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25/05/2014 08:55 EDT | Actualisé 25/07/2014 05:12 EDT

Européennes: le triomphe du Front national en France, symbole de la poussée des extrêmes

ASSOCIATED PRESS
French far-right National Front party leader Marine Le Pen delivers her speech during a meeting to support their candidate for the European parliament election Aymeric Chauprade, in Paris, Sunday, May 18, 2014. The National Front, which also wants to unravel the European Union and withdraw France from the euro currency, hopes to win up to 20 of France's 74 European Parliament seats in the Sunday, May 25 vote. (AP Photo/Francois Mori)

Le triomphe dimanche du Front national en France, un véritable séisme politique, a illustré la forte poussée de l'extrême droite et des europhobes aux élections européennes, même si la droite conservatrice garde le plus grand nombre d'élus au Parlement.

Les europhobes de l'Ukip britannique étaient eux aussi largement en tête avec un score historique de 29% sur deux tiers des régions. Son chef de file Nigel Farage a promis un «séisme».

En France, profitant de l'impopularité record des socialistes au pouvoir, le Front national de Marine Le Pen est devenu le premier parti avec un score historique de 25,4%, selon des résultats quasi-définitifs. Il décrocherait 23 à 25 sièges sur les 74 accordés à la France, un des pays fondateurs de l'UE.

Le FN devance largement l'opposition de droite UMP (20,8%), alors que le Parti socialiste subit une nouvelle déroute avec moins de 14% des suffrages. Mme Le Pen a immédiatement appelé le président François Hollande à "organiser des nouvelles élections".

Le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, s'est dit «inquiet» de la victoire du FN. Interrogé pour savoir s'il s'agissait d'un «parti raciste», il a répondu: «Oui, et je pense que nous devrions être inquiets face à de tels développements dans le reste de l'Europe».

Selon une nouvelle projection communiquée dans la nuit de dimanche à lundi par le Parlement européen, les conservateurs du Parti populaire européen (PPE) restent en tête avec 212 sièges sur 751, contre 186 pour les socialistes. Les Libéraux obtiendraient 70 eurodéputés, suivis par les Verts (55). Les quatre partis pro-européens passent de 612 à 523 sièges.

Quant aux différents partis europhobes, qui ne constituent pas un bloc homogène, ils compteraient au total plus de 140 députés.

En Allemagne, qui envoie le plus fort contingent d'élus au Parlement européen (96), les conservateurs (CDU/CSU) de la chancelière Angela Merkel sont arrivés en tête, d'après des sondages sortie des urnes.

Même des néonazis

Mais le nouveau parti anti-euro AfD, qui plaide pour une dissolution de la monnaie unique, fera son entrée au Parlement avec un score d'environ 7%.

En Autriche, le parti d'extrême droite FPÖ, qui espère constituer un groupe avec le FN, progresserait nettement et arriverait en troisième position, avec près de 20% des suffrages, en hausse de plus de cinq points par rapport à 2009.

Au Danemark, c'est le Parti populaire, formation anti-immigration, qui est arrivé en tête avec près de 27% des voix.

Un petit parti europhobe polonais, le Congrès de la nouvelle droite (KNP), a obtenu 7,2% des voix et pourrait envoyer quatre députés au Parlement européen. En Hongrie, le scrutin a été largement dominé par le parti conservateur Fidesz du dirigeant Viktor Orban, mais l'extrême droite ultra nationaliste du Jobbik arrivait en deuxième position avec près de 15% et trois sièges.

La forte poussée de l'extrême droite en Europe se traduit aussi par l'entrée du parti néonazi grec Aube dorée au Parlement. Crédité de 9 à 10% des voix, il pourrait envoyer trois élus à Strasbourg.

En Grèce, l'euroscepticisme se traduit aussi par l'arrivée en tête du parti de la gauche Syriza d'Alexis Tsipras, qui obtiendrait six sièges, contre cinq à Nouvelle démocratie (droite), le parti au pouvoir.

En Espagne, les deux grands partis traditionnels, le Parti populaire de droite, et le Parti socialiste, ont connu une débâcle au profit de petites formations comme Podemos, né de la mouvance des indignés, qui obtient cinq sièges.

Mais en Italie, le populiste Beppe Grillo a été largement devancé par le parti démocrate, la formation de centre gauche du chef du gouvernement Matteo Renzi. La gauche l'a aussi emporté en Roumanie et au Portugal.

Appel au rassemblement

La montée de l'extrême droite s'est faite sur fond de stabilisation de la participation à un faible niveau: 43,09% contre 43% en 2009, année où elle avait atteint son plus bas historique. Elle a même progressé dans plusieurs grands pays, notamment la France et l'Allemagne. Mais dans plusieurs pays d'Europe de l'Est en revanche, la participation, déjà très faible, a encore baissé.

Au total, la montée des forces anti-européennes «ne va pas changer la façon dont le Parlement travaille», avec un bloc pro-européen qui reste largement majoritaire. Mais il y aura des conséquences «sur les scènes politiques nationales et sur la façon dont les dirigeants nationaux agiront au sein de l'UE», estime Jan Techau, directeur du groupe de réflexion Carnegie Europe.

La bataille se profile déjà pour la présidence de la Commission européenne. Pour tenter de motiver les électeurs, les principaux partis ont présenté des candidats. Mais plusieurs dirigeants, à commencer par l'Allemande Angela Merkel et le Britannique David Cameron, refusent cette logique.

Le candidat du PPE, Jean-Claude Juncker a «revendiqué» la présidence de l'exécutif européen. «Je suis pleinement habilité à devenir président de la Commission», a-t-il déclaré au Parlement.

Le candidat socialiste, Martin Schulz, a remis en question les projections du Parlement européen, qu'il préside, jugeant qu'elles n'étaient «pas vraies».

Aucun parti ne dispose de la majorité, et la seule possible dans un Parlement plus fragmenté que jamais passera par une grande coalition entre droite et gauche modérées, un schéma éprouvé au Parlement.

Cette situation pourrait inciter les dirigeants européens à tenter de trouver une autre personnalité acceptable par les députés. Ils se réuniront dès mardi soir à Bruxelles pour en discuter.

Dès la nuit de dimanche à lundi, le président de la Commission européenne sortante, José Manuel Barroso, accusée d'être en partie responsable de l'austérité, a appelé les forces pro-européennes, en particulier les conservateurs, les socialistes et les libéraux, à se «rassembler» pour former une «majorité très solide et qui fonctionne».

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