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25/05/2014 08:18 EDT | Actualisé 25/07/2014 05:12 EDT

Les Ukrainiens nombreux dans les bureaux de vote, l'Est privé de scrutin présidentiel

Les Ukrainiens votaient nombreux dimanche, à l'exception des régions séparatistes de l'Est, pour élire un nouveau président qui aura la tâche difficile de mettre fin à l'insurrection prorusse et de pacifier les relations avec la Russie.

Après six mois d'une crise politique suivie avec inquiétude par les Européens et qui a tourné à la confrontation entre Russes et Occidentaux, le milliardaire pro-occidental Petro Porochenko est le grand favori du scrutin.

Selon les sondages, il est crédité de plus de 44% des intentions de vote devant l'ancienne égérie de la révolution orange de 2004 Ioulia Timochenko.

"La première chose à faire, c'est d'apporter la paix à tous les citoyens ukrainiens. Et les personnes armées doivent quitter les rues des villes et des villages", a déclaré M. Porochenko après avoir voté dans le centre de Kiev.

Votant dans sa ville natale Dnipropetrovsk, l'ex-Première ministre Ioulia Timochenko a répété son credo : "un référendum sur l'adhésion de l'Ukraine à l'Otan pour rétablir la paix en Ukraine".

Au total, plus de 36 millions d'électeurs sont appelés aux urnes, de la nationaliste Lviv à l'Ouest à l'ancienne capitale Kharkiv et à la perle de la mer Noire Odessa, ainsi qu'à Kiev.

- Longues files d'attente -

Plus de 40% des électeurs ont voté à 15H00 locales (12H00 GMT), cinq heures avant la fermeture des bureaux, selon la commission électorale centrale.

"J'espère que cette élection ramènera enfin la paix en Ukraine", résumait Oleg, un homme d'affaires de 38 ans votant à Lviv, à 80 km de la Pologne.

Une enseignante de 31 ans, Irina Myssak, attend du président élu qu'il "conduise l'Ukraine à l'Otan et à l'Union européenne". "Et je ne veux plus jamais voir ce qui se déroule dans l'Est", ajoute-t-elle faisant allusion à l'insurrection armée prorusse qui a gagné les régions frontalières de la Russie, théâtre de combats avec l'armée ukrainienne qui ont fait plus de 150 morts depuis le 13 avril.

A Kiev les électeurs patientaient dans de longues files d'attente pour voter et choisir leur nouveau président, ainsi que leur nouveau maire.

"Je vote Ioulia", déclare Raïssa Podlesniouk, 73 ans, en allusion à Mme Timochenko. Petro "Porochenko ce sera un autre Ianoukovitch, c'est un oligarque, il n'a même pas osé débattre avec Ioulia à la télévision", ajoute la retraitée rappelant ainsi le fait que le favori du scrutin a été ministre de l'Economie dans le gouvernement de l'ancien président déchu Viktor Ianoukovitch.

- Bureaux de vote fermés dans l'est -

Mais dans l'Est séparatiste où les insurgés ont averti qu'ils feraient tout pour empêcher le déroulement du scrutin, l'immense majorité des bureaux de vote sont restés fermés. Selon la Commission centrale électorale, seul un tiers des districts électoraux des régions de Lougansk et de Donetsk fonctionnaient.

Ainsi, dans le bastion rebelle de Donetsk, aucun bureau de vote n'a ouvert et les rues de la ville étaient désertes. Dans la région le taux de participation a atteint 9,11% à 15H00.

"L'Ukraine est maintenant un autre pays, donc je ne vois pas pourquoi nous devrions prendre part à cette élection", a déclaré à l'AFP Elisaveta, dans le centre-ville de Donetsk. "Peu importe le résultat, cela ne nous concerne plus aujourd'hui", a-t-elle ajouté.

Le scrutin avait peu de chances de se dérouler entre la peur des électeurs d'aller voter, les commissions électorales locales sous le contrôle des séparatistes ou tout simplement parce que les urnes et les bulletins de vote n'avaient pas pu parvenir dans tous les bureaux de vote.

Petro Porochenko, 48 ans, est le grand favori du scrutin malgré une campagne sans éclat où il a assuré le service minimum.

Le milliardaire, qui s'engage à gérer l'Ukraine comme il gère sa très prospère entreprise de fabrication de chocolats Roshen, n'est pas assuré d'être élu au premier tour et devra peut-être patienter jusqu'à un hypothétique second tour le 15 juin.

Ses principaux rivaux, Ioulia Timochenko et le prorusse Serguiï Tiguipko rêvent d'un second tour où les cartes seraient rebattues.

Vendredi, le président russe Vladimir Poutine, dont la gestion de la crise avec l'Ukraine dans la foulée du dossier syrien a consacré le retour de la Russie sur le devant de la scène internationale, avait esquissé un geste d'apaisement en annonçant qu'il respecterait le "choix du peuple ukrainien" et travaillerait avec le chef de l'Etat élu.

Son Premier ministre Dmitri Medvedev s'est rendu en Crimée, péninsule ukrainienne rattachée à la Russie en mars, un déplacement dénoncé par Kiev comme une "provocation délibérée" le jour du scrutin.

- Recrudescence de violences dans l'est -

La fin de la campagne a été marquée par la recrudescence de combats sur le "front de l'Est", dans la région de Donetsk où 26 personnes, en majorité des soldats ukrainiens, ont péri dans des combats entre séparatistes et forces loyales à Kiev.

Dans la ville de Slaviansk, bastion des insurgés armés prorusses qui connaît des combats quotidiens, un membre des forces spéciales du ministère ukrainien de l'Intérieur a été tué et deux ont été blessés samedi.

Dans la même région, un photographe italien et son traducteur russe ont été tués par des tirs d'obus. Il s'agit du premier journaliste à trouver la mort dans l'Est depuis le début des combats en avril. Un photographe français a également été blessé.

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