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05/05/2014 06:35 EDT | Actualisé 05/07/2014 05:12 EDT

Semaine cruciale pour le sauvetage d'Alitalia par Etihad

Semaine cruciale pour Alitalia: le patron de la compagnie aérienne italienne Gabriele Del Torchio devrait présenter mardi à Abou Dhabi un plan détaillé aux dirigeants d'Etihad pour tenter de les convaincre de sauver la firme en difficulté en prenant une participation importante à son capital.

Après des semaines de palabres, l'un des principaux points d'achoppement concerne la dette d'Alitalia, qui dépasse le milliard d'euros.

Selon le patron de la banque Unicredit, Federico Ghizzoni, "l'administrateur délégué d'Alitalia (Del Torchio, ndlr) va présenter à Etihad des propositions concrètes". "Chaque banque (créditrice) a ses propres intérêts mais ces propositions ont fait l'objet d'un consensus", a-t-il ajouté.

La presse italienne a évoqué ce week-end l'hypothèse d'une scission d'Alitalia, avec d'un côté les activités industrielles saines et de l'autre ses dettes et les contentieux fiscaux et légaux dont Etihad ne veut absolument pas hériter.

Le ministre des Transports Maurizio Lupi a exclu toutefois une répétition du scénario de 2008 quand l'Etat avait fortement contribué au sauvetage d'Alitalia par un consortium d'industriels italiens.

"La solution pour Alitalia n'est pas (de créer) une +mauvaise entreprise+ ou une +nouvelle entreprise+ sur les modèles du passé", a précisé M. Lupi.

Lundi il a expliqué que le gouvernement n'a posé "aucune condition" à Etihad. Rome demande uniquement "un droit de regard sur le plan industriel" pour qu'un éventuel mariage Alitalia-Etihad soit "une grande alliance complémentaire de relance et une bonne alliance pour tout le secteur aéroportuaire italien".

Selon des informations du journal Messaggero, Etihad prendrait 49% du capital d'une "newco" ("new company" nouvelle entreprise) Alitalia en y injectant jusqu'à 560 millions d'euros tandis que les actuels actionnaires (le consortium d'industriels) conserveraient 51% des parts en participant à l'augmentation de capital à hauteur de 200 millions d'euros.

La nouvelle Alitalia regrouperait les slots et vols ainsi que les salariés nécessaires pour les assurer, soit environ 10.000 personnes.

Le passif d'Alitalia, soit la majorité de son énorme dette, le coût des emplois supprimés (près de 2.000 négociés par la direction actuelle avec les syndicats, alors qu'Etihad en aurait réclamé 3.000 selon les médias italiens) ainsi que les litiges en cours resteraient aux mains d'une holding entièrement contrôlée par le consortium .

- Enjeu politique -

Même si l'Etat l'a privatisée depuis longtemps, le dossier Alitalia est très sensible politiquement en Italie. "Espérons qu'on ne vendra pas à bas prix aux Arabes des milliers d'emplois et l'avenir de l'Italie", a commenté Matteo Salvini, chef de la Ligue du nord, parti autonomiste ancré dans le nord.

Alors qu'il présentait à la presse les nouveaux services exclusifs sur Airbus A380 et Boeing B787 Dreamliner, le numéro un d'Etihad a refusé dimanche de commenter les discussions en cours.

"Je n'ai pas de commentaire à faire", a déclaré James Hogan, ce manager australien refusant même de réagir à des informations évoquant l'arrivée ce lundi à Abou Dhabi du patron d'Alitalia Gabriele Del Torchio.

Les deux compagnies, qui sont en pourparlers depuis décembre, avaient annoncé début février être entrées dans la "phase finale du processus de vérifications en vue d'un possible investissement d'Etihad Airways dans Alitalia".

Preuve de l'importance du dossier pour le gouvernement italien, M. Hogan s'était rendu à Rome début avril pour y rencontrer le Premier ministre Matteo Renzi.

Le 17 avril, le ministre italien Lupi avait assuré que les discussions se poursuivaient, alors que l'Italie bruissait de rumeurs sur de nouvelles conditions posées par Etihad dont une connexion de l'aéroport de Rome-Fiumicino avec le réseau de trains à grande vitesse et la libéralisation de l'aéroport Milan-Linate pour l'ouvrir à des vols hors des frontières européennes.

Etihad prévoit de s'emparer de 40 à 49% du capital d'Alitalia, un seuil (sous les 50%) qui lui permettrait de préserver le statut "européen" d'Alitalia, porteur d'une série d'avantages.

L'Italie est le quatrième marché en Europe pour le transport aérien et, à travers Alitalia, Etihad pourrait s'attaquer aux juteuses parts de marché du transporteur allemand Lufthansa qui attire sur son hub de Francfort la clientèle affaires des riches régions industrielles du nord de l'Italie.

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