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25/05/2014 02:28 EDT | Actualisé 25/07/2014 05:12 EDT

Bernd Lucke, le professeur d'économie qui a su incarner l'euroscepticisme allemand

Bernd Lucke, porte-parole du nouveau parti opposé à l'euro AFD, auteur d'une percée aux élections européennes, est un professeur d'économie qui a donné un visage affable aux partisans de l'abandon de la monnaie unique en Allemagne.

"L'AFD prend son essor, en tant que nouveau parti populaire en Allemagne, un parti de la liberté, social, un parti de la défense des valeurs", s'est félicité dimanche soir M. Lucke, se réjouissant du fait que son tout nouveau mouvement, créé au printemps 2013, ait réussi à obtenir 6,5% des suffrages aux européennes, selon une première estimation.

Fort désormais de plusieurs députés à Bruxelles, après avoir échoué de peu dans sa tentative de gagner des élus aux législatives allemandes de septembre, le leader de l'AFD s'est dit prêt à discuter et à faire de la politique avec tous les partis qui regardent "d'un oeil critique l'évolution récente de la construction européenne".

Il est désormais à la tête d'un parti eurosceptique, à la droite des conservateurs de la chancelière Angela Merkel, pour laquelle il représente une menace aux prochains scrutins.

Bernd Lucke a fondé son parti, "Alternative pour l'Allemagne" (AFD), en mars 2013 sur un seul message : l'Allemagne n'a pas besoin de l'euro, pour les autres pays européens il est même néfaste, l'union monétaire doit être démantelée au plus vite.

L'homme, anguleux, de petite taille et "universitaire pur jus" selon le Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), place l'argumentation sur un terrain purement scientifique.

En 2010, ce professeur à l'université de Hambourg (nord) formé à Bonn, Berlin et Berkeley en Californie avait déjà fondé un "plénum" de quelque 300 économistes qui avaient rejeté au nom de la théorie économique la politique de sauvetage de l'euro suivie par les Européens.

Ce qui n'a pas empêché celle-ci de se poursuivre les années suivantes, conduisant Bernd Lucke à rendre sa carte du parti conservateur CDU, dont il était membre depuis ses 14 ans, et à se lancer lui-même dans la vie politique.

A 51 ans, il en paraît 15 de moins et n'a rien d'un tribun charismatique mais son parti est parvenu à séduire une frange de l'électorat allemand qui s'inquiète de voir l'Allemagne payer pour renflouer des pays moins compétitifs dans le sud de l'Europe.

L'AFD revendique 18.000 membres et avait déjà pu se targuer d'un premier succès aux législatives de septembre.

Après seulement quelques mois d'existence, les opposants à l'euro avaient frôlé la barre des 5% (4,7%) permettant d'envoyer des députés au Bundestag, la chambre basse du parlement .

"Avec nous, la peur a changé de camp", se réjouit le porte-parole de l'AFD qui attire notamment les déçus de la CDU d'Angela Merkel, du parti libéral FDP en pleine déconfiture, et mêmes quelques sociaux-démocrates.

Die Zeit, influent hebdomadaire de centre gauche, a même fait de lui un héros de polar politique d'anticipation, "Der Eurokiller", l'imaginant en 2025 comme un ancien chancelier qui a fait sortir l'Allemagne de l'UE et vit en exil en Italie.

Sobre et volontiers souriant, Lucke n'a pourtant rien d'un tueur mais il s'en tient fermement au mantra qui sert de ligne directrice à son parti et lui garantit actuellement le succès : la dissolution de l'euro.

Le quotidien de Munich, Süddeutsche Zeitung, évoque un homme "raisonné et aimable" qui fait bonne figure dans les talkshows devenus du jour au lendemain le pain quotidien de cet habitué des conférences d'universitaires et des bibliothèques.

Sa courtoisie ne l'empêche pas d'être qualifié de populiste par ses adversaires.

Du côté des médias, on s'interroge également sur la tentation de l'extrême droite qui pourrait saisir Lucke et les siens, au vu de son programme et de son discours hostile à l'immigration.

"La Suisse est pour le référendum populaire, nous aussi", dit une des affiches de l'AFD, faisant allusion au référendum qui doit conduire à des règles plus strictes en matière d'immigration au sein de la Confédération helvétique.

"Nous ne chassons pas sur les terres de l'extrème droite", assure pourtant M. Lucke. "On cherche à nous diffamer, (...) nous sommes le parti des vrais Européens", a-t-il encore martelé dimanche soir.

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