NOUVELLES
21/05/2014 07:22 EDT | Actualisé 21/07/2014 05:12 EDT

Commission Charbonneau : SNC-Lavalin accusée d'avoir menacé son rival pour le contrat du CUSM

Radio-Canada

Le patron du consortium OHL-PCUSM, Miguel Fraile Delgado, dit avoir informé Infrastucture Québec (ex-agence des PPP) en janvier 2010 que SNC-Lavalin lui avait fait des menaces pour qu'il se retire de la course pour l'obtention du lucratif contrat de construction du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

Un texte de François Messier

M. Fraile a expliqué à la commission Charbonneau que c'est Charles Chebl, responsable du consortium rival SNC-GISM, qui l'avait appelé pour lui demander de rencontrer Riadh Ben Aïssa, alors vice-président construction de la firme de génie québécoise.

Le gouvernement du Québec venait alors d'adopter un décret pour relancer le processus d'octroi de contrat, malgré représentations du directeur général du CUSM, Arthur Porter. Ce dernier avait disqualifié OHL-PCUSM du premier processus, dès décembre 2009, et faisait des pressions pour obtenir la permission de négocier directement avec SNC-GISM.

« J'ai demandé l'autorisation à ma compagnie et je crois que j'ai informé M. Bergeron (le PDG de l'agence des PPP). Et je suis allé voir M. Ben Aïssa », a-t-il expliqué. La rencontre, qui s'est déroulée sans autre témoin, a eu lieu dans les locaux de SNC-Lavalin, boulevard René-Lévesque à Montréal.

Selon M. Fraile, M. Ben Aïssa a dénigré OHL-PCUSM, en disant qu'ils n'étaient « rien » ni « personne », et « que si on gagnait le contrat, il [rendrait] notre vie impossible ». Il a aussi argué « Montréal, c'est sa ville; que le CUSM, c'est son projet et qu'on [devait se] retirer ».

« Il répétait tout le temps la même chose. Que je faisais du lobbying. Peut-être pour me forcer à dire quelque chose », a expliqué M. Fraile, qui dit avoir eu « l'impression » qu'il était enregistré, et qu'on tentait de le piéger, mais sans en avoir la preuve.

Selon lui, Riadh Ben Aïssa n'a rien offert en échange, se bornant à lui laisser miroiter une éventuelle association pour de futurs projets, « puisqu'il [avait] une compagnie très forte et très puissante au Canada ».

Miguel Fraile dit lui avoir répondu qu'OHL était une compagnie internationale qui avait plus d'expertise que SNC-Lavalin dans la construction d'hôpitaux.

La commission a montré un courriel du 25 janvier 2010 dans lequel M. Fraile informait la direction générale de la compagnie espagnole de la rencontre qu'il venait d'avoir avec M. Ben Aïssa.

« Avez-vous informé M. Bergeron? », lui a demandé France Charbonneau. « Oui », a répondu le témoin sans détour.

Témoignant devant la commission mardi, l'ex-PDG de l'agence des PPP, Normand Bergeron, a assuré n'avoir aucun souvenir de cet épisode. « Je pense pas qu'il m'ait parlé qu'il y a eu une rencontre entre lui et monsieur Ben Aïssa de SNC-Lavalin. Je penserais pas. Je croyais pas qu'il était en contact avec SNC-Lavalin, je pense. Non, il m'a jamais dit ça. »

M. Fraile a par ailleurs confirmé que St. Clair Armitage lui avait offert de se désister du projet dès décembre 2009, moyennant une compensation financière de 10 millions de dollars, soit 2,5 millions de plus que prévu au départ. Il a refusé cette offre, par ailleurs irrégulière, puisque seule Infrastructure Québec - l'agence des PPP -  aurait pu l'approcher de la sorte. 

Le patron d'OHL Construction Canada a aussi dit n'avoir jamais été informé des raisons de sa défaite. Il dit n'avoir appris que plus tard, par la Sûreté du Québec, que SNC-GISM s'était largement inspiré des croquis que son consortium avait soumis quelques mois plus tôt.

Il a aussi confirmé n'avoir jamais été informé de la demande de dérogation présentée par SNC-GISM le jour du dépôt des soumissions, le 15 mars 2010, comme cela aurait dû être le cas.

Selon les enquêteurs de la commission, cette dérogation a été cruciale puisqu'elle a permis à SNC-GISM de respecter les critères financiers du gouvernement. À défaut de l'obtenir, le consortium dirigé par la firme de génie québécoise aurait été disqualifié. 

INOLTRE SU HUFFPOST

Galerie photo La commission Charbonneau en bref Voyez les images