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25/05/2014 09:21 EDT | Actualisé 25/07/2014 05:12 EDT

Choc et émotion devant le Musée Juif de Bruxelles

Elle rentre juste d'Israël et vient de visiter le musée de la Shoah : c'est "sous le choc" que Colette Gradom, une Belge de 66 ans, s'est recueillie devant le Musée Juif de Bruxelles, où un inconnu a tué samedi quatre personnes.

Devant la porte, placées sous scellés, des gerbes de fleurs et des bougies, en hommage aux victimes, un couple israélien de visiteurs, et deux bénévoles du musée, une retraitée française et un jeune réceptionniste belge.

En début de soirée, ils sont près d'un millier à se masser dans la rue paisible du musée, près du centre touristique de Bruxelles, autour de barrières sur lesquelles des petits drapeaux israéliens ont été accrochés.

Le directeur du musée, Philippe Blondin, salue ces marques de solidarité, "venant de gens de tout bord, qui participent à notre douleur".

En ce soir d'élections européennes mais aussi nationales et régionales, pour la Belgique, la foule a répondu à l'appel du Centre communautaire laïc juif (CCLJ), qui a invité "Juifs et non-Juifs" à montrer "que nous ne nous laisserons pas intimider par les antisémites".

Un peu plus tôt, ils étaient aussi plus d'un millier, classe politique belge en tête, à s'être regroupés devant le palais de justice, à une centaine de mètres du Musée, pour un rassemblement "humaniste et pacifique" à l'appel du Centre d'action laïc.

Un sursaut, alors que dans la matinée, rares étaient ceux venus se recueillir ou manifester leur soutien sur les lieux de l'attaque, sous une forêt de caméras de télé.

Tout juste rentré du festival de Cannes, le cinéaste Luc Dardenne est venu pour "rendre hommage aux victimes et par révolte contre un acte innomable".

Puis le silence se fait pour écouter le grand rabbin de Bruxelles réciter le kaddish, la prière juive des morts.

Le visage du directeur se tend, à l'évocation des deux victimes française et belge, des membres du personnel.

"Un passage à l'acte antisémite"

Mais M. Blondin défend son choix d'avoir fait de son musée un lieu "ouvert", où le tueur a pu entrer sans encombre comme l'ont montré des images des caméras de sécurité diffusées par la police.

"Un musée n'est pas un Fort Knox", insiste-t-il devant la grande façade blanche du bâtiment, où s'affichent sur de vastes panneaux des photos des expositions, qui retracent l'histoire du judaïsme en Belgique.

"Il faut absolument que l'auteur soit arrêté, que l'on sache à quoi s'en tenir", relève Mme Gradom, alors que les autorités affirment dans l'immédiat ne privilégier aucune piste, "ni terroriste ni antisémite".

Pour cette membre de la communauté juive, l'attaque est de toute manière un "passage à l'acte qui confirme la montée de l'antisémitisme en Europe".

Mais elle ne veut pas désigner trop vite d'éventuels responsables, "peut-être l'extrême droite, peut-être même des extrémistes islamistes".

Plus tôt dans la matinée, un couple s'est s'arrêté devant le musée : "je suis catholique, mon ami est musulman, nous sommes venus pour montrer que les communautés doivent se soutenir", dit la jeune femme.

Le rabbin Menahem Margolin, qui a campé toute la matinée devant la porte, laisse au contraire libre cours à sa colère : "Une telle attaque était prévisible au vu du niveau d'antisémitisme" en Europe, accuse-t-il.

"Il faut que les gouvernements européens prennent des mesures, les paroles ne suffisent plus", lance-t-il, alors que le Premier ministre belge, Elio Di Rupo devait recevoir en début de soirée le Président du Congrès juif européen à Bruxelles.

Les autorités belges ont porté à leur maximum dès samedi les mesures de sécurité aux alentours des lieux fréquentés par la communauté juive.

Ces mesures resteront en vigueur "jusqu'à nouvel ordre", a indiqué dimanche la ministre de l'Intérieur, Joëlle Milquet, selon qui "la communauté, de son côté, a exprimé sa volonté +de poursuivre ses activités+".

"Les écoles, les synagogues, les centres culturels... continueront à fonctionner mais dans un contexte de sécurité renforcée, avec une présence policière permanente", a précisé Mme Milquet. Le musée lui, doit rouvrir ses portes mardi.

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