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05/05/2014 11:18 EDT | Actualisé 05/07/2014 05:12 EDT

La Crimée, un précédent pour le Nagorny-Karabakh, 20 ans après le cessez-le-feu ?

Le rattachement de la péninsule ukrainienne de Crimée à la Russie pourrait avoir des répercussions imprévisibles sur le conflit larvé du Nagorny-Karabakh, vingt ans après la signature du cessez-le-feu dans cette région séparatiste de l'Azerbaïdjan à majorité arménienne.

"Aucun doute, les événements en Ukraine, l'accroissement des tensions entre l'Occident et la Russie et le retour à une mentalité typique de la Guerre froide vont affecter la résolution du conflit du Karabakh", estime Tatoul Hakobian, analyste indépendant à Erevan.

Bakou continue à revendiquer fermement la région du Nagorny-Karabakh, dont les séparatistes arméniens soutenus par Erevan ont pris le contrôle lors d'une guerre qui a fait plus de 30.000 morts au début des années 1990.

Depuis le cessez-le-feu du 5 mai 1994, aucun progrès significatif dans la résolution de ce conflit larvé n'a eu lieu malgré les négociations conduites par la France, la Russie et les Etats-Unis au sein du "Groupe de Minsk", sous l'égide de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Des échanges de tirs ont lieu régulièrement entre les armées ennemies, et l'Azerbaïdjan, pays riche en pétrole dont le budget de la Défense dépasse le budget total de l'Arménie, a plusieurs fois annoncé son intention de reprendre la région. L'Arménie a averti qu'elle contre-attaquerait.

"Ce que nous voyons depuis la signature du cessez-le-feu, ce sont des semblants de négociations. La résolution du conflit est dans une impasse", affirme M. Hakobian.

"Le risque d'un nouveau conflit armé reste élevé", avertit pour sa part Elkhan Chahinoglou, analyste au sein du centre de réflexion Atlas, basé à Bakou.

- Un dangereux précédent -

Pour les analystes, le rattachement à la Russie de la péninsule ukrainienne de Crimée, un événement géopolitique inattendu survenu sur les ruines de l'ex-URSS, pourrait avoir un impact imprévisible sur le conflit du Nagorny-Karabakh.

L'Arménie, un allié de la Russie, a ouvertement soutenu la position de Moscou dans les événements en Ukraine et espère profiter du précédent de la Crimée pour avancer ses pions dans la crise du Karabakh.

"L'occupation de la Crimée par la Russie crée un dangereux précédent et l'Azerbaïdjan regarde cela avec crainte", remarque M. Chahinoglou.

D'autant que, selon les analystes, le Kremlin joue des conflits entre les anciennes républiques soviétiques, ou en leur sein, afin de maintenir son influence et de les empêcher de se rapprocher de l'Occident.

"La Russie souhaite réaffirmer sa domination sur l'espace post-soviétique et y finance les conflits séparatistes", affirme l'analyste azéri Rassim Moussabiékov.

Pour justifier leurs positions sur le Nagorny-Karabakh, Bakou et Erevan invoquent des points différents du droit international.

Tandis que l'Azerbaïdjan cite le principe de l'intégrité territoriale d'un pays, l'Arménie insiste sur le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, qui a servi comme base légale à la majorité arménienne pour proclamer la sécession du Nagorny-Karabakh en 1991.

Le président russe Vladimir Poutine "a cité le droit à l'auto-détermination pour justifier l'occupation de la Crimée. C'est sous ce même prétexte que Moscou risque de faire du chantage à Bakou, en le menaçant pour qu'il reconnaisse le Karabakh", craint M. Chahinoglou.

"Les événements en Crimée montrent que les frontières des anciennes républiques soviétiques sont susceptibles d'être remises en cause. La Russie a décidé de privilégier le droit des peuples à l'autodétermination sur celui de l'intégrité territoriale des Etats", souligne l'analyste arménien Manvel Sarkissian.

Le rattachement de la Crimée par la Russie "aura sans aucun doute des conséquences pour le Karabakh", conclut-il.

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