, à Varsovie et dans d'autres villes.

A 6 heures du matin, dans un discours retransmis à la radio et à la télévision, le général Jaruzelski annonce aux Polonais la proclamation de la loi martiale. Tous les pouvoirs sont confiés à un Conseil militaire de salut national (WRON) qu'il dirige.

Des dizaines de milliers de syndicalistes sont jetés en prison, toutes les organisations sont dissoutes et les droits civiques suspendus. Le couvre-feu est imposé sur l'ensemble du territoire polonais, la circulation automobile est interdite, sauf permis spécial. Des chars et des transporteurs blindés investissent les rues des villes et les routes enneigées.

Le monde entier retient son souffle, scrute les réactions de l'URSS de Léonid Brejnev et celles de Prague et de Berlin-Est, dirigés par des communistes inféodés à Moscou.

Des grèves spontanées éclatent en Pologne, vite matées par la police et l'armée. Neuf mineurs de la fosse Wujek en Silésie (sud) sont tués lors d'une rafle des Zomo, les forces anti-émeutes.

Délégalisé, le syndicat Solidarité s'organise dans la clandestinité. Ses principaux dirigeants, Lech Walesa y compris, resteront sous les verrous pendant de longs mois.

- L'Occident condamne -

La puissante Eglise catholique de Pologne, forte de l'autorité suprême du pape polonais Jean Paul II, apporte un soutien moral, et souvent pratique, à l'opposition démocratique.

L'Occident condamne la loi martiale, aide clandestinement l'opposition polonaise et appelle le pouvoir communiste à la retenue. L'opinion publique à l'Ouest se mobilise: des camions d'aide caritative arrivent sur les bords de la Vistule où tous les produits de première nécessité sont rationnés et souvent introuvables.

Toute l'année 1982 est ponctuée de manifestations, organisées par les structures clandestines de Solidarité et sévèrement réprimées par le régime.

Une visite de Jean Paul II dans sa patrie en été 1983 redonne l'espoir aux Polonais. Le pape ne cache pas son soutien à Solidarnosc et insiste pour rencontrer Lech Walesa. Ils se voient loin des foules, dans un chalet des Monts Tatras, sous haute surveillance policière.

Le Prix Nobel de la Paix attribué quelques mois plus tard au leader ouvrier polonais renforce considérablement sa notoriété internationale.

Wojciech Jaruzelski et ses généraux du WRON desserrent petit à petit leur étau. L'état de siège est levé en 1984, mais les activités syndicales clandestines continuent à être réprimées.

Ce n'est qu'en 1989 que le général Jaruzelski accepte de négocier avec Solidarnosc la tenue la même année en juin d'élections semi-démocratiques qui débouchent sur la prise du pouvoir en Pologne par l'opposition démocratique, suivie de la chute du mur de Berlin.

mrm/bo/plh