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05/05/2014 06:45 EDT | Actualisé 05/07/2014 05:12 EDT

Torture/pédophilie : le Vatican passé à la loupe par un comité de l'ONU

Le Vatican a présenté lundi à Genève son premier rapport au comité de l'ONU contre la torture, un exercice auquel doivent se plier tous les signataires de la Convention contre la Torture de 1984.

Le Saint-Siège a signé cette convention en 2002 et c'est la première fois qu'il présente son rapport devant le comité de l'ONU, établi à Genève.

Confronté aux critiques des associations de défense des victimes pour les abus sexuels commis par des prêtres, considérés comme des actes de torture, le Vatican s'est défendu en affirmant que la Convention s'applique uniquement au territoire du Vatican.

Le nonce apostolique auprès de l'ONU, Mgr Silvano Tomasi a affirmé que la Convention n'a autorité que sur le territoire du Saint-Siège et "pas sur tous les membres de l'Eglise catholique".

Il a ainsi expliqué que les autorités nationales des autres Etats ont compétence pour juger les responsables d'actes de torture ou d'autres abus qui seraient membres de l'Eglise catholique dans ces Etats.

Rapporteur du comité de l'ONU, la juriste américaine Felice Gaer a rejeté d'emblée ce raisonnement. Elle a déclaré que tous les représentants et fonctionnaires d'un Etat même à l'extérieur des frontières du pays sont soumis à sa législation.

"L'Etat du Vatican est une subdivision du Saint-Siège comme le canton de Genève est une subdivision de la Suisse", a souligné Mme Gaer. "Votre affirmation que les représentants de l'Eglise catholique à l'extérieur de l'Etat du Vatican sont exclus de la Convention nous préoccupe et n'est pas conforme à nos procédures", a-t-elle dit.

Les experts de l'ONU ont demandé à la délégation du Vatican de rendre publiques les informations sur les mesures prises à l'encontre des membres du clergé accusés de sévices sexuels et de garantir qu'ils soient suspendus de leurs fonctions.

Mme Gaer a demandé des chiffres précis sur le nombre de prêtres suspendus, le nombre d'enquêtes et de poursuites engagées par le Vatican contre les auteurs de possibles abus.

Plusieurs associations de défense des victimes et ONG ont dénoncé le fait que le Vatican continue de minimiser les faits et de tout faire pour cacher la réalité, détruire des preuves, intimider les témoins au lieu de destituer les responsables d'abus et de les déférer à la police et à la justice.

L'examen du rapport du Vatican en vertu de la Convention de l'ONU sur la torture fait suite aux conclusions du comité de l'ONU sur les droits de l'enfant.

En janvier dernier, ce comité a affirmé que le Vatican n'avait pas pris les mesures nécessaires pour traiter des cas d'enfants abusés sexuellement par des prêtres.

Samedi 3 mai, la commission d'experts constituée par le pape François a annoncé vouloir aider à établir des "procédures efficaces" dans l'Eglise catholique pour que les prêtres pédophiles soient punis, mais sans proposer de moyens juridiques contraignants.

Ces huit experts se sont réunis durant 3 jours au Vatican, et comptent dans leurs rangs le cardinal américain Sean O'Malley, archevêque de Boston, et l'ancienne victime irlandaise Marie Collins.

Cette première réunion de la commission constituée en mars a beaucoup insisté sur l'éducation du clergé, alors que le sujet est encore ignoré dans certaines régions du monde.

Dans une interview au quotidien catholique italien Avvenire, Mgr Silvano Tomasi a estimé à "plus de 700 prêtres coupables d'abus sexuels sur des mineurs qui ont été réduits à l'état laïc depuis 2004 directement par le Saint-Siège".

En avril dernier, le pape François avait "demandé pardon" pour les crimes pédophiles et souhaité des sanctions "très sévères".

Des organisations d'anciennes victimes avaient été irritées par une déclaration précédente de François, qui avait affirmé que l'Eglise "était peut-être l'unique institution publique à avoir réagi avec transparence et responsabilité".

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