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05/05/2014 09:53 EDT | Actualisé 05/07/2014 05:12 EDT

Le leader de Boko Haram menace de vendre les filles kidnappées

LAGOS, Nigeria - Le leader du groupe islamiste nigérian Boko Haram a menacé lundi de vendre les quelque 300 filles et jeunes femmes que ses hommes ont kidnappées de leur école il y a plus de trois semaines.

Dans une vidéo distribuée lundi et obtenue par l'Associated Press, Abubakar Shekay revendique pour la première fois l'enlèvement du 15 avril.

«J'ai enlevé vos filles», déclare le leader Boko Haram, qui se traduit par «l'éducation occidentale est péché».

Il décrit les filles comme ses «esclaves» et lance, «Au nom d'Allah, je les vendrai sur le marché». La vidéo d'une heure commence avec des combattants armés de fusils automatiques qui tirent en l'air en criant «Allahu akbar!» ou «Dieu est grand».

On ne sait pas si les images ont été tournées avant ou après qu'on ait appris, la semaine dernière, que certaines filles ont été contraintes d'épouser leurs ravisseurs — qui les avaient achetées pour seulement 12 $ US — et que d'autres ont été vendues au Tchad ou au Cameroun, Ces informations n'ont pas pu être confirmées.

Un leader religieux qui agit comme intermédiaire affirme que Boko Haram est prêt à libérer les otages en retour d'une rançon. Deux des filles seraient mortes après avoir été mordues par un serpent et une vingtaine d'autres seraient malades. Les chrétiennes auraient été contraintes de se convertir à l'Islam.

Ce kidnapping de masse et l'incapacité apparente de l'armée à secourir les jeunes femmes a donné lieu à de nombreuses manifestations à travers le pays. La colère a monté d'un cran, lundi, quand deux manifestantes ont affirmé que la première dame du Nigeria a ordonné leur arrestation.

Patience Jonathan aurait aussi remis en doute l'existence même de l'enlèvement et aurait accusé les deux militantes d'appartenir à Boko Haram.

Saratu Angus Ndirpaya affirme que des agents du Service de sécurité les ont emmenées — elle et l'organisatrice de la manifestation, Naomi Mutah Nyadar — à un commissariat de police lundi, après une rencontre qui a duré toute la nuit au palais présidentiel de la capitale, Abuja.

Des journalistes de l'Associated Press qui attendaient à l'extérieur du commissariat d'Asokoro ont vu Mme Nyadar être emmenée à bord d'un véhicule arrivé du palais présidentiel.

Un porte-parole de la première dame a confirmé la tenue d'une rencontre mais nié qu'elle ait ordonné des arrestations. Patience Jonathan est la femme du président Goodluck Jonathan.

Les policiers affirment que plus de 300 filles et jeunes femmes ont été enlevées de leur école le 15 avril. Cinquante-trois d'entre elles ont réussi à s'échapper mais 276 manquent toujours à l'appel.

Mme Ndirpaya affirme que Mme Jonathan les a accusées d'avoir inventé l'enlèvement de toutes pièces pour salir la réputation du gouvernement du Nigeria. D'autres femmes présentes à la rencontre, des alliées de la première dame et des membres du gouvernement, auraient applaudi et abondé dans le même sens que Mme Jonathan, quand celle-ci accusé les deux femmes d'appartenir elles-mêmes à Boko Haram.

Le quotidien Daily Trust ajoute que Mme Jonathan a demandé aux Nigérianes de ne plus manifester. Elle les aurait aussi prévenues qu'elles n'auront qu'elles-mêmes à blâmer si jamais elles sont blessées pendant les manifestations.

Les manifestants s'inquiètent également de la disparition mystérieuse d'Asabe Kwanbura, la directrice de l'école que fréquentaient les victimes, et de Bana Lawal, le président du gouvernement local. Tous deux n'ont pas été revus depuis qu'ils ont participé à la rencontre au palais présidentiel.

Certains Nigérians reprochent au gouvernement de ne pas faire assez pour secourir les filles.