NOUVELLES
05/05/2014 09:05 EDT | Actualisé 05/07/2014 05:12 EDT

Ukraine: une unité d'élite envoyée à Odessa après l'incendie meurtrier

SLOVIANSK, Ukraine - Le gouvernement ukrainien a envoyé lundi une unité d'élite de la garde nationale pour reprendre le contrôle d'Odessa, dans le sud-ouest du pays, tandis que les forces ukrainiennes échangeaient des tirs avec des milices prorusses autour d'une ville de l'est.

Ces nouveaux développements laissent croire à une intensification des efforts du gouvernement pour ramener ces deux régions dans le giron ukrainien. La possible perte d'Odessa et de certaines parties de l'est de l'Ukraine pourrait être catastrophique pour le nouveau gouvernement et laisserait l'Ukraine enclavée, entièrement coupée de son accès à la mer Noire.

L'Ukraine a déjà perdu une grande partie de sa côte en mars, quand la péninsule de Crimée a été annexée par la Russie.

Des échanges de tirs et des explosions ont été entendus lundi dans et autour de Sloviansk, une ville de 125 000 habitants qui est devenue le coeur de l'insurrection armée contre le nouveau gouvernement intérimaire à Kiev.

Le ministre de l'Intérieur, Arsen Avakov, a déclaré dans un communiqué que les troupes gouvernementales affrontaient environ 800 militants prorusses munis d'armes de gros calibre et de mortiers. Le ministère a indiqué que quatre membres des forces de l'ordre avaient été tués et une trentaine d'autres blessés dans les combats.

Les milices prorusses affirment que huit personnes, des insurgés et des civils, ont perdu la vie. Un porte-parole des milices a précisé que trois des dix personnes admises à l'hôpital de Sloviansk pour des blessures par balle étaient mortes par la suite. Cinq autres personnes ont été tuées durant un affrontement dans le village de Semenivka.

L'Ukraine, un pays de 46 millions d'habitants, vit sa pire crise depuis des décennies après que son président prorusse Victor Ianoukovitch eut été renversé par un soulèvement populaire en février, après des semaines de manifestations. Les résidents de l'est du pays, favorables à un rapprochement avec la Russie, sont maintenant en conflit avec l'ouest et le centre de l'Ukraine, qui favorisent une plus grande proximité avec l'Europe et soutiennent largement le gouvernement intérimaire à Kiev.

Les pays occidentaux ont offert des milliards de dollars en prêts pour empêcher un effondrement économique du pays. Le premier ministre Arseni Iatseniouk a déclaré que l'Ukraine s'attendait à recevoir plus de cinq milliards $ US en mai, selon un communiqué publié lundi. Trois milliards doivent être fournis par le Fonds monétaire international, un milliard par les États-Unis et jusqu'à 1,38 milliard par l'Union européenne.

Pendant des semaines, la ville d'Odessa était restée largement pacifique malgré les violences qui se déroulaient ailleurs en Ukraine. Mais 46 personnes ont perdu la vie vendredi dans un incendie qui a éclaté en marge d'une émeute entre des groupes pro-Russes et pro-Ukrainiens.

Munis de roses rouges, des militants prorusses ont assisté lundi aux funérailles d'un membre du Parlement régional, Vyacheslav Markin, qui a succombé à ses brûlures deux jours après l'incendie. M. Markin était connu pour ses prises de position contre le gouvernement central à Kiev.

Des militants ont scandé «Héros! Héros!» et promis de venger sa mort.

«Kiev ne contrôle pas la situation dans le pays, Kiev contrôle seulement la moitié de l'Ukraine», a déclaré Dimitry Sheiko, 32 ans, qui portait un ruban noir et orange, symbole du mouvement prorusse. «Ils ne peuvent même pas maintenir l'ordre à Odessa, ce qui signifie que nous allons rétablir l'ordre nous-mêmes.»

Malgré la tension, Odessa était calme lundi, et les forces prorusses n'ont pas tenté d'investir des bâtiments publics comme elles l'ont fait dans l'est de l'Ukraine. Des membres d'une unité d'élite de la garde nationale lourdement armés pouvaient être vus dans les rues.

Des résidents en colère et bouleversés par la tragédie se sont rassemblés autour du bâtiment syndical incendié pour déposer des fleurs et honorer la mémoire des victimes.

«C'est une tragédie pour toute l'Ukraine», a estimé Nadezhda Yelenchuk, une enseignante âgée de 42 ans. «C'est le résultat d'une guerre civile qui a déjà commencé en Ukraine. Nous avons besoin d'un gouvernement puissant qui fera cesser le bain de sang.»

La communauté internationale accuse la Russie d'encourager les troubles en Ukraine pour déstabiliser le pays et faire dérailler l'élection présidentielle prévue le 25 mai. La Russie, pour sa part, condamne férocement les opérations de sécurité menées dans l'est et blâme le gouvernement ukrainien pour ne pas avoir empêché l'incendie à Odessa.